Tè mawon
  • Date de parution 10/09/2024
  • Nombre de pages 256
  • Poids de l’article 140 gr
  • ISBN-13 9782253243717
  • Editeur LGF
  • Format 178 x 110 mm
  • Edition Livre de poche
Cyberpunk Dystopie et Uchronie Ouvrage de référence de l'auteur Réédition moins d'1 an

Tè mawon

3.64 / 5 (105 notes des lecteurs Babelio)

Résumé éditeur

Lanvil, mégalopole caribéenne à la pointe de la technologie, vitrine rutilante des diversités culturelles, s’élève de plus en plus haut, et oublie les trames qui se tissent en son sein. Pat et sa bande de débouya vivent de magouilles et de braquages. Joe et Patson courent de galère en galère, poursuivis par les flics. Ézie et sa sœur Lonia, traductrices, infiltrent les hautes sphères des corpolitiques. Toutes et tous rêvent en secret de retrouver la terre de leurs ancêtres, le Tout-monde, enseveli quelque part sous le béton. Pour y parvenir, un seul chemin : faire tomber les murs entre l’anba et l’anwo, et renverser l’ordre établi. Roman choral irrigué par une langue hybridée et vibrionnante, Tè mawon ouvre la voie à une science-fiction caribéenne francophone, inventive et décoloniale.Avec une fluidité électrique, Tè mawon démontre la puissance de la polyphonie, de l’entrechoc de voix plurielles, de la présence du politique dans le quotidien. Hugues Robert, Le Monde.Un roman insurrectionnel et jubilatoire. Marie-Line Ampigny, France-Antilles.

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  • Date de parution 10/09/2024
  • Nombre de pages 256
  • Poids de l’article 140 gr
  • ISBN-13 9782253243717
  • Editeur LGF
  • Format 178 x 110 mm
  • Edition Livre de poche

l’avis des lecteurs

TT - Bien "Dira-t-on plus tard que Tè mawon, de Michael Roch, aura marqué la naissance d’un afro-futurisme francophone ? Dans Lanvil, une ville du futur (2070) qui se construit en hauteur et englobe tout l’arc caribéen, une société de classes très hiérarchisée cantonne les riches en surface et les miséreux dans les bas-fonds. La cité est immense, entourée de béton et entretenue par des énergies artificielles. Ceux qui refusent cette ségrégation cherchent le Tout-monde, légende qui se dissimule dans ses replis… Ce point de départ relève d’un univers dystopique plutôt classique, la nouveauté vient d’ailleurs. Du cadre, d’abord : Lanvil est une ville noire pour laquelle l’Europe et les États-Unis ne sont que des références secondaires, une terre d’accueil de migrants du monde entier, et ce changement de perspective, très décolonial, est passionnant. De la langue, ensuite : le livre est écrit dans un français empreint de créole et de vocables imaginaires, qui en rend la lecture à la fois exigeante et envoûtante. C’est par l’écriture elle-même que ce roman, aux intentions politiques parfois un peu trop visibles, s’inscrit dans le courant représenté au cinéma par Black Panther et en littérature par des autrices comme N.K. Jemisin ou Nnedi Okorafor. Loin de se confiner dans des revendications traditionnelles, il chante avec souffle l’indépendance et le besoin de se construire soi-même, en profitant de ses origines plutôt qu’en s’y soumettant."

Dire que j’attendais ce nouvel ouvrage de Michael Roch avec impatience est sans doute l’euphémisme de l’année, sinon de la décennie. Parce qu’il faut dire que depuis mes découvertes enfiévrées de Moi, Peter Pan et du Livre Jaune, cet auteur a comme un statut singulier dans ma tête, par la force d’un souvenir, d’une sensation de lecture absolument unique, et surtout, évidemment, l’envie de plus, toujours plus. En ajoutant à cela une sortie chez La Volte, dont les ambitions, les affinités ou bon nombre des sorties précédentes me sont aussi familières que sympathiques ; il y avait là une sacrée promesse et un objet littéraire à anticiper.

Et évidemment, comme je suis un peu gourmand, littérairement parlant, je n’ai pas attendu très longtemps avant de me jeter dessus pour pouvoir m’en délecter et vous partager mon sentiment.

