
Bruna Husky, réplicante et détective privée Tome 1 Des larmes sous la pluie
Résumé éditeur
livré en 5 jours
l’avis des lecteurs
Un Blade Runner au féminin, fascinant, et d’une écriture envoûtante.
« Bruna se réveilla en sursaut et se rappela qu’elle allait mourir.
Mais pas maintenant. »
« Quatre ans trois mois et quatre jours… »
Encore une fois les éditions Métailié nous ouvrent la porte de la littérature mondiale pour nous offrir une superbe traduction d’un roman de l’auteure Espagnole Rosa Montero, entre la science fiction-fiction, le polar, le roman sociétal et surtout existentiel. Il y a tant de choses dans ce livre, une telle richesse de thème, amenée par une écriture douce et rafraîchissante que c’est un véritable bonheur de se plonger dedans afin de poursuivre les aventures et émotions de son personnage principal ; Bruna (prononcez Brouna, elle est Madrilène).
Et encore je ne parle pas des réminiscences, petites pointes de plaisir titillant, que tout fan du film Blade Runner (dont c’est inspiré l’auteure), et même des écrits de Philip K Dick, éprouvera en attaquant les premières pages. Les réminiscences et la mémoire étant d’ailleurs un des sujets principal de ce livre.
Nous sommes en 2109, les humains maîtrisent la technologie, ils ont conquis les planètes et découvert de nouveaux minéraux permettant accroître cette technologie. Afin de pouvoir voyager dans l’espace et d’exploiter ces mines ils créent des humanoïdes, des « répliquants », des copies physiques conformes à l’homme et à la femme pouvant s’exprimer et même penser. « Ces humanoïdes obtiennent un succès immédiat, tant dans les colonies que sur la Terre où les versions se multiplient, androïdes de combat, de calcul, d’exploitation et même de plaisir (cette dernière spécialité sera interdite par la suite). »
Les « répliquants » sortent des usines comme des grandes poupées nues déjà grandes ; âgées de 25 ans. Par contre, leur durée de fonctionnement est matériellement limitée à 10 années, les scientifiques n’ayant pas encore trouvé le moyen de faire mieux.
Afin que ces humanoïdes se socialisent le mieux possible, il leur a été implanté une « Mémoire », un passé, fabriqué par des écrivains, contenant des scènes d’enfance, des parents ( ayant disparu durant l’adolescence ou l’enfance), des souvenirs faisant vivre des sentiments, des douleurs et des joies, il est aussi raconté que vers l’âge de quatorze ans, les parents annoncent à leur enfants qu’ils sont en réalité des humanoïdes destinés à servir, et à mourir jeunes. Tout cela le « Rep » n’en prend conscience qu’au début de sa vie, à 25 ans (je sais, ça a l’air compliqué, mais c’est très bien expliqué dès le début du livre).
Bon, ça, c’est pour les personnages, quand à leur place dans la société ; suite à des guerres et des révoltes, et à la prise de conscience de ces humanoïdes, de plus en plus nombreux et de plus en plus indispensables ( en tant qu’ « esclaves »), des droits leur ont été donnés. Ainsi, ils travailleront gratuitement pendant les deux premières années de leur vie pour les entreprises d’état (en tant que soldat, ouvrier, ingénieur) et disposeront ensuite de leur huit années suivantes pour s’intégrer dans la société et vivre une vie normale, avec relation d’amour (mais pas d’enfant), travail rémunéré, vacances, visites au musée, prises de position politique, etc…
Ouf, voilà, je vous ai expliqué en gros le tableau, c’est là qu’arrive notre personnage, bon, je ne vais pas vous raconter l’histoire, juste essayer de partager le plaisir que j’ai pris en lisant ce livre.
