Diamants
  • Date de parution 19/02/2021
  • Poids de l’article 520 gr
  • ISBN-13 9782354088279
  • Editeur MNEMOS
  • Format 210 x 155 mm
  • Edition Grand format
Fantasy Ouvrage de référence de l'auteur

Diamants

4.05 / 5 (100 notes des lecteurs Babelio)

livré en 5 jours

  • Date de parution 19/02/2021
  • Poids de l’article 520 gr
  • ISBN-13 9782354088279
  • Editeur MNEMOS
  • Format 210 x 155 mm
  • Edition Grand format

l’avis des lecteurs

J’ai attendu, avant d’ouvrir Diamants. Il fallait que les étoiles soient alignées. J’ai attendu l’automne et le changement d’heure pour sombrer dans une atmosphère plus crépusculaire. Je voulais que ma lecture soit la plus parfaite possible. Et elle l’a été, au-delà de mes espérances. Ce roman est paru chez Mnémos en février 2021. Il valide la catégorie « Cabinet de curiosités » dans le menu « Automne des mystères », que je termine par la même occasion. Mots-clefs de ce roman : singularité, étrangeté. Enfin, Diamants figurera dans ma liste des 25 sélectionnés du #PLIB2022, et je croise les doigts pour qu’il aille le plus loin possible. Je le veux dans les 5 finalistes.

Un univers dense et complexe

Un worldbuilding ?

Diamants est un roman riche. Il comporte une géographie, mise en valeur par une carte (j’aime les cartes), illustrant les différents royaumes. Ils ont d’ailleurs de jolis noms : Ronces, Brumes, Oetrange, Mer Diaphane… Ca m’évoque des contrées sauvages, lointaines. A l’image de Cantara, qui en plus me rappelle ce titre de Dead Can Dance, et dont je me dis qu’il va bien avec cette lecture.

Diamants, c’est aussi une Histoire, avec sa politique, ses acteurs (rois et reines, diplomates etc.), mais aussi son passé, sur lequel reposent les péripéties du présent. Diamants comporte aussi une cosmogonie, sa mythologie et ses croyances. C’est d’ailleurs un des enjeux du texte : retrouver la trace du passé, pour comprendre le présent. Chaque élément de ce cadre est finement dosé, ni trop, ni trop peu, et a un rôle dans le récit.

On est également dans ce roman dans un univers magique. La magie préside dans ces royaumes. Malgré l’Evanescence depuis quelques temps, certains gardent leurs pouvoirs. Le grand Mancien, notamment et Mauront, à travers les fleurs.

Et enfin, Diamants a son langage propre. Celui-ci a une importance capitale dans ce roman.

Un poème chanté venu d’une époque lointaine

Le récit semble venir des profondeurs, comme une histoire qu’on aurait oubliée, et qu’on se remémore. Ce sont presque des échos qui nous parviennent. On rencontre au fil des pages des grimoires (les Diadema, textes anciens et fondateurs des différents royaumes), des exégètes, et des archivistes, mémoires vivantes du passé, personnages centraux du récit.

De la même façon, le lecteur sent bien qu’il est face à une écriture solennelle, grave, ponctuée de termes anciens, vieillis, au charme désuet. Il écoute ce narrateur déclamer, lentement, sa poésie, chantée à la manière des aèdes grecs, alterner ses focus sur les personnages de cette histoire, dans un temps étiré à l’extrême… Plusieurs passages ressemblent à de la poésie en vers, avec ses rimes et anaphores.


« Il descendit.

Il vint au milieu de l’agora.

Il faisait si chaud, si chaud, à en perdre la raison.

D’autres siècles passèrent, des vallées brûlées de pleurs; il était là devant les hommes et autour de lui tombaient des diamants.

On le regarda.

Il n’y eut aucun bruit, aucun. Les diamants tombaient en silence. Le vent, muet, soulevait sa chevelure, emportait la traîne du voile luminescent qui recouvrait son corps.

Au milieu de son front brillait un bijou, un losange incolore qui semblait le plus beau et le plus précieux des diamants.

Il était là.

Il n’y avait rien à faire.