Sentiment que voici, et auquel vous vous attendrez un peu si vous me connaissez bien : c’est compliqué. C’est bien, très bien, même, mais quand même, c’est compliqué.

Ne vous inquiétez pas, je vais tâcher de vous expliquer ça au mieux.

Lanvil, Mégalopole caribéenne née des ambitions d’un autre monde, d’une envie d’un autre modèle que ceux proposés par la vieille Europe gangrenée par l’extrême-droite, les Canétasunis ou l’Asie du Sud accablée par le changement climatique. Mais si Lanvil la ville prospère et fait office d’exemple à l’internationale, ses habitant·e·s demeurent accablées par de séculaires injustices et inégalités ; dont certain·e·s ont justement décidé de s’occuper une bonne fois pour toutes pour atteindre enfin le Tout-Monde, cette légende cachée sous la mégalopole et ses secrets. L’occasion d’un carambolage de destins singuliers et de révélations sur la nature de Lanvil et de son destin collectif.

Compliqué, disais-je. Pour deux raisons assez évidentes. La première étant bien entendu l’usage intensif du créole dans la narration comme dans les discours et dialogues des personnages, ce qui suggère de la part du lectorat un effort de compréhension comme d’une certaine forme de patience face à l’obstacle langagier ponctuel ; il faut parfois ou pendant un certain temps accepter qu’on ne comprend pas tout de ce qui est dit, faute du vocabulaire idoine. Alors certes, Michael Roch est un écrivain intelligent, donc l’idée centrale finit toujours par passer, à la suite d’une explication bien intégrée au récit ou par l’usage du contexte, mais pour qui il faudrait un parcours un peu fléché, je conçois que l’exercice soit un tantinet périlleux.

La seconde, c’est que ce roman est, à l’instar du travail que je connais de l’auteur, très atmosphérique, avant tout le reste. Peu de réelles descriptions, peu d’indications de temps, de lieu ou de circonstances pour cartographier le récit dans son ensemble et l’essentiel de ses scènes : le plus important, c’est le fonds du fonds, les idées, les concepts et le discours qui lie le tout. J’adore ça, et je trouve que Michael Roch le fait excessivement bien, mais à la différence de ses ouvrages précédents dans ma mémoire, le contexte est ici beaucoup plus ancré dans la réalité, un contexte réaliste et un cadre spatio-temporel nettement plus proche, palpable et indubitablement concret.

Ce qui fait de Tè Mawon un mélange un peu étrange, il faut bien le dire, ses choix de fonds comme de forme le situant à la croisée de tout un tas de chemins, dans la narration comme ses thèmes ou même ses aspects méta-textuels. Mais pour étrange que ces choix puissent parfois paraître à la lecture, ils n’en demeurent pas moins passionnants, y compris à l’analyse, et font absolument sens ; ils dénotent juste de la puissance de dépaysement et de décalage du point de vue orchestré par Michael Roch. C’est là sa qualité première à mes yeux : ma très chère altérité. Que ce soit par les éléments de langage, par l’intégration de théories et d’idées qui m’étaient pour l’essentiel inconnues formulées telles qu’elles dans un récit qui joue avec pas mal de codes du cyberpunk, l’auteur propose de fait autre chose, et c’est toujours absolument bienvenu. De fait on se retrouve dans un roman que je qualifierais volontiers de cybergrunge – parce que c’est un terme à moi qui marche bien ici, je trouve. Et qu’on est sur mon blog et que je fais ce que je veux, aussi – le cyberpunk sans les néons et le glamour qu’on lui associe généralement ; une sorte de lucidité cynique et poisseuse, le réalisme crade collé à la semelle de l’espoir qui aurait marché dedans par accident. De l’espoir, des rêves, de l’innovation technologique, il y en a toujours, mais seulement, leurs conséquences et leurs implications ne sont pas exactement les mêmes que celles qu’on avait anticipées, faute d’informations suffisantes sur la réalité du monde et de ses injustices.

