Petite soeur, mon amour
  • Date de parution 05/03/2020
  • Nombre de pages 666
  • Poids de l’article 410 gr
  • ISBN-13 9782848767970
  • Editeur REY
  • Format 191 x 121 mm
  • Edition Grand format
Anglo-Saxon Romans étrangers

Petite soeur, mon amour

4.01 / 5 (513 notes des lecteurs Babelio)

Résumé éditeur

Du fait divers à la littérature, l'histoire effarante du meurtre d'une fillette jamais résolu.S'emparant d'un fait-divers, un mystère jamais résolu, qui bouleversa l'Amérique – l'assassinat le soir de Noël 1996 de la petite JonBenet Ramsey, six ans et demi, célèbre mini-Miss vedette de concours de beauté –, Joyce Carol Oates reconstruit l'affaire qu'elle n'hésite pas, elle, à dénouer. Une histoire effarante racontée dix ans après par le frère de la victime. La petite fille s'appelle maintenant Bliss, c'est une championne de patinage sur glace, l'enfant adoré de ses parents, la coqueluche d'un pays, la sœur aimée et jalousée par son frère, son aîné de trois ans, Skyler. Skyler qui, depuis le meurtre, a vécu dans un univers de drogues, de psys et d'établissements médicalisés. Âgé aujourd'hui de dix-neuf ans, il fait de son récit une sorte de thérapie. Ses souvenirs sont à la fois vivaces et disloqués. Peu à peu émerge le nom du coupable : est-ce le père – homme d'affaires ambitieux, la mère – arriviste forcenée, un étranger cinglé ou bien... le narrateur lui-même ? Tous les ingrédients préférés de Joyce Carol Oates sont là : la vanité féminine, la stupidité masculine, la famille dysfonctionnelle, l'angoisse du parvenu, le christianisme de charlatan, les dérives de la psychanalyse, le vampirisme des médias, l'incompétence de la police. Pour produire en fin de compte un chef-d'œuvre hallucinant, un dépeçage au scalpel de l'âme humaine et de l'horreur ordinaire...

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  • Date de parution 05/03/2020
  • Nombre de pages 666
  • Poids de l’article 410 gr
  • ISBN-13 9782848767970
  • Editeur REY
  • Format 191 x 121 mm
  • Edition Grand format

l’avis des lecteurs

Dans le cadre de cet exercice de la lecture commune auquel nous nous adonnons régulièrement, ma complice Athalie et moi aimons varier les plaisirs, et les modalités de rédaction des billets conséquents. 


C'est Athalie qui a eu l'idée d'appliquer le questionnaire imaginé par Sophie Calle pour Les Inrockuptibles à Skyler Rampike, le narrateur de "Petite sœur, mon amour".


Dix ans après l'assassinat de sa sœur Bliss, petit prodige du patinage, par un déséquilibré qui s'est suicidé peu de temps après ses aveux et son arrestation, Skyler livre, dans une sorte d'autobiographie subjective et quelque peu confuse, sa version de l'histoire de la famille Rampike...




1) Quand êtes-vous déjà mort ?


Je vais répondre ce que vous attendez de moi, parce que c’est aussi une vérité : il y a dix ans, lorsque ma petite sœur de six ans fût assassinée...


Mais j’étais malade depuis longtemps, depuis la naissance de Bliss, plus précisément, cette créature façonnée par ma mère, pour remplacer Edna Louise, ce bébé geignard et un peu repoussant. Jusqu’à l’arrivée de Bliss, j’étais son enfant préféré… et puis l’insignifiante Edna Louise a révélé, à quatre ans, d’incroyables prédispositions pour le patinage… et alors, exit le petit homme de maman ! Je suis devenu « le frère de », le garçon sans talent et sans charme dont on ne parvenait jamais à se souvenir du prénom. Mais ce n’était pas ça, le pire, non, ce qui m’a rendu le plus vulnérable, ce qui me ronge encore aujourd’hui, c’est d’avoir été le témoin impuissant de la détresse et de la terreur qui hantaient ma sœur. 


Vous semblez sceptique ? Je comprends, vous avez gardé l’image d’une jolie poupée blonde évoluant sur la glace avec une grâce et une facilité envoûtantes… mais hors des caméras, sortie des patinoires, Bliss redevenait Edna Louise, une gamine ni très belle ni très maline, apathique, absente, rongée de tics et d’angoisses, qui faisait pipi au lit, incapable d’apprendre à lire et à écrire malgré les cours particuliers coûteux assurés par des professeurs particuliers. Une gamine qui avait compris que pour être aimée, elle devait s’oublier, accepter de revêtir le lourd costume de la petite patineuse prodige. Et ça ne s’arrêtait pas à s’entraîner jusqu’à l’épuisement… il fallait subir les innombrables visites chez les médecins de tout poil, les piqûres de vitamines et les médicaments pour la performance, les gouttières pour redresser ses dents, les colorants agressifs appliqués chaque mois sur ses cheveux… Bon sang, elle était si petite, si pitoyable et si perdue, et j’étais le seul auprès duquel elle s’autorisait à montrer sa fragilité…



2) Qu'est-ce qui vous fait lever le matin ?