C’était fini.« 

Vincent Tassy est un auteur pour qui chaque mot a son importance, sa texture, sa sonorité. Le langage est maître, dans Diamants. Même quand il est absent, c’est lui qui façonne le récit. J’ai aimé les sonorités des lieux et des personnages qui se répondent comme des échos (Samsara, Cantara, Savannah, Daphnea…), l’absence de parole donnant lieu à un langage autre, et celui, floral, de Mauront qui s’exprime par sa magie… Le langage est multiple, protéiforme.

Voici donc un roman qui m’a énormément plu, par son univers et son style. Pendant ma lecture, que j’ai fait aussi lente que possible pour m’imprégner des mots, il me fallait du silence. Ou bien la voix de Lisa Gerrard, parfaite pour cette ambiance. Pendant quelques heures, je suis partie Anywhere out of the world, et j’étais à ma place.

L’Or Ailé : un trompe-l’œil

Le chant de la Lorelei

C’est dans cet univers magnifique que surgit alors de nulle part L’Or Ailé. La promesse de l’espoir, d’un renouveau, d’une période faste et heureuse. Cette période nouvelle sera t-elle à la hauteur de toutes ces attentes ?

Dès son arrivée, on doute. Car son nom évoque la Lorelei, cette nymphe qui envoûte les marins par son chant mélodieux… jusqu’à faire chavirer le bateau. Par ailleurs, cet Or Ailé, coiffé de gemmes étincelantes, est nommé par les Hommes Avigdor (le reflet des désirs de ces Hommes avides d’or et de diamants). Et l’écriture est tout aussi mélodieuse que le chant de la Lorelei : Vincent Tassy nous envoûte par sa plume, chantante, sonore, mélodique.

Un trompe l’œil tout en ombres et lumière

Diamants, c’est finalement cela : un gigantesque trompe l’œil. A l’espoir et la renaissance répondent le doute et la peur. Là où les royaumes connaissaient une certaine stabilité, tout commence à tanguer. Vincent Tassy donne même un autre sens aux mots. Par exemple, la beauté est telle qu’elle en devient terrifiante, aveuglante; la magie florale provoque la terreur; les couleurs deviennent « vives à en mourir« , et les lueurs brillent, noires « à force d’éclat ». Les images décrivant cette singularité sont nombreuses. L’auteur crée un gigantesque clair-obscur où c’est la pénombre qui nous apaise.

J’ai aimé cet Or Ailé, même si je n’ai jamais su à quoi il ressemblait. Avigdor est si beau, si grand, mais tellement éclatant et lumineux qu’il aveugle. Il en devient invisible; il n’a pas de visage, pas de passé, pas de langage. En bref, il n’est rien, ni personne, et pourtant il est tout, et partout. C’est une illusion parfaite.

Nul ne sait pourquoi l’Or Ailé vient. Ce qu’il veut. Il semble n’être que le miroir des désirs des Hommes. Existe t-il par lui-même ? Le roman apporte des réponses à ces questions, que je vous laisserai découvrir.

Diamants : une poétique de la déconstruction

« La lumière brûlante de l’Ange affaiblit les êtres »

Vincent Tassy explore dans Diamants la thématique de la déconstruction. Il ne se contente pas de créer une illusion gigantesque. Il nous emmène vers le Néant. Je me souviens avoir assisté pendant les Imaginales à une conférence sur les récits étranges, mystérieux, et décalés, pendant laquelle l’auteur détaillait sa vision de la littérature et des personnages. Il avait expliqué aimer les « personnages absents à eux-mêmes », davantage esquissés et vaporeux que brossés dans le détail. C’est exactement ce qu’il fait dans Diamants. Et il va même jusqu’à effacer ses propres personnages, leur ôter ce qui les définit.

