
Les Annales du Disque-Monde Tome 6 Trois Soeurcières
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l’avis des lecteurs
Dans la chronologie des Annales du Disque-Monde, j’ai du mal à considérer que La Huitième Fille puisse être réellement considéré comme le point de départ du cycle des Sorcières, puisque précisément, elles n’y apparaissent pas toutes. Si Mémé Ciredutemps en demeure jusqu’au bout le pivot central et inévitable, l’absence des autres personnages gravitant autour d’elle constitue un manque trop important pour pouvoir vraiment considérer ce premier volume la concernant autrement que comme une préquelle ; le cycle des Sorcières est avant tout pluriel, comme son nom l’indique. Il tire sa force et son pouvoir évocateur des relations entre ses personnages, et surtout les évolutions de ses diverses dynamiques, internes comme externes. Et si j’ai mis un peu de temps et quelques relectures pour apprécier pleinement le cycle des Sorcières, c’est sans doute parce que j’ai mis du temps à comprendre à quel point Terry Pratchett commençait à y prendre son temps, à voir plus loin qu’un tome à la fois. C’est en relisant ces volumes pour la deuxième ou troisième fois que, fort de souvenirs globaux, j’ai pu réellement apprécier ces courbes de progression, pour certains personnages plus que pour d’autres, pouvant en apercevoir les prémices ou indices au fil des tomes.
Mon souvenir de Trois Soeurcières était donc imprégné de ces idées, bien que de façon relativement ténue. C’était avant tout le point de départ du cycle des Sorcières, pour de bon, sans besoin de retoucher certains détails. Ce que j’allais y trouver, autant m’y réhabituer tout de suite. Et au delà de ça, une certaine tendresse ; à la fois pour le plaisir de retrouver la dynamique du convent entre ses trois Sorcières, que j’aimais chacune pour leurs qualités et défauts respectifs, et pour le plaisir des aspects les plus méta de leurs récits. Il me semble bien que c’est dans ce Cycle-là que Terry Pratchett s’amuse le plus des conventions des contes et récits folkloriques. J’étais somme toute extrêmement confiant de ressortir enthousiaste de la re(x5)-lecture de ce roman.
Et j’avais bien raison, parce qu’il était encore meilleur que dans mes souvenirs.
Avec en vedette : trois sorcières, ainsi que rois, dagues, couronnes, tempêtes, nains, chats, fantômes, spectres, primates, bandits, démons, forêts, hoirs, bouffons, tortures, trolls, plateaux tournants, grande liesse et diverses alarmes
Dans le petit royaume de Lancre, planqué au fin fonds des Montagnes du Bélier, le Roi Vérence vient d’être assassiné, et il en est fort contrarié. D’autant qu’il demeure sous forme de fantôme, et que son assassin, le Duc Kasqueth, ivre de pouvoir, et encore plus corrompu par l’influence néfaste de son épouse, s’empresse mettre son royaume sens dessus dessous pour assouvir ses noires pulsions. Il faudrait qu’on y fasse quelque chose, l’esprit du royaume lui-même pourrait bien se fâcher. Mais pas de chance, les Sorcières, les seules à même d’y faire quelque chose, justement, ont comme politique de ne pas se mêler de ce genre d’histoire. Non, elle ne s’en mêleront pas. Hors de question. N’insistez pas.
Le ton est très vite donné, le thème parodique évident. Shakespeare va en prendre pour son grade, et le le folklore des contes avec lui, en passant. Et c’est dans ce tome, à mes yeux de relecteur attentif – et somme toute impatient – que Terry Pratchett a enfin, définitivement, trouvé son point d’équilibre. Les références et allusions à Shakespeare, tout comme l’exploitation des tropes issus du folklore ou des contes ne sont plus là que comme une toile de fond pour l’œil du connaisseur, des plaisirs subsidiaires à ce que l’intrigue, les dialogues ou les personnages peuvent offrir. Il me semble qu’il n’est pas – ou plus – nécessaire de comprendre ces spécificités pour pleinement apprécier l’humour et les retournements de situations, ce ne sont plus que des bonus ; l’essentiel est ailleurs.
