
Port d'âmes
Résumé éditeur
livré en 4 jours
l’avis des lecteurs
J’ai eu du mal au début à entrer complétement dans ce roman et à me faire un avis dessus. Il y a de très bonnes idées dedans mais le rythme assez lent m’a un peu déroutée. Cependant, ce roman fait partie de ceux auxquels on repense après coup et qui vous marquent. Il est assez long et pas forcément facile à lire par moments pourtant je dirais qu’il est comme un bon vin dont on apprécie les qualités pas forcément à la première gorgée mais dont on découvre les saveurs et les arômes petit à petit et qui se révèle un grand cru. Il faut prendre le temps de le lire, de le découvrir et d’apprécier ses nombreuses qualités.
La plume de Lionel Davoust est pleine de sensibilité avec un vocabulaire très riche et varié. Le roman se situe dans l’univers d’Evanégyre et dans la ville d’Aniagrad. Cette ville est une entité propre gérée par ses lois et presque un personnage à part entière.C’est une ville à part dans le monde, dont on découvre quelques parties de l’histoire en même temps que Rhuys, le personnage principal.
L’histoire suit la quête initiatique de Rhuys Ap Kaledan, un jeune noble déchu. Sa quête est multiple: pour redorer le blason de sa famille, pour savoir quoi faire de sa vie, quête amoureuse et quête pour se trouver lui-même. Ce personnage est attachant mais assez naïf. Il se laisse facilement manipuler au début mais change peu à peu au contact de la ville et de ses horreurs du moins à ce qu’il en pense. Il est parfois agaçant mais évolue beaucoup et c’est aussi pour moi un des points forts du roman. Le second personnage du roman est celui de Vibeka Danàn. On apprend son nom assez tardivement dans le roman. Son nom est un clin d’œil de l’auteur, le prénom étant celui de la chanteuse de Tristania dont on trouve les paroles au début du livre et le nom fait référence aux dieux celtes ( et aussi à Willow…). Elle est très mystérieuse et on en apprend peu sur elle. C’est une poétesse qui a fuit sa vie. Elle personnifie la difficulté à écrire et la sensibilité dans un monde où elle semble avoir disparu.
L’univers du roman est une société médiévale très hiérarchisée où il y a peu de magie et pas d’autres races que les humains. Un des seuls éléments quelque peu surnaturel du monde est le transfert. Il se fait à l’aide d’une plante, la litane, et permet de transférer une partie d’âme, de souvenir d’une personne à une autre. Ce concept est très original mais il pose beaucoup de questions autant à Rhuys qu’au lecteur. Cela est aussi un des gros points forts du roman qui amène pas mal de questionnements et réflexions.
La ville d’Aniagrad est gérée par l’Administration comme l’apprend vite Rhuys à ses dépens. Les administrateurs ont tout pouvoir et sont prêts à tout pour arriver à leur fin. Ils sont toujours habillés en gris, ont l’air triste et sont les vrais dirigeants de la ville. Le terme d’administration m’a fait sourire étant donné ce qu’on dit souvent sur l’administration en France.
Le livre est assez long et le rythme du récit assez lent du moins au début. Cependant, l’enquête principale est intéressante même si elle n’avance pas très vite, cela fait aussi partie du charme du livre. L’univers est original, l’évolution et la quête du personnage principal sont pour moi les gros points forts de ce livre. J’ai aimé suivre le parcours de Rhuys et voir ce qu’il devient. C’est un roman qu’il faut donc prendre le temps d’apprécier et qui pose beaucoup de questions très pertinentes.
Il était plus que temps que je l’écrive celle ci. J’ai eu l’occasion très tôt d’écrire sur ce blog (ici) à quel point j’entretiens une relation spéciale avec Lionel Davoust ; en tant qu’auteur d’abord, mais aussi maintenant en tant qu’être humain, par la magie des réseaux sociaux et des petites surprises magiques que la vie sait nous réserver parfois, et qui finalement ne sont pas si petites que ça. Et si à terme je me promets de chroniquer tout ce qui tient de l’univers d’Evanégyre, tout comme je me suis promis de rien en rater en terme de lecture, il me faut bien commencer par l’ouvrage qui m’a donné cette fièvre qui depuis ne m’a jamais quittée. Comme pour beaucoup de belles rencontres littéraires dans ma vie, ça a commencé lors d’un Mercredi de l’Imaginaire Rennais, chez mes amis de chez CRITIC. Lionel Davoust était venu y présenter le premier tome de son projet de trilogie (à l’époque *wink wink*) des Dieux Sauvages. Je fus conquis à la fois par le projet et l’homme, et sans aller plus loin dans un éloge qui pourrait sembler verser dans la flagornerie, il suffira de dire que j’acquis Port d’Âmes sans hésitation, tout comme La Messagère du Ciel. Deux ouvrages que je dévorai je crois en l’espace d’une semaine, cherchant ensuite à tout lire de ce qui était disponible, en me ménageant simplement quelques temps d’attente histoire d’être raisonnable.