J’ai trouvé époustouflante cette destruction ultime des personnages. Cela se traduit par exemple l’absence de langage (L’Or Ailé, Daphnea), ou la perte de magie progressive, qui caractérise Dolbreuse. Cet effacement est la nature même de l’Or Ailé, insaisissable, et de son Laquais, qui efface le personnage de Mauront. D’autres personnages sont des ombres dans ce roman (Adalelme), ou en deviennent. C’est le cas d’Alamasonthe, une reine « qui tombe en morceaux », qui plonge peu à peu dans la folie. L’auteur nous offre d’ailleurs de magnifiques passages où l’écriture marque cette folie. Si le récit est rapporté au point de vue omniscient, celui-ci se fait tellement discret (effacé ?) qu’il laisse parfois les pensées des personnages s’exprimer par elles-mêmes, sans intermédiaire. Le discours indirect libre se mêle alors à une accumulation de phrases sans ponctuation, créant un rythme effréné, sans queue ni tête.

« Elle se réveilla, elle se redressa, elle vomit, quelqu’un avait pensé – l’archiatre Irène, sans doute – à mettre une bassine juste à côté de son lit, elle se massa le crâne, elle avait beaucoup trop mal à la tête et aussi aux entrailles, elle attendit un peu, elle se leva, rajusta sa robe, se chaussa, se douta que bientôt quelqu’un viendrait la voir alors elle alla devant sa coiffeuse, s’assit, tangua un peu, eut envie que Dolbreuse vienne la recoiffer et retoucher son maquillage, son cher Dolbreuse, mais il devait être très occupé, alors elle se coiffa et se maquilla elle-même, elle était complètement dans le brouillard, elle n’était pas heureuse, elle avait un souvenir lointain de la joie qu’elle avait ressentie avant de s’endormir, pendant la réunion du Conseil, certains détails lui revinrent, elle fut morfiée, elle pria pour ne plus jamais voir personne, sauf peut-être Dolbreuse, Savannah avait bien raison d’avoir filé, c’était ce qu’il y avait de mieux à faire, mettre de la distance entre elle et sa lamentable mère, d’ailleurs Daphnéa, par l’Inconnue, Daphnéa, elle osait à peine y penser, c’était un catastrophe, tout était une catastrophe, Alamasonthe était là, dans sa chambre, tout était calme, il faisait beau dehors, les gens se promenaient, respiraient, les fleurs poussaient, le vent soufflait etc., mais ce qui couvait, en silence, ce qui se préparait, c’était épouvantable, et elle ne pouvait rien faire; d’ailleurs, elle n’en avait même pas envie, tiens, c’était vrai, elle n’avait pas envie de faire de la politique, elle avait envie d’être une grosse égoïste, de cracher sur la couronne et de la jeter dans les Brumes, et de rire, que tout aille à vau-l’eau, et pourquoi pas, que les gens pauvres qui aspiraient à une vie un peu moins nulle – car il y en avait – se révoltent, essaient de changer le monde, que certains de ces pauvres deviennent riches et recommencent à écraser des pauvres, que tout recommence mais sans elle, qu’on se souvienne d’elle un petit moment comme de la reine la plus imbécile et inhumaine de l’histoire, la responsable d’une crise de civilisation apparemment sans précédent, puis qu’avec les siècles, les millénaires, on saurait juste qu’elle aurait fait de mauvaises choses, que des gens auraient péri par sa faute, mais cela n’aurait pas beaucoup de réalité, les morts d’il y a très, très longtemps ne sont plus tout à fait des morts, les tyrans meurtriers d’il y a très, très longtemps ne sont plus tout à fait des tyrans, ce ne sont que des pantins débiles du passé, des personnes forcément bêtes, car les gens d’il y a très, très longtemps sont toujours moins évolués que les gens du présent, ils avaient moins d’expérience, moins d’esprit, ils n’avaient pas tellement conscience de ce qu’ils faisaient, ils étaient barbares, avec le temps on avait évolué, alors d’Alamasonthe, exterminatrice d’un âge si lointain qu’il ressemblait à de la mythologie, on dirait, sans plus aucune haine, sans plus aucune stupeur, qu’elle avait été, voici des lustres et des lustres, une femme monstrueuse, qu’elle avait abandonné la couronne en pleine crise, que cela avait eu des conséquences hallucinantes, cataclysmiques, voici ce qui se dirait d’elle, de temps en temps, sans plus aucune haine, sans plus aucune stupeur, car il y aurait bien assez de haine et de stupeur à consacrer aux monstres du présent.

Elle finit de se maquiller, inspecta le résultat qui était terrible, tout de travers, c’était à cause des vertiges ».

