
Les Annales du Disque-Monde Tome 1 La huitième couleur
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l’avis des lecteurs
Fait amusant, je n’ai pas commencé ma découverte des Annales dans l’ordre. Des ami.e.s de la famille avaient offert Au Guet! à mon frangin pour un de ses anniversaires. Quelques pages dedans et il n’avait pas accroché. Au plus fort de notre rivalité fraternelle de l’époque, j’avais souhaité lui damer le pion en le lisant, moi. Chance ou non, je vous laisse juge, j’ai adoré, et j’ai tout de suite été happé. Comme rarement dans ma vie. Et j’ai donc enchaîné sans jamais regarder en arrière, reprenant les tomes parus dans l’ordre, un peu hypnotisé je crois par mon engouement naissant et la connexion qui s’établissait entre moi et cette oeuvre unique.
Dans mes souvenirs les plus récents, cependant, La Huitième Couleur faisait partie des introductions un peu difficiles du Disque-Monde, avec le recul offert par les relectures et les discussions. Ces romans des débuts où Terry Pratchett et Patrick Couton cherchent encore leurs marques, autant dans la construction de l’univers que dans le style à adopter. Pour avoir pendant un certain temps essayé de convaincre certaines personnes de s’attaquer à l’oeuvre, j’en retirais des commentaires sur un style brouillon et verbeux, où l’humour primait sur une intrigue cohérente et captivante. À force, je m’étais résigné à l’idée que bon… d’accord, les premiers tomes ne sont pas si bons. J’en venais à plutôt conseiller Mortimer comme véritable porte d’entrée ; pas tant par conviction que par acquit de conscience, et par peur surtout de voir les gens se détourner de cette oeuvre que j’aime tant. Ma plus grande curiosité en entamant de nouveau ce premier volume, c’était surtout de voir où j’allais me situer, aussi longtemps après, partagé entre l’enthousiasme de recommencer mon parcours et la crainte, si longtemps après, d’être déçu, malgré tous mes souvenirs et en dépit de mes certitudes ou de mon attachement.
Notre première aventure sur le dos d’A’Tuin nous présente donc Rincevent, mage raté vivotant dans la grande ville double d’Ankh-Morpork, amené par les circonstances à devenir le guide et le protecteur du premier touriste de l’histoire du Disque-Monde ; le sémillant et naïf Deuxfleurs.
Un principe de départ relativement simple, prétexte pratique pour nous faire découvrir les particularités de ce monde si différent du nôtre à travers les yeux de Deuxfleurs, puisque Rincevent doit passer une bonne partie de son temps à lui expliquer les choses, et donc à nous. Mais si je me souvenais bien que Terry Pratchett tâtonnait dans ses tous premiers opus, je ne croyais pas que c’était à un tel point. De nombreux détails, à la fois dans la construction de son univers et dans les fonctionnements de ses personnages m’ont fait bondir de surprise ; surtout vis-à-vis des souvenirs que j’en avais dans les opus ultérieurs. Lire la Mort jurer, tuer des gens par pur dépit, déléguer son travail ou discuter avec les dieux ne me semble pas faire partie de ses habitudes et traits caractéristiques par la suite. C’en serait presque amusant, mais c’est surtout choquant, notamment avec les souvenirs de la Mort et de son travail que j’avais gardé avec moi ; ce qui me donne une hâte folle de me plonger dans Mortimer, justement, pour voir je crois beaucoup des principes canons du fonctionnement de la Mort se mettre définitivement en place. Dans le même registre, le Patricien n’est qu’une vague ombre de ce qui deviendra plus tard Havelock Vétérini, la magie ne fonctionne absolument pas de la même manière que par la suite, et Ankh-Morpork non plus ne correspond pas du tout à son canon futur. Bon nombre de détails comme ceux-ci n’ont aucune incidence sur la lecture en elle-même, mais pour l’œil exercé, cela devient presque un jeu des maintes différences qui m’a beaucoup amusé.
