Lolita
  • Date de parution 21/10/2010
  • Poids de l’article 523 gr
  • ISBN-13 9782729708313
  • Editeur PU LYON
  • Format 180 x 140 mm
  • Edition Grand format
Anglo-Saxon Romans étrangers

Lolita

3.98 / 5 (5476 notes des lecteurs Babelio)

Résumé éditeur

Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta.Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita.

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  • Date de parution 21/10/2010
  • Poids de l’article 523 gr
  • ISBN-13 9782729708313
  • Editeur PU LYON
  • Format 180 x 140 mm
  • Edition Grand format

l’avis des lecteurs

Il est des œuvres qui ont, comme vous le savez, une réputation. Certaines de ces œuvres ont d’ailleurs une réputation tellement massive qu’elle en crée autour d’elles une sorte d’aura, quelque chose d’éthéré, de plus grand qu’elles, qui les précède partout et créent dans l’imaginaire collective une sorte de puissance évocatrice ; quelque chose qui fait que d’une certaine manière nous les avons tou·te·s un peu lues par procuration. Lolita est de ces œuvres, indubitablement. Au point même que le nom de sa protagoniste est rentré dans le langage courant, au même titre qu’une certaine perception de sa personnalité et de ses caractéristiques.

Or, ça fait bien quelques années maintenant que cette perception semble être battue en brèche par bon nombre de personnes dont le jugement me semble exempt de toute possibilité de procès en mauvaise foi ou en incompétence. Ce qui, franchement, m’a rendu fort dubitatif. Et si on ajoute à ça la fameuse archive assassine où l’auteur du roman lui-même dément tout net une mauvaise lecture de son œuvre – celle-là même qui pourtant, pendant des décennies, m’a semblé être celle qui a dominé l’opinion publique – alors on a à mes yeux un étrange questionnement à résoudre, fut-ce son importance purement individuelle.

Pour ma curiosité intellectuelle et une certaine forme de paix de mon esprit, il fallait que je sache. La qualité du roman en lui-même était devenue subsidiaire, je voulais surtout et avant tout me faire un avis définitif sur la question suivante : les intentions de Vladimir Nabokov étaient elles si mal exprimées dans ce roman, pour qu’une génération entière, à ma connaissance, les comprenne complètement de travers ; faisant de Lolita une « petite perverse », là où elle n’est rien d’autre qu’une victime ?

Spoiler : on a beau le savoir, je reste toujours aussi choqué et dégoûté par la complaisance dont ce pays fait preuve envers la pédophilie. Il ne m’aura fallu que quelques dizaines de pages pour constater sans la moindre trace de doute que l’auteur de Lolita ne faisait qu’y dénoncer des horreurs criminelles qu’encore aujourd’hui on peine à voir, empêcher ou punir correctement.

Et tout ça mérite qu’on s’y penche plus précisément, parce qu’à côté de ça, je ne sais pas encore exactement quoi penser de ce roman, littérairement ou moralement. C’est comme qui dirait un sacré morcal.


Bon, commençons par ce qui m’a amené à lire ce roman, dont je ne vous fais pas l’injure d’un résumé ; si vous savez, vous savez, et si vous ne savez pas, j’aurais tendance à croire que c’est tant mieux pour vous, mais on y reviendra.

Comment est il possible de croire un seul instant, en dépit de la focalisation interne de ce texte, qu’il est écrit dans l’optique de défendre Humbert Humbert et ses agissements ? Sans déconner. Je passerais volontiers l’excuse de ne pas avoir lu la préface diégétiquement incluse dans le roman, puisqu’au contraire d’un Rêve de Fer – dont la démarche ne me semble pas éloignée – rien n’est vraiment optimisé dans la maquette pour faire comprendre que cette exergue participe intégralement du travail de fiction de Vladimir Nabokov. De fait, si comme moi, les préfaces semblent souvent superfétatoires ou plus indiquées pour être des postfaces et passent régulièrement à la trappe, il est facile de les ignorer, pour ne pas dire recommandé, afin d’éviter des éclairages prématurés sur certains aspects des textes qu’on s’apprête à lire. Pour être totalement transparent, je ne l’ai lue moi-même qu’une fois arrivé aux environs de la moitié du roman, percutant soudainement que j’avais peut-être raté quelque chose, comme lors de ma lecture de Demain les chiens. (Vous me pardonnerez le name-dropping, je l’espère : j’ai besoin de souvenirs heureux pour compenser la très difficile expérience de lecture que je viens de vivre.)

Or, cette préface, à mes yeux, fait surtout office de déclaration d’intention à peine déguisée de la part de Vladimir Nabokov. Sous le déguisement d’un personnage, il nous explique par le menu l’origine du texte que l’on s’apprête à lire, et surtout quel jugement moral il faut selon lui porter dessus. Noir sur blanc, on nous dit que le protagoniste du texte à venir souffre de « lèpre morale » et qu’il n’est rien d’autre qu’un affreux criminel : point de tragique et magnifique histoire d’amour torturée ici.