Ce passage (que je trouve absolument bluffant et sublime, une seule phrase pour les divagations d’Alamasonthe !) illustre tout ce qui est en jeu dans ce roman. Une beauté terrifiante, une déconstruction pleine et entière de tout, par le langage. Ca m’a fait penser à la folie de Leah Bellefleur dans le roman gothique de Joyce Carol Oates.

« Comment trouver n’aller nulle part ? »

Cette déconstruction se fait à tous les niveaux du roman. Vincent Tassy détruit son univers, efface le passé de la mémoire de ses personnages, niant ainsi le présent qui se déroule, et l’avenir possible. C’est une des grandes questions de ce roman : quel sens a la vie quand elle ne sait plus quelle est la Vérité, qu’elle n’a plus de passé ni d’Histoire ?

Alors où est la vérité ? Où est le mensonge ? La vérité ne disparaît jamais, elle a eu lieu, mais que devient-elle quand plus personne n’est là pour la connaître ou la reconnaître ?

Vincent Tassy réussit l’exploit de créer du néant, du vide, à partir du seul langage. La narration elle-même mime à la perfection cette destruction ultime : phrases éparpillées sur la page, sans verbe, laissant traîner des mots, seuls, isolés; personnages occultant le narrateur pour prendre eux-mêmes la parole. Comme si, s’effaçant, ils prenaient plus de poids. Et le vocabulaire est riche, le champ lexical du vide pleinement exploité. On parle de néant, d’abîme, de crépuscule, de fin, d’effacement, de destruction, et du rien. Ce mot, j’aurais pu le compter tant il est présent.

L’auteur a créé dans Diamants une poétique du néant, du vide et du rien, assez vertigineuse et que j’ai trouvée particulièrement belle. Aussi belle et terrifiante que l’Or Ailé. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, de ce vide naît quelque chose de très consistant, et d’intense. Et une question : Les Hommes méritent-ils d’être sauvés ? « Vous êtes si peu faits pour le bonheur. Pourquoi pas la destruction, pourquoi ne pas mettre enfin un terme à ce cycle insensé ? » . Je vous laisse découvrir ce chef d’œuvre pour y trouver les réponses.

Diamants est un roman de Vincent Tassy, désormais auteur dans mon top 5. Chacun de ses écrits me parle, m’émeut, et m’éblouit aussi. J’ai énormément aimé dans Diamants la plume, poétique, mélodique, écho de temps immémoriaux. J’ai lu en musique, et ça a été vraiment parfait, comme si l’écriture de Vincent Tassy s’associait avec la musique, en parfaite intelligence. La mélancolie de ce texte, sa beauté sauvage, les thématiques fortes abordées, m’ont beaucoup touchée. Je me souviens que l’auteur parlait du syndrome de l’imposteur lors de la conférence, et de la peur qu’il éprouvait à chaque début de roman. Peur de ne pas savoir, de devoir tout recommencer, de repartir à zéro, presque vierge. En tant que lectrice, c’est quelque chose que je n’ai pas ressenti du tout. J’ai détecté un talent d’écrivain évident, deviné un travail d’écriture colossal, une culture littéraire et générale incroyable, et remarqué aussi une sorte de continuité dans l’œuvre de Vincent Tassy. Bref, ce roman a été l’une de mes meilleures lectures de l’année, et j’ai déjà prévenu le PLIB : si ce titre ne figure pas dans les 25, puis dans les 5, je fais grève. Ce texte est un diamant littéraire qui mérite sa place au sommet.

« Tout ce qui brille n’est pas or » proverbe qui pourrait très bien s’appliquer à ce roman de Vincent Tassy qui doit paraitre le 19 février chez Mnémos. Au premier sens, on peut tout simplement penser que les diamants brillent plus que l’or mais en creusant un peu on se rend compte que Diamants brille par plusieurs points et présente de multiples facettes, de la fantasy à la fois sombre et lumineuse, des questionnements, un roman atypique. Diamants c’est aussi un très beau titre pour faire partie des pépites des indés de l’imaginaire en février.