Mais, si beaucoup de choses m’ont effectivement surpris, j’étais tout de même, pour bonne partie, en terrain familier. Les germes de ce qui fera le Disque-Monde sont déjà là et n’attendent plus que le jardinier gagne en consistance pour pousser et réaliser leur potentiel. Le roman est drôle, pour commencer, dans ce style parodique que saura cultiver Terry Pratchett avec de plus en plus de maestria par la suite. Il faut certes goûter l’humour référentiel et l’absurde british (surtout lui), mais si ces conditions sont réunies, aucune raison de bouder son plaisir. On s’y approprie certaines figures de la pop culture, à travers Hrun le Barbare notamment, clin d’oeil poussé à Conan, ou Kring, son épée magique parlante, saluant à sa façon ses ancêtres que je n’ai pas eu le loisir de lire mais dont je suis sûr qu’elles existent quelque part. Si nous n’avons pas encore droit aux légendaires notes de bas de pages (à l’exception de la première note du traducteur concernant la masculinité de La Mort), nous avons déjà droit à beaucoup des superbes métaphores, analogies et digressions dont l’auteur a le secret qui savent toujours tirer un sourire.
Ensuite, le roman est terriblement inventif, comme seul Terry Pratchett peut l’être, tout du moins à sa façon ; j’ai quand même lu depuis suffisamment d’auteurices de talent pour me rendre compte que l’invention a beaucoup de facettes, notamment en fantasy, mais pour moi celle de Pratchett demeure unique dans sa construction. Le Bagage, évidemment, vient à l’esprit comme exemple d’un concept absolument stupide dans sa conception – on parle quand même d’une malle de voyage avec des centaines de petits pieds, un sens tout particulier de la fidélité et des tendances homicides – mais dont l’exécution le rend culte en seulement quelques lignes. Et de la même manière, on sent déjà se pointer en filigrane la capacité unique de Terry Pratchett à pousser à fond les codes des genres auquel il emprunte pour influencer sa narration de façon à la fois externe et interne, en faisant briser le quatrième mur à ses personnages sans qu’ils s’en rendent compte ni ne s’adressent à nous ; seulement, il sentent le sens de l’intrigue, et en jouent, ce qui crée régulièrement un effet comique assez déroutant, mais auquel il est très facile de prendre goût. Même s’il faut bien admettre que la maîtrise de l’auteur n’est pas encore au point, surtout en comparaison des tomes à venir quant à l’utilisation de la narration comme une puissance interne discrète mais efficace.
Et c’est bien sûr à ce moment-là qu’il faut nuancer un peu l’éloge. Parce que j’ai beau aimer les Annales du Disque-Monde de tout mon cœur, tout n’est pas parfait, loin de là ; à la fois du point de vue du fan convaincu, en comparaison des tomes à venir donc, que du point de vue du roman seul. En restant principalement dans le domaine de la parodie d’heroic fantasy, ne touchant que très peu celui de la satire, le roman manque assez cruellement de mordant ; plutôt que d’interroger des tropes, il se contente de les exagérer. Les transitions sont souvent assez gratuites, certaines ellipses généreuses, voire frustrantes, et l’intrigue somme toute très limitée en dehors des inventions purement conceptuelles qui finalement constituent le sel du roman. Les situations, les personnages sont drôles et plutôt attachants, surtout Rincevent et Deuxfleurs, leurs dialogues fonctionnent à merveille sur le terrain comique, mais ils ne racontent pas grand chose de fascinant et ne donnent pas beaucoup de grain intellectuel à moudre ; ce dont je sais qu’ils s(er)ont capables, d’où un léger sentiment de manque. Et si le reproche souvent envers son style me paraît très exagéré – au delà d’une éventuelle tolérance toute subjective difficile à évaluer – il faut tout de même reconnaître quelques passages assez verbeux, quelques répétitions d’informations dommageables pour le rythme global et un cruel manque de cohérence d’ensemble. Chacune des quatre parties est assez courte et nous empêche de profiter de tous les éléments qui nous sont présentés dans chacune d’entre elles. Si la fuite en avant permanente des personnages est tout à fait logique, elle impose son rythme à la narration et empêche donc quelques respirations qui auraient été bienvenues dans le récit.
