
À dos de crocodile
Résumé éditeur
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l’avis des lecteurs
À dos de crocodile de l’australien Greg Egan est le numéro 30 dans la collection Une heure Lumière des éditions Le Bélial’. Le texte est traduit par Francis Lustman et appartient au registre de la hard sf. Il s’agit de la deuxième novella de l’auteur publiée dans cette collection après Cérès et Vesta. Ce court roman se situe dans le cycle de l’Amalgame, qui est composé de 3 textes courts dont À dos de crocodile , et d’un roman intitulé Incandescence. Cependant, A dos de crocodile peut se lire sans connaitre le cycle que je n’ai d’ailleurs pas lu.
Le roman se situe dans un futur très très lointain. Les humains ont voyagé dans l’espace, rencontré d’autres espèces, développé des nouvelles technologies. Une civilisation regroupe toutes les espèces intelligentes, elle se nomme l’Amalgame. Les progrès technologiques font que les consciences sont sauvegardées digitalement et envoyées là où on le désire. Par conséquent, la vie peut durer quasiment éternellement, le corps étant presque optionnel, on peut tout à fait choisir de vivre de manière virtuelle. Le temps n’apparait dès lors plus comme un problème, il passe mais ne régit plus implacablement la vie humaine. Il est une simple donnée.
Dans cet univers, l’histoire s’intéresse à un couple, Leila et Jasim, mariés depuis dix mille trois cent neuf ans et fêtant leurs noces de sense of wonder. Ils commencent un peu à s’ennuyer mais pas à se lasser l’un de l’autre. Alors ils décident ensemble de terminer leur vie en beauté, en apothéose. Pour cela, leur regard se porte sur les bien nommés » Les Indifférents » qui refusent tout contact avec l’Amalgame et refusant l’accès à leur territoire, le bulbe galactique. Des sortes de Suisses de l’espace, poussant le concept à l’extrême. Personne ne sait rien sur eux même s’ils sont toujours vivants. Les Indifférents sont un mystère, un vrai, et même LE mystère. Leila et Jasim vont le résoudre et pouvoir ensuite mourir en paix.
Le roman est régi par le sense of wonder à tous les niveaux. Le temps et l’espace existent mais les espèces s’en affranchissent, tout apparait grandiose, les années semblent des secondes pour nous, les voyages pourraient ressembler à de la téléportation. Tout parait simple mais l’ennui guette tout de même. En développant un univers où les concepts de temps et d’espace ne posent plus problèmes, Greg Egan se tourne vers des questionnements qui apparaissent presque simples: l’amour, le couple, l’ennui, les années passés avec l’être aimé. Le roman reste accessible par ses questionnements et l’émotion qui ressort des deux personnages principaux. Même si certains passages ne sont pas évidents à comprendre et que les explications scientifiques sont assez ardues, on s’attache au couple formé par Leila et Jasim et à leur quête de vouloir comprendre l’inconnu.
À dos de crocodile est une novella de Greg Egan où l’on s’émerveille de l’univers mis en place. Certaines explications sont assez difficiles à comprendre mais l’auteur arrive à nous émouvoir grâce à ses thématiques et ses deux personnages principaux. On ne peut qu’être ébahi par ce que nous propose Greg Egan et avoir des étoiles plein les yeux devant les concepts mis en jeu.
Greg Egan, dans ma tête, c’est un auteur un peu ambivalent ; j’ai vécu avec lui certains de mes plus beaux moments de lecture en parcourant Axiomatique ou Cérès et Vesta, comme j’ai du lutter sang et eau pour simplement terminer Diaspora. Entre ces deux ressentis assez diamétralement opposés et les retours multiples que j’ai pu avoir à son égard, j’ai conclu à l’idée que pour moi, Greg Egan, c’était surtout ses formats courts dont j’avais envie, parce que c’était là qu’il me semblait plus aisément mobiliser ses talents de vulgarisateur et de conceptualisateur à des fins littéraires convenant à mes goûts particuliers. Donc, forcément, une nouvelle novella signée de son nom dans la collection Une-Heure-Lumière, j’étais aussi optimiste que gourmand.