Il n’est pas évident de parler de ce roman, qui est un peu un ovni littéraire. C’est un roman de fantasy mais il ne faut pas s’attendre à de la fantasy épique ou à des créatures surnaturelles. On pourrait parler de fantasy gothique ( je ne sais pas si ce sous-genre existe vraiment, peut-être qu’un spécialiste serpentesque égyptien pourrait me renseigner). L’histoire se déroule dans le monde des Trois Continents qui sont : Cantara, Samsara et Sanvean. Au sein du continent de Samsara se trouvent plusieurs royaumes dont celui de Vaivre au centre et celui de Ronces au Nord. Vaivre est gouverné par la reine Alamasonthe et sa capitale est Œtrange. Le royaume de Ronces est dirigé par Adalelme, ancien époux d’Alamasonthe et père de leurs deux filles Daphnéa et Savannah. L’hiver dure depuis de nombreux mois dans le royaume de de Vaivre et la magie est devenue beaucoup moins puissante quand un événement imprévu se produit: la venue d’un ange appelé L’Or ailé dans la capitale Œtrange. Sa venue avait été annoncée dans le livre sacré le Diadema, mais plus beaucoup de monde n’y croyait vraiment encore. Son arrivée coïncide avec la fonte des neiges et tout le monde la voit comme un excellent présage pour le pays et comme une promesse de retrouver sa gloire passée, ce que confirme Dolbreuse, le grand mancien de Vaivre. Bientôt le palais organise un concours pour choisir un suivant à l’Or ailé, un suivant qui devra le guider dans ce monde complexe.

Pour ce roman, Vincent Tassy a opté pour une narration chorale suivant plusieurs personnages principaux: Alamasonthe, Dolbreuse, Daphnéa, Savannah et Mauront, simple jardinier officiant au palais d’Œtrange. Cela permet de mieux comprendre comment fonctionne chaque royaume, de mieux connaitre les différents protagonistes et leurs réactions face à la venue de L’Or ailé. Un des personnages les plus intéressants est Mauront, un simple jardinier doté de pouvoirs sur les fleurs et dont le destin va être bouleversé lui aussi par cet ange très énigmatique. Les personnages sont agréables mais j’ai éprouvé assez peu d’empathie pour eux, comme s’il y avait une certaine distance avec eux. La richesse du roman vient surtout de son univers proche des rêves, des mythes, sombre tout en gardant de l’espoir et original. Les décors ont une grande importance dans le roman, que ce soit la beauté du palais d’Œtrange ou les sombres forêts qui séparent Vaivre du royaume de Ronces. Ces différents lieux rappellent en cela les romans gothiques où les décors avaient aussi beaucoup de place.

L’auteur nous dévoile le monde des Trois Continents par petites touches successives, et on aimerait s’égarer un peu plus longtemps dans certains endroits. Surtout que la plume de l’auteur est très poétique tout en étant fluide, elle donne envie de s’évader, de rêver. Le monde proposé par Vincent Tassy tout comme l’histoire qui nous est contée n’est absolument pas pas manichéen. Le lecteur comprend les motivations des personnages, il ressent ce qu’ils peuvent penser. Plusieurs thématiques parsèment le roman que ce soit sur les choix de vies, le pouvoir, les relations entre personnes, ou encore la mise en avant de soi. Plusieurs péripéties jalonnent le récit, mais le rythme du roman est assez lent et langoureux, un peu comme si Vincent Tassy nous invitait dans une danse intime avec son univers, ses personnages. Cela risque de déconcerter quelques lecteurs.

Diamants est ainsi un roman étrange et envoutant de fantasy gothique porté par une superbe plume. L’univers du livre est très riche et un beau mélange de différents genres, à la fois ombre et lumière, douceur et violence. Un roman tout en nuances prenant ses racines dans la littérature fantastique et gothique et y apportant une touche de fantasy et de magie.

Figure des éditions du Chat Noir, Vincent Tassy est un amateur de vampirisme et d'univers fantastiques. Il est déjà l'auteur de plusieurs romans qui s'inscrivent, d'ailleurs, dans ce courant littéraire à l'image d'Apostasie, d'Effroyable Porcelaine ou encore de Comment le dire à la nuit

Avec Diamants, il change de registre et propose un texte de fantasy qu'il a tout spécialement écrit pour les éditions Mnémos. Une formule sur mesure qui vaut à son roman d'être édité en tant que Pépite de l'Imaginaire, à paraître en février prochain. 