Ce personnage, c’est Bruna, une détective privée, ancienne androïde de combat, à qui il reste à vivre « Quatre ans, trois mois et quinze jours », (leitmotiv qu’elle se répète tous les matins à son réveil en enlevant une journée), elle a donc 31 ans, et a déjà vécu une relation amoureuse avec un autre répliquant, qui malheureusement était proche de ses 35 ans et qui est mort, parti, débranché, désactivé ? Elle se sent différente, elle sait que sa mémoire, ses parents, ont été inventés, de nombreux répliquants l’acceptent, mais pas elle.
De fait, c’est aussi une jeune femme moderne, qui galère pour trouver des contrats, de l’argent, qui vit dans un petit deux-pièces de Madrid (ville que l’auteur nous restitue à la fois moderne et ancienne, car, en une centaine d’années, les pierres ne changent pas), nous nous immergeons avec elle dans cette capitale, d’ailleurs, que cela soit dans les quartiers chauds et glauques la nuit où elle part à la recherche de sexe, de drogue ou de violence, ou dans les musées qui la captivent.
Une fille qui picole un peu (beaucoup), prend parfois de la drogue, cherche des partenaires sexuels et surtout, qui a un cruel besoin (ou manque) d’amour, et je ne parle pas de son drame de couple vécu quelques années plus tôt. Tout cela rajouté à son problème existentiel, qui suis-je réellement ? Une machine, un être humain ? Les hommes m’ont fabriqué, pour eux, mais aussi pour vivre, mais pas comme eux ! Vivre juste un morceau de vie ; dix ans à peine. Quelle horreur, se dire que l’on va mourir à 35 ans, essayez d’imaginer ! Tout cela, la plombe, la mine, la bousille parfois. Nous la suivons dans ses réflexions, somme toute simples et normales, et sa détresse, mais aussi son amour de la vie, sa soif de sport, d’art, de rencontres, de rires (son cynisme est terrible et ravageur) en même temps qu’elle se lance dans une enquête sur des meurtres impliquant des forces politiques ainsi que ses semblables, les « réps », organisés, et avec d’autres manières de voir.
C’est là qu’intervient le miroir du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, un monde où les gens différents de la majorité ont toujours souffert. D’ailleurs, Bruna elle-même se trouve confrontée à ce problème, car la terre est peuplée de quelques « réfugiés » à cause de guerre (ben tiens ?), des extra-terrestres aux physiques étranges, réfugiés qui font peur, et qui intriguent, nous croisons l’un d’entre eux, qui devient un ami de Bruna, et vivons ces problèmes et soucis d’adaptation, à lui aussi.
L’auteure nous offre un magnifique passage sur la passion de la musique, on est en pleine littérature, là, sur la beauté, sur l’architecture, sur ce qu’un humain peut ressentir, sur la solitude, l’amitié, l’amour, et pourtant, la société, l’argent, continuent de broyer et de secouer le monde, l’air est devenu payant, l’eau aussi, les pauvres vivent dans des zones infectées. Certains réps sont mieux lotis que d’autres humains.
Il y a cette symbolique de la mort proche, sa violence, cette pauvre ours Melba, la dernière de sa race que les caméras ont filmée jusqu’à sa dernière goulée d’air, avant qu’elle ne sombre, nageant à la recherche d’un bout de banquise (oui, il y a aussi les phénomènes Météo qui ont empiré avec le réchauffement). Melba que l’on a reconstruit en répliquant et qui patauge dans un parc en centre ville pour les enfants. Il y aurait tant et tant à dire…
Puis Bruna rencontre l’écrivain qui l’a « crée », fascinant je vous dis, lui-même n’est pas exempt d’angoisses et de questionnements, de mystères, il l’aime. Elle va aussi s’amouracher, ou s’énerver, d’un flic lourdaud, un gros, (et oui, encore la différence), un humain, c’est peut-être toutes ces petites trouvailles qui font la tendresse, qui font l’attachement, la fascination que l’on a à lire ce livre.
À oui, une dernière chose, l’écriture ! L’écriture fluide, belle, rapide et vivace, comme une androïde de combat qui se bastonne contre des extrémistes (de belles scènes là aussi).