Et donc, l’idée, aujourd’hui, c’est de raconter pourquoi et comment, à travers Port d’Âmes, j’ai trouvé l’un des auteurs qui tient désormais une des places de choix au sein de mon panthéon personnel, avec tous les superlatifs et biais personnels que cela peut suggérer. Parce que quand on aime, il n’y aucune raison de se retenir de dire les choses qui font du bien à entendre autant qu’à exprimer. Et que j’ai envie de vous raconter pourquoi maintenant, à chaque fois que j’entends Pool, la chanson en exergue de cette chronique, je souris autant du souvenir de ce roman que du fait que je ne pourrais jamais entendre cette chanson sans précisément penser à ce roman, et aussi à la magnifique couverture d’Alain Brion pour la version FolioSF.
Dans la vaste chronologie de l’univers d’Evanégyre, Port d’Âmes se situe plutôt dans un horizon futur par rapport à son pivot central, l’Empire, qui malgré tout, conserve encore certaines marques et une partie de son héritage, bien après sa chute.
Nous suivons Rhuys ap Kaledan, alors qu’il arrive dans la ville-franche d’Aniagrad, tout juste libéré d’une jeunesse entièrement vécue en esclavage, pour payer les dettes contractées par son père, noble déchu, lorsqu’il était enfant, depuis l’autre côté de la mer. Il débarque avec rien d’autre pour lui même que des rêves et quelques objets dont il a hérité et qu’il a pu conserver, qui pourront peut être lui permettre de se forger un nouveau destin, en dehors de sa noblesse et de sa richesse perdues.
Ce à quoi nous avons affaire est donc clairement un roman d’initiation, mais dans le contexte si particulier d’Evanégyre, quoique ici mâtiné d’un très long temps le séparant des autres histoires que Lionel Davoust a pu ou pourra vous conter selon votre point d’entrée dans son oeuvre. Le point de vue est donc celui de Rhuys, jeune homme aux idéaux brisés mais à l’espoir chevillé au corps, oscillant entre combativité et renoncements. Il est la force principale du roman, forcément, par le souffle que l’auteur lui insuffle et qui constitue à jamais pour moi sa marque de fabrique. Au sein de la quête d’identité autant que de gloire ou de statut du jeune ap Kaledan se glissent erreurs de jugement, brillantes idées, décisions discutables et élans de courage et de droiture, dressant le long portrait d’un homme en devenir qui doit se construire en dehors de tous les repères qui ont pu être les siens. Il est un étranger complet, dans une société et un monde qui ne sont pas les siens, dont il doit tout apprendre, comme s’il venait de naître, à ses vingt-deux ans.
L’occasion de découvrir la ville-monde d’Aniagrad à travers ses yeux, avec son fonctionnement si particulier, ses us et coutumes uniques et des personnages secondaires savoureux et captivants, cultivant le mystère comme la rouerie avec la même habileté, avec leur propre souffle, toujours le même, faisant vivre cette histoire au fil des lignes. Lionel Davoust y déploie grand nombre de concepts, certains propres à cette histoire en particulier, mais aussi d’autres qu’il explore différemment dans l’ensemble des romans et nouvelles participant de la construction d’Evanégyre. Celui qui m’a le plus séduit, autant dans l’idée en elle même que dans son développement, notamment par le truchement d’une jeune femme passionnante et captivante, est celui de la litane, une sorte de narguilé qui permet de transférer des souvenirs d’une personne à une autre, tout à la fois pour s’en débarrasser que pour les vivre à nouveau, ou pour la première fois, d’une façon intense et mutuellement intime. Je n’élaborerai pas plus pour éviter d’en dire trop, mais ce concept est central à une bonne partie de l’intrigue et la fait avancer d’une façon unique et très touchante.