De la même manière, le style s’affine encore un peu plus, usant d’un procédé que je n’avais pas encore repéré jusque là, ou du moins pas utilisé avec autant de fluidité et de régularité ; à savoir une focalisation interne fluctuante. Des paragraphes entiers rédigés du point de vue des différents personnages, usant de leurs regards et de leurs connaissances, voire même de leurs vocabulaires. On demeure à la troisième personne, mais les flux de leurs pensées propres sont intégrés à la narration, y insérant des bribes de leurs monologues intérieurs. C’est aussi malin qu’efficace, puisque Terry Pratchett peut ainsi faire avancer tous les aspects de son récit en même temps : caractérisation de ses personnages, intrigue elle-même, sous-texte, et j’en passe. Sans compter qu’en se basant dans les têtes de ses personnages, il peut se permettre de se servir d’eux comme transitions, à l’aide d’un objet, d’une idée ou d’une parole qui permettrait de raccrocher le train de pensée d’un autre personnage, sans forcément marquer le passage de l’un à l’autre. Ces transitions ne sont pas systématiquement fluides, mais elles le sont bien assez souvent pour qu’on s’y habitue, dans le pire des cas elles permettent également de continuer à jouer avec l’orthographe des mots ou leur transcription orale, au delà des dialogues, comme autant d’éléments permettant d’éviter des explications longues sur l’incompréhension d’un mot ou d’un concept par un personnage.
« Malheureusement, l’évidence n’est pas forcément la vérité. »
Personnages qui constituent sans l’ombre d’un doute la principale réussite du roman, mosaïque complète et lucide de la nature humaine ; jouant sur presque tous les spectres possibles avec la même bienveillance espiègle, sans pour autant oublier la noirceur qui parfois nous fait de l’ombre. À commencer, évidemment, par Mémé Ciredutemps, qui illumine le roman de sa puissance, littéraire et littérale. Même en ayant La Huitième Fille en tête, la présentation qui en est faite dans Trois Soeurcières est exceptionnelle de concision et d’efficacité ; réussissant à montrer d’elle tout ce qui la rend à la fois inhumaine de badassitude et profondément humaine. Au fil de ses dialogues et des scènes qui lui sont consacrées, on apprend à la connaître, par ces petits travers qu’on lui pardonne si vite, à la lumière de ce qu’elle nous montre de son bon sens, si abruptement qu’on pourrait qualifier ce dernier de contondant. Difficile d’être humble quand on est la meilleure. Mais c’est surtout au travers de ses rapports avec ses sœurs Sorcières qu’elle est la plus jouissive à lire, parce qu’on la sent faire des concessions, frappées au coin d’un réel mérite, dépouillé de jugements ou rancœurs personnelles. Elle peut avoir du mal à admettre ses erreurs ou reconnaître les mérites des autres, la faute à une fierté exacerbée, mais pour autant, elle ne commet jamais l’erreur de réellement s’y laisser piéger. On pourra regretter l’absence totale de références à La Huitième Fille, mais ce choix est compréhensible, Mémé est relativement pudique. Si elle ne fait pas référence à ses aventures avec Eskarina, son influence est lisible, la Mémé de cette époque n’est plus, elle s’est ouverte au monde et à ses consoeurs.
À cet égard, il faut saluer Nounou Ogg et Magrat Goussedail, deux personnages qui pourraient souffrir de la comparaison, mais qui, paradoxalement, se nimbent d’autant plus de la lumière parfois volontiers aveuglante de leur comparse. Elles constituent toutes les deux des contre-pouvoirs au sein du convent de Lancre, tempérant les excès de Mémé Ciredutemps, développant chacune d’elles leurs spécificités, faisant des forces de ce que leur sœur pourrait trop facilement considérer comme des faiblesses. Là où Mémé serait trop droite, voire psycho-rigide, Nounou et Magrat font preuve d’une plus grande souplesse, d’une plus grande ouverture d’esprit, apprenant donc d’elle autant qu’elles lui apprennent, même si c’est moins évident. La dynamique se crée donc dans un échange permanent d’accords et de désaccords finissant par des consensus, certes fragiles, mais qui ont le mérite d’exister et de faire avancer et progresser toutes les parties impliquées.