N'ayant encore jamais lu la prose de cet auteur, malgré tous les bons retours que j'ai entendus dessus, je suis très curieuse de la découvrir avec Diamants. Je remercie donc Estelle Hamelin et les éditions Mnémos pour ce nouveau partenariat. 

Dans ce roman Vincent Tassy nous emmène à la cour d'Oestrange. On y rencontre la reine Alamasonthe et ses deux filles, Daphnéa et Savannah. Depuis l’Évanescence, la magie s'est étiolée dans le royaume. L'arrivée d'un ange va bouleverser les choses. C'est une venue qui avait été prédite par le Livre sacré Diadema, même si pour beaucoup, cela relevait surtout du mythe. Certains y voient le signe de grandes richesses et d'autres, d'un désastre à venir. Quoi qu'il en soit, c'est l'effervescence à Oestrange qui voit là une occasion de briller à nouveau. Une cérémonie en l'honneur de cet Or Ailé ne tarde pas à venir, ce sera le moment de désigner le Laquais qui le servira. Pour Mauront, il y voit l'opportunité d'élever sa condition sociale. Pour être élu, il est même prêt à dévoiler son don particulier avec les fleurs. Mais cela pourrait être une folie que de s'exposer ainsi ? Tandis que Mauront espère un nouveau départ, des intrigues se forment dans les coulisses du pouvoir et pourraient bien faire vaciller la royauté et la paix. 

Diamants, c'est déjà un univers onirique qui nous éblouit par son éclat. L'auteur insère son récit dans un cadre d'action vaste qui nous emmène à la découverte de lieux mystérieux et éblouissants. Ainsi, on passe d'un incroyable palais, digne de la Renaissance au royaume secret de Ronces, après avoir préalablement traversé une forêt sombre et dangereuse. Il y est également question des cités cachées des Brumes. Ici, Vincent Tassy se fait l'inventeur d'un univers enchanteur en empruntant autant aux contes qu'aux mythes. De fait, Ronces pourrait être la métaphore du château enchanté, et les Brumes pourraient, quant à elles, incarner soit l'Atlantide, soit l'Enfer. Dans tous les cas, on se sent irrésistiblement attirés par ces lieux qui nous plongent dans une douce rêverie et font naître en notre cœur une certaine indolence. 

Or, cette langueur imprègne les trois-quarts du livre car Vincent Tassy joue souvent ici la carte de la retenue. En effet, il ne fait montre d'aucune précipitation dans le déroulement de son histoire, pourtant les péripéties ne manquent pas. Alors ne croyez pas que ce texte soit tout en longueurs car il n'en est rien. L'auteur y enchaîne les événements à point nommé et nous laisse le temps d'apprécier chaque passage. 

Ainsi, si au début du livre, on se trouve dans une certaine contemplation béate, l'ambiance évolue assez vite au fil des pages pour nous faire vivre des moments critiques et même douloureux. 

Dans Diamants, l'auteur joue avec nos émotions et nos sensations. Il alterne douceur et violence, et se fait tantôt caressant en laissant libre court à une certaine sensualité, tantôt cruel en malmenant ses personnages qu'il plonge dans de terribles tourments. 