Mais admettons. Après tout, j’ai beau me considérer comme un lecteur relativement attentif, il m’aura fallu un flash-back de shonen pour parvenir à ne pas rater ce détail qui n’en est pas un ; je peux accepter que cet avertissement soit passé à la trappe pour un certain nombre de personnes. Quand bien même cette préface, béquille analytique fournie par l’auteur, fait partie intégrante du texte, faisons comme si elle n’était pas là, et concentrons nous uniquement sur le texte lui-même, afin de voir s’il nous donne à lui tout seul les éléments nécessaires à sa bonne compréhension.

Oui.

Sincèrement. Oui.

Et je n’ai aucune explication flatteuse à fournir aux personnes qui ne le verraient pas comme moi. Pour être tout à fait honnête, je pense même qu’à l’image de l’abject personnage qu’est Humbert Humbert, cielles qui ne verraient pas le souci que son existence et son comportement entièr·e·s constituent font partie intégrante du problème qui se pose continuellement autour de ces crimes et des agissements qui les satellisent.

Mais développons. Humbert Humbert et son pathétique pseudonyme me sont immédiatement apparus comme un abject appareillage de ce qui se fait de pire dans l’humanité. Narcissique, obsessionnel, manipulateur, lâche, malhonnête, arrogant, tous les épithètes négatifs pouvant s’appliquer à cette ordure doivent l’être au superlatif. Pire encore, Humbert Humbert est absolument conscient de ses défauts, mais se contorsionne sans cesse, en esprit et en langage pour les ignorer quand ça l’arrange, les projeter sur son entourage afin de s’en défausser, se trouver des excuses circonstancielles, ou encore pire, les porter comme des badges d’honneur, autant d’aspects de sa personnalité faisant de lui un être unique et singulier à qui il faudrait tout pardonner au regard de son génie ou de la chance qu’il a d’être si attirant et charmant et intelligent…

Dès le début du roman, au travers de la prose précieuse et étudiée de ce personnage, il faut lire et saisir les fuites d’abjection exsudant par tous les pores du papier sur lequel Humber Humbert projette ses fantasmes malsains et ses obsessions immondes. Ce roman a beau être entièrement écrit d’un point de vue interne, Nabokov parvient tout de même à nous faire parvenir son message au travers de ce que son personnage n’arrive à pas contenir ; il a beau trouver toutes les excuses, tous les moyens de tordre ce qui nous parvient de la réalité ou simplement tous les mensonges possibles, tout est là sous nos yeux, pour peu qu’on ait le courage de le lire.


C’est là le pivot central du texte, je pense. Étant donné que le roman est titré d’après son personnage féminin, il est sans doute aisé pour beaucoup de monde de voir dans cette pauvre fille la véritable responsable de ce qui nous est narré ; après tout, « c’est le narrateur qui nous le dit, donc c’est que c’est vrai ». Au delà du trope du narrateur non fiable, qu’on aime ou qu’on aime pas, que je trouve personnellement extrêmement casse-gueule et tout autant potentiellement littérairement génial, je trouve surtout qu’on a un problème, avec ce que j’aurais désormais tendance à appeler la « complaisance héroïque », que ce soit du côté du lectorat ou des écrivain·e·s. D’un côté ça consiste à mes yeux à ne pas en demander assez aux protagonistes et à les considérer comme des héros sans y réfléchir ; de l’autre à au contraire ne pas en donner assez, à partir du principe que les qualités ou défauts des protagonistes sont évidentes, innées, et qu’il suffit de les évoquer pour qu’iels existent.

Ici, Nabokov ne tombe pas dans ce piège, à mes yeux : il nous donne plus que notre soûl d’éléments à charge contre Humbert Humbert, par les faits qu’il daigne nous raconter seuls, passés ou non au crible de ses perceptions fantasmées. Que Lolita ait été une séductrice ou non – ce qu’elle n’est pas, que ce soit bien clair – comme disait Camus, « Un homme, ça s’empêche ». Humbert Humbert est obsédé par une gamine innocente, et il se laisse aller à ses plus basses et immondes pulsions, il en est le seul responsable, et il le reconnait lui-même plus d’une fois, même s’il enrobe ses confessions de pathétiques excuses et raisonnements tronqués pour essayer de se faire croire et de nous faire croire qu’il s’agissait ici d’amour.

Non, si confusion il y a ici, je pense que la faute se trouve du côté du lectorat, et du confort bancal dans lequel ce dernier se pose trop souvent avec l’idée que tout protagoniste est forcément un héros, et donc que le jugement moral de l’histoire dans lequel il existe tombera toujours de son côté de la pièce. Je reconnais bien volontiers que c’est effectivement le cas dans l’immense majorité des histoires qu’on nous raconte, et c’est quelque part bien logique, puisque c’est dans ce sens que la dramaturgie a évolué pendant des siècles ; pour autant, je crois que bien trop de lecteurices se laissent aller à trop simplement prendre ce qu’on leur raconte pour argent comptant. Et je sais bien quel air ça me donne de dire un truc pareil, mais si je serais assez enclin à nuancer cette opinion de manière générale, dans le cas particulier qui nous concerne aujourd’hui, faut pas déconner : on parle de pédophilie, merde.