« Mais quand tu progresses dans l’métier, t’apprends que la magie la plus difficile, c’est celle dont tu t’sers pas du tout. »
À cet égard, on pourrait assez facilement considérer que Trois Soeurcières est presque écrit en miroir de Sourcellerie. On y évoque aussi les problématiques du pouvoir et de son usage, mais plutôt que de voir des personnages creux et interchangeables en quête permanente de pouvoir, on a trois réelles personnalités qui cherchent plutôt le meilleur usage de celui qu’elles ont à disposition. Rien que ce constat, qui m’avait complètement échappé à l’époque, me fait respecter les sorcières encore plus, bien au-delà de leur aspect de protagonistes, en opposition à celui d’antagonistes des mages. Elles sont l’illustration parfaite du concept de soft power, surtout en opposition à l’usage de la magie fait par les mages et sourceliers des tomes précédents, qui se base sur l’esbroufe et la démonstration permanente de puissance. Le clinquant, le symbolique et la Tradition creuse font place au bon sens, à l’expérience et au souhait d’avant tout faire les choses au mieux pour l’intérêt général plutôt que personnel. Les sorcières ont leurs propres biais et une conception toute personnelle du respect (et de la Tradition, également), souffrent sans doute de leur orgueil, mais elles en souffrent seules, bien consciente que sans elles, la situation serait pire ; et que surtout, si elles devaient en faire souffrir d’autres qu’elles, elle ne vaudraient pas mieux que les mages, justement.
J’en veux pour preuve une des meilleures surprises de l’ouvrage, qui avait échappé à ma mémoire depuis sa dernière lecture. À la moitié de l’ouvrage, nos Sorcières accomplissent une série d’exploits magiques participant à un exploit magique global qui fera date dans l’histoire de la sorcellerie. Dans beaucoup d’autres histoires, on pourrait considérer cet événement comme le point d’orgue du récit, menant logiquement à sa conclusion, ce dont j’avais le souvenir, d’ailleurs. Or, en faisant intervenir cet exploit à ce moment, et non pas à celui de la conclusion, Terry Pratchett place la fin avant le moyen en terme d’importance. La conclusion est nettement plus sobre, et participe de l’illustration du soft power des Sorcières, à travers leur usage de la têtologie chère à Mémé Ciredutemps, préférablement à l’étalage de leur puissance pour arriver à leur fin, précisément. L’exploit n’est pas la finalité, il n’est que le meilleur moyen à disposition pour arriver au résultat estimé comme le plus profitable à tou.te.s. Les Sorcières ne songent pas (trop) à leur statut, à ce qu’elles pourraient perdre en terme de réputation ou d’image ; et même en sachant ce qu’elles pourraient perdre en mettant leur stratagème à exécution, elles prennent le risque, car un intérêt supérieur est en jeu, là où les mages de Sourcellerie, dans leur majorité, ne voient que leur propre gain comme ligne d’horizon.
« On perdait toujours contre Mémé Ciredutemps, la seule surprise, c’était comment on allait perdre exactement. »
Par ailleurs, au rang des progrès notables effectués par Terry Pratchett en comparaison des tomes précédents, on peut également noter le couple Kasqueth, un antagoniste bicéphale qui nous est présenté tout le long du roman avec enfin une réelle caractérisation, étant tous les deux bien plus que de simples évocations de figures connues de l’univers Shakespearien. Ils représentent tous deux, chacun à leur façon, les faces opposées de la même pièce malsaine, pétrie du simple désir de pouvoir, avec leurs failles et leurs forces de caractères. On commence à sentir en eux la volonté de Pratchett de ne réellement rendre victime de sa satire que les puissants et leurs obsessions mortifères, moquant allègrement leurs travers, aussi ridicules qu’inquiétants ; nous montrant en négatif le chemin à emprunter pour être réellement respecté.e.s, plutôt que craint.e.s. Ils ne sont pas encore aussi précis dans leurs constructions que sauront être d’autres antagonistes futurs, mais ielles sont déjà d’excellents exemples de ce que l’auteur saura faire par la suite.