Ici, les implications nouvelles, c’est un discours décolonial important, au moins pour ce qu’il contient d’un point de vue caribéen neuf et somme-toute salvateur dans une Science-Fiction souvent trop blanche et trop occidentale dans ses prémisses ou ses conclusions. C’est tout bête, mais rien qu’en changeant l’angle d’attaque, Michael Roch, malgré la relative absence d’originalité de son récit, de fait, fait preuve d’originalité. Comme toujours, c’est une question de cadrage avant tout. Par ses choix d’une narration chorale, d’une focalisation changeante, d’un langage différent, d’un cadre nouveau, Michael Roch nous signale à quel point il est possible mais surtout nécessaire d’aller chercher des possibilités nouvelles partout où on a refusé trop longtemps de seulement regarder, et illustrer par l’existence même de son texte le contenu de ce dernier dans une dialectique assez vertigineuse et relativement inédite dans mon parcours. Tè Mawon a cette force unique d’être tout à la fois le discours et sa démonstration, avec une acuité et une force de frappe assez confondante, entremêlant ses concepts à sa narration et aux dialogues de ses personnages, parvenant à rendre ces réflexions naturelles dans le fil du récit en les liant aux destins de ses personnages qui deviennent autant de vecteurs symboliques.

Alors, certes, parfois, ça vire un peu trop à la démonstration, précisément, et ça perd en naturel ce que ça gagne en lyrisme et en poésie. Par souci de cohérence, je dois bien dire que j’ai un poil décroché dans ces moments précis, bien que mon attachement à la plume singulière de Michael Roch me fasse faire preuve à son égard de plus de mansuétude que jamais, ou en tout cas bien plus que pour d’autres auteurices tombant dans des travers similaires avec plus de régularité, et sans doute moins de cette fièvre que j’aime tant chez lui. C’est ça le truc vraiment compliqué avec lui ; c’est que malgré les relatifs défauts que je peux relever dans ce roman en comparaison de ses précédents à mes yeux, à savoir une intrigue relativement convenue, des personnages un tout petit peu archétypaux, un manque de détails dans la construction et la vie de Lanvil au profit du travail atmosphérique, eh bah j’ai pris mon pied de bout en bout.

Pour tout ce que j’ai pu me dire qu’il manquait sans doute du volume à l’ensemble pour en faire un roman absolument complet, j’avais quand même le sentiment d’une réelle complétion une fois arrivé au bout. Une sorte de doute terrible dont je n’arrive pas à me dépêtrer, comme si malgré mon impression qu’il manquait quand même quelques dizaines de pages ou plus à Tè Mawon pour être vraiment aussi excellent que je l’aurais voulu, finalement, c’était plutôt moi qui avait raté les éléments mis à ma disposition. Et c’est fort possible, puisque j’avouerais que je pense effectivement de pas avoir absolument tout compris, et que je n’ai peut-être pas fait les efforts de compréhension ou de simple recherche nécessaires. Mais quand même, une petite partie de moi, malgré l’immense respect que j’ai pour Michael Roch, me dit que le texte manquait d’un tout petit supplément d’âme, celui, sans doute, que j’avais trouvé dans ses précédents textes.

Mais comme souvent, avec moi, que cette dernière note amère ne gâche pas l’ensemble et l’essentiel. Tè Mawon est un excellent roman, et un prime exemple du besoin impérieux qu’a l’Imaginaire dans son ensemble d’être exigeant avec lui-même pour produire ses plus excellents exemples. Il fait partie de ces textes que je suis avant tout heureux d’avoir pu lire et découvrir, pour ce qu’il a pu m’apporter de neuf dans ma vision des choses, de petits éléments qui reviendront à moi dans des moments inattendus pour mieux me faire comprendre des choses qui m’auraient sans doute échappé dans le cas contraire. Un sacré luxe, et un beau cadeau comme la Littérature sait si bien en faire, à sa manière.

Alors oui, c’est exigeant, évidemment, mais certaines belles choses méritent qu’on se batte et qu’on se débatte un peu pour elles, à l’occasion ; je crois qu’avoir un point de vue unique et frais sur des thèmes maintes fois rebattus est une belle chose.

Que voulez vous, j’ai un goût particulier pour les nouvelles perspectives.


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