Le résultat est à mes yeux une habile réussite, symbole parfait des talents singuliers de Greg Egan dès lors qu’il fait le choix de lier ses créations conceptuelles à des destins particuliers pour leur donner une signification plus généralement humaine/consciente que purement scientifique ou science-fictive.
En ouverture, une rapide parenthèse sur le titre, dont j’espérais trouver l’explication claire dans le récit, sans succès, et pour lequel il m’a fallu une explication extérieure ; malgré la nécessité un peu dommageable d’avoir la référence pour pleinement le comprendre, je l’aime beaucoup. Parce qu’il contient en lui-même l’essentiel de l’intention de la novella et fournit de fait une explication de texte discrète mais assez efficace pour l’intention générale qu’il m’a semblé pouvoir extraire de l’ouvrage. Alors évidemment, on parle tout de même de Greg Egan, donc il faut bien dire qu’un ou deux passages m’ont rappelé des mauvais souvenirs de Diaspora ; des tunnels de texte ou de dialogue proches de l’incompréhensible dont la vulgarisation finale était la lumière libératrice. Sauf que, comme à chaque fois dans ses formats courts, du moins de mon expérience, ces tunnels étaient aussi rares et courts que cohérents dans l’ensemble de l’oeuvre, et ne ruinaient absolument pas les efforts mobilisés par ailleurs pour rendre son histoire intéressante au delà de son concept de départ.
Car comme dans tous les textes de l’auteur que j’ai appréciés, le concept est au service de son histoire, et non l’inverse. Dans À Dos de Crocodile, on suit des personnages en relation avec ce concept, devant gérer les conséquences de leur découverte scientifique à un niveau purement personnel tout en pouvant les appréhender à un niveau beaucoup plus général. Et de fait, l’enjeu de la novella se déporte intelligemment d’un enjeu purement science-fictif, d’une sorte de chasse au trésor physique, à un enjeu plus conscient, presque méta-physique, spirituelle, d’une certaine manière. Et à cet égard, toute la malice de Greg Egan et le charme de son histoire, c’est qu’il n’y donne pas de réponse définitive aux questions qu’il pose ; seulement celles que ses personnages apportent à leurs propres réflexions. Personnellement, j’ai trouvé dans cette lecture l’occasion de m’interroger à nouveau sur des sujets que j’avais un peu mis de côté dans mon esprit depuis quelques temps, et c’est toujours un plaisir que d’être bousculé dans mes certitudes, ne serait-ce que le temps du phénomène.
Quand Greg Egan parvient à lier ses créations conceptuelles et ses talents de vulgarisation à des destins particuliers en leur conférant une réelle humanité/conscience, il tape très fort, et montre ce dont la science-fiction la plus ambitieuse est capable. Alors certes, il faut pouvoir encaisser des explications parfois un peu verbeuses sur des concepts qui nous échappent forcément, mais le reste du temps, il n’y a qu’à apprécier le talent unique de l’auteur pour la pure création et la mise en mots d’idées littéralement hors de notre monde. Je sais que cet auteur vole habituellement dans des sphères autrement plus hautes que les miennes, et j’apprécie d’autant plus lorsqu’il est capable de descendre à mon niveau pour m’offrir quelques perles comme celle-ci, accessibles et douées d’une réelle sensibilité, sans se départir d’une formidable profondeur.
Bon. C’est du Greg Egan.
Leila et Jasim sont mariés depuis plus de dix mille ans, et vivent quelque part dans la galaxie, au sein de l’Amalgame qui réunit harmonieusement maintes espèces sapientes. Leila et Jasim envisagent de mourir, puisqu’ils ont longuement vécu et plus grand-chose de nouveau ne les motive à continuer leur route.