« Il était déprimé par cette heure du petit matin, sale, délavée, où la huit mourrait et le jour nouveau ne pointait pas encore. Cette heure si nue qu’il n’y avait pas moyen de déguiser l’absurdité du monde. »
Ou bien, à propos de la mort de l’amoureux de Bruna ;
« Achevant ainsi son existence fugace de papillon humain. »
Alors, hein ? Fascinant je vous dis !
Et ce n’est pas fini, car la suite des aventures de Bruna vient de sortir en grand format chez Métailié. (Oui, parce que, petits veinards, le livre dont je vous parle est en réédition poche – Suite – chez Métailié)
Le roman de Rosa Montero nous immerge dans un contexte (malheureusement) familier : montée du populisme, recrudescence de la méfiance et de la stigmatisation envers les communautés minoritaires, entretien par les médias du sentiment d'insécurité... c'est pourtant dans le futur que se déroule son récit, plus précisément au début du XXIIème siècle, à Madrid.
Les grandes nations de la planète ne forment plus qu'une unique fédération : les Etats-Unis de la Terre. Les progrès de la conquête spatiale ont permis d'explorer (et d'exploiter) de nouveaux horizons, et à certaines sectes d'illuminés de s'exiler sur des îlots artificiels flottant dans l'espace. Le réchauffement climatique et la pollution croissante ont fait de l'eau une denrée hors de prix, et le dernier ours est mort depuis longtemps, son ersatz (un clone) s'ébattant sur les rives artificielles d'un muséum madrilène. La banalité de la chirurgie esthétique fait se ressembler tous les individus d'un certain âge, mais on n'a pas encore trouvé le moyen d'empêcher les organismes de vieillir. Les hommes sont néanmoins soulagés des tâches les plus pénibles ou dangereuses, dorénavant accomplies par des "technos-humains", ou "replicants", qui représentent quinze pour cent de la population. Ces derniers, conçus par l'homme, sont programmés pour vivre une dizaine d'années, et "mis en production" à l'âge de vingt-cinq ans. On leur implante alors dans le cerveau un passé artificiel, créé par des "mémoristes", leur laissant des souvenirs d'une enfance fictive.
Du point de vue social, les inégalités subsistent. Les plus pauvres vivent dans des zones où l'air est extrêmement pollué, réduisant considérablement leur espérance de vie, et la rencontre avec d'autres peuples de l'espace ne semblent pas avoir ouvert les hommes à plus de tolérance envers les êtres différents... Bruna Husky, en tant que techno-humaine, est de leur nombre. Replicante de combat, elle est également détective. La responsable du parti politique "rep" la missionne pour enquêter sur les morts suspectes de plusieurs de leurs semblables, auxquels on aurait implanté des mémoires mortelles. Le hic, c'est que sous l'emprise de ces implants, les victimes ont perpétré des actes terroristes, devenus pour le leader du mouvement d'extrême-droite en pleine ascension le prétexte à créer un vent de panique et propager sa vision suprématiste et "anti replicants".
En parallèle, Yiannis, ami de Bruna chargé de contrôler la fiabilité des archives historiques -procédé très malin pour nous instruire au passage des pans d'Histoire séparant notre époque de celle du récit- s'alarme d'y découvrir, avec une fréquence croissante, des ajouts récents et inexacts, soulignant le rôle malveillant des replicants lors des événements marquants du passé des Etats-Unis de la Terre...
Quel roman habile et prenant ! A la fois policier à l'intrigue efficace et roman de science-fiction s'interrogeant sur l'avenir de nos sociétés consacrées à la consommation et à l'image, il fait par ailleurs la part belle à ses personnages, complexes et touchants, Bruna Husky en tête. Au physique affûtée de l'androïde, dont la silhouette modelée pour le combat fascine et impressionne, Rosa Montero oppose un mal-être que la rep tente trop souvent de noyer dans l'alcool, lié à l'angoisse de sa mort programmée et à la solitude qui en découle -fonder une famille est impensable- et à la difficulté à se définir au regard de ce passé qui l'habite, qu'elle sait fabriqué, mais qui détermine en partie ce qu'elle est. L'auteur en tire prétexte à une réflexion plus vaste sur l'importance de la mémoire et de la transmission dans l'accomplissement de soi, mais aussi sur la compatibilité entre évolution technologique et psychologie humaine.