Et, ce volume étant extrêmement féminin, je suis également très heureux de constater que déjà, la représentation féminine a fait de grands pas dans ce qui me semble être la bonne direction. Toutes les femmes de ce roman sont des personnages avant d’être des silhouettes, et que leurs descriptions physiques s’efforcent de ne s’attarder que là où elles sont utiles à leurs caractérisations. On pourrait regretter l’illustration un peu trop parfaite du fameux triptyque Épouse-Vierge-Mère (au sens d’ancêtre), au travers de Mémé Ciredutemps, Nounou Ogg et Magrat, mais j’ai la chance de pouvoir anticiper les réflexions que Pratchett mènera lui-même sur la question dans un autre roman du cycle des Sorcières ; ou plutôt fera mener à ses personnages. Aucune raison de bouder son plaisir donc sur cet aspect de la question, d’autant plus avec la perspective de ne plus trop avoir à m’en inquiéter par la suite.
« Les humains se croyaient désireux de sortir d’eux-mêmes, et tous les arts qu’ils imaginaient les y faisaient entrer davantage. »
Comment conclure autrement que sur cette citation, issue des réflexions de La Mort, alors qu’elle s’apprête à rentrer en scène, pour jouer son propre rôle, et oublier son texte (oui oui) ? Une de mes citations favorites des Annales du Disque-Monde, que je me préparais à retrouver avec délectation. Encore une petite perle de sagesse, distillée au fil des lignes, ou en tout cas un de ces extraits qui aura su m’accompagner pendant des années après l’avoir lu. J’ai particulièrement aimé retrouver ces opus des Annales du Disque-Monde, notamment pour ses qualités d’intemporalité, que je n’avais pas encore totalement retrouvées. Il est pour le moment en tout cas celui qui tiendra sans doute le mieux le test du temps. Au travers de ses personnages profondément humains et des thèmes universels qu’il traite, Trois Soeurcières est sans doute le volume le plus réussi de ce Tour du Disque pour le moment à mes yeux, et c’est heureux ; après tout, quoi de plus plaisant que de se sentir bien en revenant à la maison ?
Au prochain épisode. 🙂
La fin de l’année approche, il est temps de prendre quelques vacances avant la rentrée de janvier. Et quoi de mieux que de reprendre Les annales du Disque-Monde du génial Terry Pratchett. Sixième volume, Trois sœurcières, un chef d’œuvre.
Royaume de Lancre, du côté des Montagnes du Bélier, l’endroit où se concentre la magie du Disque-Monde. Selon la tradition, le Duc de machin à assassiné le roi de Lancre pour prendre sa place. C’est assez habituel comme méthode de succession. Le problème est que le nouveau roi n’aime pas le Pays, et le Pays le sent, et sollicite, à sa façon, une de celles qui veillent sur lui : Mémé Ciredutemps.
Alors que de son côté le roi cherche à contrecarrer le pouvoir des sorcières par le pouvoir des mots, et demande à une troupe de théâtre d’écrire une pièce qui convaincra le peuple, Mémé, Nounou Ogg et la jeune Magrat, contre toutes leurs habitudes, décident de se mêler de politique. Tempête, tonnerre, spectres, trois sorcières, des meurtres, des rois … Toute ressemblance est forcément entièrement voulue par l’auteur.
Si Mémé apparait déjà dans un précèdent volume, c’est ici qu’elle prend toute son importance, sans aucun doute mon personnage préféré dans la série. Pour la présenter, rien de mieux que de laisser la parole à son créateur :
« Par nature, les sorcières ne sont pas grégaires, du moins avec leurs consœurs, et elles n’ont certainement pas de chef.
Mémé Ciredutemps était la mieux considérée des chefs qu’elles n’avaient pas ».
ou
« Magrat fouilla les alentours d’un œil angoissé. (…) Elle frissonna.
-Qu’est-ce qu’il y a à craindre ? Parvint-elle à dire.
– Nous, répondit Mémé Ciredutemps. »
Un volume absolument génial. J’ai éclaté de rire maintes fois, j’ai même pris un fou rire lors de la scène où les trois mégères vont pour la première fois au théâtre, spectacle qui heurte de plein fouet le côté très terrien de Mémé.
Mine de rien, ce roman est à la fois, un magnifique hommage au théâtre en général, et à celui de Shakespeare en particulier, une réflexion sur le pouvoir et le destin, on y entend parler de préoccupations écologiques dans la bouche de Magrat, on a un clin d’œil humoristique aux contes de fées.
Et puis, les romans qui vous font prendre plusieurs fous rires c’est rare non, et on en a bien besoin en ce moment. Merci Sir TP.
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