Ah si, un dernier truc avant de partir : aller au centre de la galaxie, le « bulbe », et découvrir qui sont les Indifférents.
Ces Indifférents sont un mystère. Personne ne les a jamais vus. Personne ne peut entrer dans le bulbe. Depuis un million d’années, les sondes qui y sont envoyées sont renvoyées vers les expéditeurs, sans avoir recueilli aucune information.
Qui a déjà lu un récit de Greg Egan sait que parfois les explications scientifiques sont ardues. Très ardues. Pas évidentes à suivre, elles peuvent en rebuter plus d’un. Ici encore, les théories peuvent être cryptiques ou brumeuses pour la lectrice que je suis.
Heureusement cette novella bénéficie de belles trouvailles. Citons les espèces radicalement différentes des humains qui partagent l’Amalgame ; Leila et Jasim qui changent d’enveloppes corporelles au gré de leurs déplacements ; leurs maisons créées au besoin et qui se modifient selon l’environnement (un rêve) avant que leurs propriétaires ne partent s’installer ailleurs. Greg Egan n’est pas qu’un auteur de hard-SF (très) (trop ?) exigeant, il sait aussi déployer un sens of wonder appréciable.
Quant à la fin, je n’en dis pas trop pour ne pas divulgâcher, disons simplement qu’elle est teintée de symbolisme, notamment sur la recherche scientifique qui est souvent la suite de petits pas.
Et le crocodile du titre ?
En faisant quelques recherches, j’ai lu que parmi les multiples mythes et légendes, le crocodile était quelquefois la figure de l’animal vivant dans un espace limité, entre l’air à l’eau, et à ce titre il était considéré comme un intermédiaire entre deux mondes. Cela correspondrait au titre en VO « Riding the crocodile ». Soit.
Mais alors… QUI EST LE CROCODILE ?
Une autre novella de Une Heure Lumière du Bélial, conseillée comme la précédente par un lecteur attentionné : A dos de crocodile de Greg Egan.
Leila et Jasim ont déjà vécu heureux plus de 10 000 ans. Ils ont voyagé dans une grande partie de la galaxie connue. Il leur semble qu’il est temps de mourir. Mais ils veulent accomplir un dernier exploit, ou du moins tenter de l’accomplir, toujours ensemble. Entrer en contact avec les Indifférents. Ils vivent au centre de la Galaxie et ont renvoyé, intactes mais sans aucun indice, toutes les sondes envoyées par les espèces de l’Amalgame, cet ensemble de cultures terrestres et extraterrestres qui vivent en harmonie.
Leila et Jasmin vont s’installer, comme bien d’autres avant eux, en lisière du territoire des Indifférents, et tenter de percer leur mystère. Ils sont patients, cela prendra le temps qu’il faudra.
Je crois que j’ai lu cette novella au mauvais moment, un moment où j’ai plus de mal à me concentrer le soir, fatigué par le manque de sommeil chronique dû à la canicule. Je le relirai sans doute. Du coup, même en reconnaissant les très grandes qualités du texte, j’ai eu du mal par moment.
Autant d’ailleurs se débarrasser de ce problème. Je pense que c’est la fatigue qui m’a fait décrocher des pages qui exposent des développements scientifiques et techniques. Elles sont rares, vers le milieu de la novella, mais elles sont mal passées.
A côté de cela, on ne peut qu’être impressionné par la richesse du monde inventé, par l’ampleur du récit qui s’étale sur des millénaires et des milliers d’années-lumière sans nous perdre. Et encore plus impressionné par le fait que, dans ce monde qui pourrait être écrasant, la novella raconte une belle histoire d’amour.
L’auteur évite toutes les facilités, révèle ce qu’il faut tout en laissant une grande part au mystère, et le final est absolument magnifique, emportant en quelques lignes les petites réserves que je pouvais avoir.
A découvrir. Je le relirai sans doute quand je serai plus reposé.
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