C'est dense et passionnant, à lire évidemment !
Quelle ne fut ma surprise, en recevant le programme des parutions de Métailié pour le début de 2016, de lire à propos d’un nouveau roman de Rosa Montero : « Bruna Husky, la réplicante de combat des larmes sous la pluie, a du vague à l’âme, la brièveté de sa vie programmée l’angoisse. Sa nouvelle enquête l’embarque dans une sombre affaire de poubelles atomiques aux confins du monde connu, dans une zone où règne une guerre permanente. » ? Double looping ! Comment, Rosa Montero dont j’avais adoré Territoires barbares a écrit un roman polar/SF dans l’univers de Blade Runner et je n’en savais rien ? Non mais quelle bille ! Je me suis donc précipité sur Larmes sous la pluie, et le suivant suivra dès le début d’année prochaine.
Nous sommes sur Terre au début du XXII° siècle. Une Terre polluée sur laquelle cohabitent, tant bien que mal, quelques rares extraterrestres, des humains, et des réplicants, ces humanoïdes créés par l’homme. Des réplicants dont il est fait mention pour la première fois dans un très vieux film du XX° siècle …
Bruna Husky était une réplicante de combat. Une fois son « contrat » de guerrière terminé elle s’est installée comme détective privée. Il lui reste un peu plus de quatre ans à vivre avant sa fin programmée quand elle est contactée par la présidente du mouvement qui défend les droits (souvent bafoués) des androïdes : quatre reps se sont suicidés de façon atroce, après avoir massacré d’autres androïdes. S’agit-il d’un virus ou d’une manœuvre de ceux qui veulent, sur Terre, se débarrasser de ceux qu’ils appellent des monstres ? Bruna va devoir faire vite, très vite, car la situation est en train de devenir explosive et les jours sombres où humains et réplicants se faisaient la guerre pourraient être de retour.
Quel pied !
Pour commencer, j’adore les mélanges de genres, et là il est particulièrement réussi, aussi réussi que, par exemple, dans la série de George Alec Effinger et de son privé du futur.
Ensuite, je suis un fan de Blade Runner, que j’ai revu il y a peu avec mon grand. La dernière scène entre Ford et Hauer, avec la magnifique tirade du réplicant qui meurt, sous la pluie, après avoir sauvé Ford est inoubliable, j’aime que le titre y renvoie, faisant revenir immédiatement les images du film :
« J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir. »
Ca c’est pour la référence.
Et bien entendu, on marche à fond dans cette histoire parce que, même sans avoir vu le film (ou lu le texte de Ph. K. Dick), le roman fonctionne parfaitement.
Des personnages superbes (qu’ils soient androïdes ou humains), une intrigue fort bien ficelée, un monde futuristes très cohérent, une façon très habile et littéraire de décrire ce qui s’est passé entre notre époque et celle du récit (je vous laisse découvrir le joli subterfuge).
Et comme c’est souvent le cas dans les très bons romans de SF, c’est en parlant d’un hypothétique futur que l’auteur parle très bien d’aujourd’hui. On ne me fera pas croire que c’est un hasard si Rosa Montero nous décrit, aujourd’hui, un futur où des mouvements extrémistes veulent se débarrasser de gens différents, où ils jouent sur les peurs, sur les frustrations … Les androïdes ont bon dos !
En résumé, un roman passionnant, prenant et intelligent, et qui ravit, encore plus, les nombreux fans de Blade Runner.
Signalons que ce premier volume sort début janvier en poche, au moment où le suivant Le poids du cœur, sort en grand format. Rendez-vous donc dès le début d’année prochaine pour la suite des aventures de Bruna Husky.
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