Diamants est un roman choral qui donne la parole à une poignée de héros. A travers eux, Vincent Tassy explore les contradictions humaines. Il y a, par exemple, Alamasonthe, une monarque au caractère froid qui est rattrapée par son passé, notamment par la douleur de l'abandon. Marqué par le départ de son mari, elle a fermé son cœur à ses deux filles et est devenue une femme glaciale. Elle est à l'image de son royaume et incarne le déclin en se laissant doucement glisser dans la folie. Son aînée, Daphnéa est l'antithèse d'une dauphine, future souveraine. Pour preuve, elle préfère s'enfoncer peu à peu dans l'invisibilité pour se faire oublier. Savannah, quant à elle, dispose d'une personnalité plus rayonnante. Cette cadette serait donc un meilleur choix à la succession. Dolbreuse est le mancien de Vaivre et il occupe également le rôle de chambellan de la reine. Avec sa floromancie déclinante, ses prédictions manquent de clarté. Cela fait de lui un piètre magicien, alors on s'interroge sur sa réelle utilité à la couronne. A contrario, Marmont s'avère être un mage puissant qui dispose d'un grand pouvoirfruit d'un héritage mystérieux. Enfin, l'Or Ailé autour duquel tout tourne est le personnage le plus énigmatique de cette histoire. Il incarne à la fois l'aurore et le crépuscule autant pour Vaivre que pour le reste du monde. L'existence des anges demeure un secret bien gardé qui suscite moult interrogations et fascinations. Vincent Tassy s'appuie sur des héros étonnants pour faire vivre son histoire afin de surprendre et d'amener le lecteur là où il ne s'attend pas.

Diamants est un récit enivrant et poétique qui nous entraîne au cœur d'une fantasy oscillant entre lumière et obscurité. Coup de cœur de ce début d'année, ce livre m'a même donné envie d'aller faire un petit tour du côté de ses autres textes. 


D’un hiver sans fin naît l’espoir d’un printemps radieux

L’Or Ailé, de la cité immortelle, est descendu des cieux.

Seigneur ou roturier, lequel deviendra son suivant ?

Serviteur, conseiller, dévoué ou confident

Dans le labyrinthe d’Œtrange, il devra le guider

Du royaume de Ronces, aux Brumes emplies de danger.

De l’hiver au printemps, de l’obscurité à la lumière

Percerez-vous les secrets de L’Or Ailé venu sur Terre ?

Je connais Vincent Tassy grâce à Apostasie, un roman gothique sombre et poétique à souhait. Avec Diamants, l’auteur nous offre également tout à la fois un roman sombre et lumineux mais qui renoue avec les thèmes chers à l’auteur.

Il est d’abord difficile de résumer en quelques lignes l’intrigue de ce roman. Dans le royaume ou plutôt reinaume de Vaivres, un ange tombe. Baptisé Avigdor, toute la cour et le peuple entier se tournent vers lui avec espoir car il est dit dans le livre du Diadema qu’il apportera prospérité et paix. Mais Avigdor est un être mystérieux, troublant, aux pouvoirs fascinants et il attire bientôt les convoitises des autres royaumes.

J’ai eu un peu de mal à me glisser dans cette histoire. Vincent Tassy possède une plume qu’on ne lit plus guère que dans les classiques et son intrigue, au départ, se fait très mystérieuse à l’image de cet être d’or tombé sur le royaume. Puis les cent premières pages passées, j’ai été happée parce que c’est justement le mystère qui entoure Avigdor qui m’a passionnée. D’où vient-il? Quels sont ses pouvoirs? Vincent Tassy crée un univers onirique très dense fait de mythes et de légendes aux accents parfois chrétiens, parfois païens mais aussi platoniciens. Avigdor est un être de lumière qui ne supporte pas la nuit, les ténèbres. C’est presque un nouveau-né paralysé par les ombres lorsque vient le soir, un être qu’il faut rassurer.

A ses côtés, on découvre un reinaume exsangue gouvernée par des femmes au bord de la folie. Il y a la reine Alamasonthe dont le cœur est presque froid comme celui de la pierre; Daphnéa son aînée qui va basculer dans la folie et enfin Savannah, la rebelle qui préfère les bois à la cour. Le pouvoir est une malédiction dans cet univers dont personne ne veut vraiment au final. Vincent Tassy tisse un univers de fantasy bien particulier. Il reprend certains codes, en détournent d’autres pour nous offrir un monde étrange à l’image du royaume d’Oetrange dans lequel se déroule la majorité de l’intrigue.

Il y a enfin toute la poésie gothique de Vincent Tassy. Il est vrai que cette manière de raconter ne plaira pas à tous. Il faut aimer le sombre, le lugubre, le mystère. Il faut aimer aussi de pas vraiment savoir où l’on met les pieds et se laisser guider par l’auteur, au fil des pages.

« Diamants » est un roman à part, une bijou brut qu’il faut apprendre à connaître, à aimer, à découvrir.

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