On a un salopard scatocéphale qui nous déblatère des horreurs enrobées d’un style pompier sur 500 pages et qui en est fier, en dépit de sa posture victimaire, et vous voudriez que je vous absolve de voir dans la destruction méthodique de l’enfance d’une orpheline une tragique et magnifique histoire d’amour ? Pardonnez moi, mais je n’ai rien d’autre que des insultes à vous adresser.


Et maintenant que j’ai réglé la question qui m’a amené à lire ce bouquin en premier lieu, une autre question se pose à moi : pourquoi un tel roman existe ? Je ne questionne pas ici la volonté ou les intentions premières de l’auteur, tout ça me paraît assez clair, pour ne pas dire limpide ; non, je me demande plutôt pourquoi avoir écrit cette histoire de cette manière, ce projet était il réellement utile ? Pas dans une optique artistique, hein. J’ai beau être un garçon assez bassement matérialiste voire utilitariste par moment, je considère l’art utile par essence, quoique peut-être un peu surévalué par moments, mais ce n’est pas la question ici ; je ne suis pas là pour le débat ontologique.

Non, l’enjeu ici, spécialement en regard de la postérité de ce roman, est de savoir si la démarche de Nabokov était la bonne. Est-ce qu’intérioriser à ce point la perspective pédophile d’Humbert Humbert, nous la livrer ainsi, dans toute son arrogance et sa crasse autosatisfaite, livrée avec toutes les excuses et ellipses possibles, reléguant la victime qui pourtant donne son titre au roman à l’arrière-plan, ce n’était pas la pire manière d’exposer le problème qu’il était pourtant question de dénoncer ?

Arrivé au bout du roman, je serais absolument incapable de donner une réponse définitive à cette question. Puisque d’un côté, j’ai complètement intégré le message, et je suis forcé de reconnaître les qualités purement littéraires de l’ouvrage, tissant une toile implacable, un portrait janusien sur deux couches, faisant œuvre d’un style perfide et acéré ; mais de l’autre, je suis obligé de constater que la postérité du roman ne lui rend certainement pas justice, et qu’il a été extrêmement bien reçu par ceux-là même qui auraient dû défaillir de honte et de terreur devant le miroir qu’on leur tendait.

Je ne peux pas m’empêcher de penser au Parfum, ici. Alors certes, l’échelle de crime n’est pas exactement la même, quoique. Mais surtout, l’efficacité et la concision du cadrage, je pense, dans ce dernier, franchissent le dernier obstacle que Nabokov n’a lui-même, de toute évidence, pas su dépasser, afin d’effacer le moindre doute quant à l’interprétation et au jugement moral à porter sur Lolita. Mais alors, projetant en esprit ce que ce roman aurait pu donner écrit de la même manière que le roman de Süskind, je subodore que le résultat, quoique plus clair et définitif sur ses ambitions, aurait pu sembler encore plus voyeuriste et malsain qu’il ne l’est déjà, ne parvenant pas plus à équilibrer le rapport entre le bourreau et sa victime, échouant alors dans un registre différent de celui dans lequel il a présentement échoué.

Ce qui me fait me dire que l’idée même de ce roman n’était probablement pas bonne, en dépit de l’impérieuse nécessité de dire ce que Nabokov voulait exprimer, puisque inracontable sans devoir tomber dans un écueil ou l’autre, eu égard à l’horreur littéralement indicible du sujet en question. Une équation qui me semble insoluble, qu’il a malgré tout tenté d’équilibrer.


Et au final, je ne sais plus guère quoi penser. J’aurais du mal à dire de ce roman qu’il est réussi ou raté, à le placer où que ce soit sur un quelconque gradient de qualité. Si on est obligé de reconnaître à son auteur un style et un sens de la formule implacables, ces qualités ne sont présentes dans ce roman que pour masquer une fange nauséabonde et permettre à Humbert Humbert, le personnage-auteur dans le cadre de la diégèse qu’il nous raconte lui-même, de raconter ses méfaits sous un couvert d’élégance abject. Et de la même manière, si on doit saluer l’intention de dénonciation clinique et implacable des mécanismes d’emprise de la pédophilie et des monstres qui s’en rendent coupables, on doit aussi constater avec tristesse et rage que le message n’est pas passé avec la clarté souhaitable dans l’imaginaire collectif, y laissant une trace difficile à effacer. Et on pourrait ergoter indéfiniment, du coup, sur la pertinence de la démarche comme sur les raisons de son relatif échec, sur ses qualités ou ses défauts purement littéraires, mais je ne crois pas que ce soit le plus important, à ce stade. Que j’aime ce roman ou non n’a aucune foutue importance.

Parce que qu’on le veuille ou non, Lolita existe, et il existe fort, encore aujourd’hui, y compris et surtout dans les esprits de ceux qui ne l’ont pas lu ou mal lu, et qui pourtant s’en réclament ; non plus à l’état de roman, mais à l’état de concept.

Ne reste plus qu’à en parler correctement avec cielles qui voudront bien entendre, je crois, pour que la trace que ce roman laisse ne soit pas la mauvaise.

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