Demeure que j’ai quand même pris un grand plaisir à repartir en voyage en compagnie de ces personnages. Particulièrement Deuxfleurs, dont on sent déjà poindre le côté philosophe qu’on lui connaîtra un peu plus tard, si mes souvenirs sont bons, avec ce côté très stoïcien et optimiste qui lui permet de gérer beaucoup de situations avec un certain sans-froid, en total contraste avec Rincevent qui commence à laisser entrevoir son don pour l’utilisation pratique de la panique et de la fuite comme ses spécialités. Leur duo digne d’un buddy movie demeure la plus grande réussite du roman, et si les événements vont un peu trop vite, leur complicité – si on peut l’appeler comme ça – est plutôt crédible et bien exploitée au sein de leur dynamique commune. Les personnages secondaires manquent nécessairement d’épaisseur, puisqu’ils ne sont pas là pour durer, mais ils incarnent suffisamment de choses pour être évocateurs et drôles en eux-même. Un seul personnage féminin, extrêmement caricatural, mais j’aurais tendance à le mettre sur le compte de l’aspect parodique de cette heroic fantasy à l’ancienne dont il est facile de se moquer mais qu’il n’est pas aisé de déconstruire avantageusement. Je sais d’avance que je pourrais compter sur Terry Pratchett pour régler ce genre de problèmes plus tard.
Alors que faire de ce premier tome ? Il faut reconnaître qu’il est bien loin d’être parfait, à la fois pour l’œil exercé, et sans doute aussi pour un regard plus neuf, bien que l’effet de surprise doit lui être extrêmement profitable. On est avant tout dans le domaine de la pure parodie, et Terry Pratchett se livre plus à l’expérimentation qu’à la véritable construction de son univers, dont il me semble que certains aspects seront retravaillés dans les tomes à venir. Si tout n’est pas encore là, il ne reste franchement qu’à tailler dans le diamant brut. La nostalgie ne peut cependant pas tout laisser passer, et si je devais porter un regard tout à fait honnête sur cette Huitième Couleur, j’en dirais que ce roman laisse pas mal de choses à désirer en terme de narration et d’intrigue pour (largement) compenser par une folle énergie créatrice et une inventivité qui laissent rêveur, promettant de très belles choses pour les itérations à venir. Ce qui, bien entendu, tombe plutôt bien, puisque je sais déjà de source sûre que la suite directe reprendra à peu près là où nous nous étions arrêté.e.s.
Si vous êtes familiers de ces univers fantasy qui mettent en scène chevaliers ou mercenaires galopant à bride abattue à travers de vastes étendues de forêts ou de montagnes féeriques, l’univers imaginé par Terry Pratchett risque bien de vous déstabiliser.
En effet, inventeur farfelu d’un monde improbable, Terry Pratchett insère ses histoires dans une géographique étonnante prenant la forme d’un disque juché sur le dos de quatre éléphants, eux-mêmes posés sur la carapace d’une tortue. Étrange, dites-vous ? Vous ne croyez pas si bien dire.
Dans ce premier volume des Annales du Disque-Monde, l’auteur met l’accent sur les aventures de deux personnages : le pseudo mage Rincevent et Deuxfleurs, dit le touriste.
C’est dans la ville d’Ankh Morpok que démarre l’action au moment de l’arrivée de cet étranger, prénommé Deuxfleurs et affublé d’un drôle de compagnon, une valise pourvue d’une multitude de petites jambes. Mêmes les habitants ne voyaient pas en lui une menace, juste une simple curiosité vis-à-vis de cet inoffensif rêveur.
Néanmoins, le Praticien (haut dignitaire de la ville) charge Rincevent, un mage quelque-peu raté de l’escorter et accessoirement de le protéger lors de son exploration de la ville contre la menace d’éventuels assassins, voleurs et autres va-nu-pieds grouillant partout dans la cité.
Seulement personne ne se doutait à ce moment-là que la situation pourrait échapper aux deux compères et les entraîner bien loin d’Ankh Morpok même.
En signant ce premier tome, Terry Pratchett brave les codes existants du genre pour nous proposer une aventure rocambolesque où l’humour est presque un personnage à part entière.
Avec cet auteur, légèreté et absurdité sont de mise et ce pour notre plus grand plaisir de lecteur.
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