Et c’est bien là que mon coup de cœur absolu s’exprime. Quelle humanité, quelle délicatesse au fil des lignes. Sans faire fi des cruautés que la vie sait parfois nous réserver, ni des médiocrités humaines, Lionel Davoust met tout son talent au service d’une superbe histoire qui sait prendre son temps lorsqu’elle le doit, pour nous faire vivre un récit captivant de bout en bout, nous attachant à la destinée particulière d’un être humain à la fois banal et exceptionnel, comme nous le sommes tous et toutes à différents moments de notre vie, selon la façon que nous pouvons avoir de nous regarder, dans un miroir ou à travers les yeux des autres. Et si je suis bien conscient, depuis le temps que je tente de partager mon amour profond pour ce roman comme pour l’univers de Lionel Davoust, que le style comme le rythme peuvent ne pas séduire tout le monde, je ne démordrais jamais de ce sentiment tenace qui me lie à eux. J’y trouve cette qualité rare que je tente de trouver et de louer autant que possible dans tout ce que je lis, cette transcendance sacrée, ce supplément d’âme qui va au delà de cette obsolète question du genre, ce pas de côté, cette innovation, que sais-je, ce petit truc en plus qui parfois nous touche au cœur et nous change à jamais, aussi imperceptiblement que cela puisse sembler.
Je n’ai jamais vraiment développé ici cette obsession qui est la mienne de ne pas pouvoir lire sans musique dans mes oreilles, même si je sais pertinemment qu’elle ne m’est pas exclusive ; probablement parce que cela ne nécessite pas vraiment d’explication. Mais toujours est il que lorsque je découvrais ce roman, je découvrais en même temps l’album After Laughter du groupe Paramore. Et encore aujourd’hui, le son si particulier de la chanson Pool reste irrémédiablement associé à la litane. Lorsque je fume le narguilé ou que j’entends cette chanson, pas une fois sans que ce roman et certains de ses plus beaux moments de me reviennent en mémoire, et avec eux, le même sourire teinté de mélancolie qui me font me rappeler à quel point cette oeuvre est une merveille unique en son genre.
Pour conclure, il me faut – sans spoil – évoquer tout de même la conclusion, précisément, du roman, qui encapsule tout ce que j’ai pu aimer de ce roman, dont jusqu’à aujourd’hui, je me dis encore qu’aucun roman n’a su le faire avec autant de maestria. Je n’ai jamais lu, de ma vie, aucune autre fin dont j’ai pu me dire qu’elle était aussi parfaite, autant dans sa capacité à clore une histoire aussi définitivement, sans aucun regret mais pour autant avec un tel sentiment de mélancolie, teinté de satisfaction. Un mélange hallucinant de nostalgie et d’espoir, un tourbillon de sentiments mêlés, qu’encore une fois, j’insiste, je n’ai jamais croisé ailleurs, à moins d’une extraordinaire faillite de ma mémoire.
Tout cela sans compter l’extrême plaisir de voir surgir dans le reste de l’univers d’Evanégyre, postérieurement dans mon cas, multitudes de détails qui ramènent parfois à des moments particuliers des autres ouvrages ; autant de clins d’œils complices qui saluent le lecteur attentif et lui donnent ce sentiment ô combien gratifiant d’explorer un univers aussi fouillé, si intelligemment construit, aux côtés de l’auteur.
Ma tendresse pour Lionel Davoust et son univers découlent sans aucun doute de ce souci du détail brillant, jamais gratuit, toujours rattaché à quelque chose d’autre, au sein d’un univers évoquant tant de problématiques humaines avec tant de bienveillance mais sans naïveté. Du fait de m’être lancé dans l’aventure d’Evanégyre dans son sillage, je suis sans cesse émerveillé de trouver les mêmes thèmes qui me sont chers, travaillés avec minutie mais sans prétention, collant à la perfection à l’idée que je me fais de la grande littérature, celle qui sait poser les bonnes questions sans avoir l’arrogance d’y répondre directement, ne donnant que des pistes de réflexion propre à chacun, au travers des personnages qui vous toucheront, ou non, mais qui ne vous laisseront jamais indifférents.
Si je me suis promis de passer, à terme, tous les ouvrages de Lionel Davoust au fil de mon humble plume, c’est parce qu’à l’instar de certains autres rares auteur.ices, il a su me persuader autant que me séduire, par une vision des choses proche de la mienne, l’exprimant au travers de ces récits et de ses personnages, de ce sacro-saint souffle que je n’ai cesse d’évoquer. Parce qu’il m’a donné des mots, qui sont autant d’armes et de moyens de défense, pour exprimer ce que j’avais au fond de moi sans avoir su les verbaliser avant de le lire. Parce qu’à sa manière, il a aussi su me convaincre de retrouver en moi une force que j’ai parfois cru perdue ou inutile, me remettant devant mon clavier, pour moi aussi partager des choses que j’avais en moi et que j’ai toujours eu envie de partager, sans forcément en avoir le courage ; que ce soit au travers des histoires que j’écris, autant pour moi que pour les autres, ou les chroniques que je publie sur ce blog.
Et aujourd’hui, je lui rends cet hommage plus que mérité et que je n’avais pas encore pris le temps de développer de façon satisfaisante à mes yeux. Voilà qui est chose faite.
Merci Lionel.
#PayItForward.
A l'heure d'aujourd'hui, Lionel Davoust est devenu un nom incontournable de la fantasy française. Régulièrement présent aux nombreux festivals du genre, il est impossible de faire l'impasse sur cette plume quand on cherche à faire l'état des lieux de cette littérature. C'est d'ailleurs à l'occasion du festival Cidre et Dragon que Fantasy à la carte a pu le rencontrer.
Ses romans étant nombreux, il a fallu faire un choix pour commencer à faire connaissance. Le mien s'est arrêté sur Port d'Âmes. En effet il m'a semblé judicieux comme entrée en matière dans l'imaginaire foisonnant de cet auteur. Bien qu'appartenant à un vaste projet d'écriture cherchant à nourrir un univers copieux, Port d'Âmes peut également se lire individuellement.
D'un simple roman, l'auteur a fait de Port d'Âmes (éditions Critic) une oeuvre magistrale aussi bien du point de vue de sa richesse que de sa subtilité. A travers la trépidante vie d'un jeune noble désargenté, Lionel Davoust nous fait explorer l'incroyable cité franche d'Aniagrad.
Condamné à huit ans de servitude dans la Marine, Rhuys ap Kaledan débarque contre toute attente à Aniagrad. En vie, plus fringuant que jamais le petit noble devenu le matelot Levant ne rêve que de prendre sa revanche en récupérant son titre de baron et en faisant revivre son domaine. Mais cette ville aussi belle soit-elle n'en demeure pas moins remplie de chausse-trappes. Un retour qui ne sera pas indolore. Au fil des rencontres, il va devoir vite apprendre à jouer sa partition aux notes amères et calculatrices. Car on ne peut survivre en ces lieux sans devenir un bon stratège. Sera-t-il pour autant à la hauteur de son père pour atteindre son but ?
Lionel Davoust est l'auteur ici d'un roman tout en ambivalence. Tantôt intimiste avec un héros solitaire qui y mène une introspection personnelle grâce à certaines de ses rencontres qui lui ouvrent notamment les yeux et l'amènent à réfléchir. Tantôt de grande envergure à travers cette course menée par le personnage principal pour redorer le blason familial et étancher sa soif de vérité. L'auteur lui-même incarne un peu l'alter-ego de son héros en se faisant parfois poète, parfois intriguant. L'histoire démarre sur une cause noble menée par un protagoniste pétri de bonnes intentions arborant même une grandeur d'âme pour évoluer vers une intrigue menée par un personnage calculateur et froid.
Un récit qui nous promet de sacrés revirements tout au long du livre. Ainsi, il offre sa dose de suspense de par l’enquête menée par Rhuys tout en délivrant sa part de rêverie poétique grâce au panel de sentiments que va goûter ce héros hors-norme.
Evanégyre est le challenge incroyable dans lequel cet auteur s'est lancé. Celui d'écrire une série de romans aux intrigues indépendantes mais gravitant dans un monde commun. Un univers coloré et flamboyant qui nous emporte au cœur d'une fantasy fabuleuse. Soutenu par les éditions Critic, Lionel Davoust est l'écrivain français de fantasy à ne pas rater. Son écriture est dotée d'une telle sensibilité et d'un esthétisme qui fait vivre et s'égailler les émotions. Ce qui donne à sa fantasy un autre relief et la met à la portée de tous.
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