Une mission chimérique, celle d’écrire le seul récit véridique sur la mort de ma sœur. Chimérique, oui, parce qu’avec le recul du temps, et les pertes de lucidité provoquées par les diverses substances que j’ingère, comment savoir où est la vérité ? En réalité, je me lève pour replonger dans un cauchemar, comme si je revivais à l’infini ces années terribles, sans être toujours certain de la véracité de ce que je raconte, perturbé par les zones d’ombre que génèrent mes trous de mémoire… 


Qui sait ? Il est possible que ce récit ne soit rien d’autre qu’une confession cathartique… qu’il réponde à mon besoin inconscient d’éclairer ces pans d’incertitude, pour comprendre ce qui s’est réellement passé cette nuit-là, parce qu’après tout, je n’en sais rien, du moins je crois… 



3) Que sont devenus vos rêves d'enfants ?


Quels rêves ? Ma sœur et moi étions tellement dépendants des rêves de notre mère qu’il ne restait plus de place pour les nôtres. Elle a asphyxié nos désirs simples d’enfants avec son besoin éperdu de de respectabilité, de célébrité… Et même si c’est Bliss qui lui a permis de concrétiser ses aspirations, -elle a bien essayé de faire quelque chose de moi, mais je n’avais aucune prédisposition pour le patinage-, j’ai été moi aussi pris dans sa frénésie, dans le tourbillon délétère de sa quête de reconnaissance.



4) Qu'est-ce qui vous distingue des autres ?


Mon inexistence, le fait de n’être qu’une note en bas de page, dans ce roman que fut la brève vie de ma sœur. 



5) Vous manque-t-il quelque chose ?


Il serait sans doute plus juste de me demander ce qu’il me reste, de moi-même, de ma vie, de ma famille… disons qu’il me manque toutes mes fondations.

Je sais que ce n’est pas la question, mais je veux dire que ma sœur me manque…



6) D'où venez-vous ?


D’une famille toxique… ma mère était folle à lier, si on y pense. Oh, elle n’était pas de ces fous que l’on enferme, elle souffrait de cette folie qui touche nombre de mes concitoyens, prisonniers de leur besoin de popularité -d’amour ?- au point d’occulter tout le reste, au point d’y sacrifier ses propres enfants… Elle était persuadée que Jésus était à l’origine de tous nos bienfaits, mais rendait Bliss responsable de tous les échecs… Quant à mon père, "Bix l’épate", "Bix bourre le mou", c’était l’archétype du gagnant… un homme à la virilité encombrante, à l’exubérance intrusive, obsédé par la réussite. Mais un père souvent absent, qui nous répétait à l’envi qu’il nous aimait lors de ses rares moments de présence, mais qui fuyait le foyer dès que possible, il avait pour cela le prétexte de sa carrière à l’ascension fulgurante…


C’est grâce à lui que nous avons évolué au sein d’une élite, et de ces quartiers puant la richesse et la superficialité, peuplés de personnalités respectables, « qui comptent » … seulement, dès que vous levez un pan du voile, ça sent le soufre et la pourriture. Le royaume de la névrose et de la perversion ! Mes petits camarades étaient quasiment tous sous médicaments –j’étais moi-même sous Ritaline pour soigner des troubles de l’attention-, des gosses souvent surdoués mais malheureux, qui tentaient de combler la vacuité de leur existence en s’initiant à la violence ou à la pornographie…

Selon les codes de ce monde, j’étais un looser, un être négligeable, sans aucune valeur ajoutée, mais c’est tout de même en partie de ce monde que je viens, aussi.



7) Jugez-vous votre sort enviable ?


A votre avis ? J’ai 19 ans, je suis un junkie crasseux logeant dans un taudis, je n’ai pas d’amis, mon nom est associé à l’un des faits divers les plus glauques et les plus médiatisés de ces dernières années, d’aucuns me soupçonnent d’avoir assassiné ma sœur (j’avais dix ans, bordel !) …



8) A quoi avez-vous renoncé ?


A une vie normale… mais demandez-moi plutôt à QUI j’ai renoncé… je l’ai aimée, pourtant, avec désespoir, mais j’ai renoncé à ma mère. Bon, pour être honnête, elle aussi a un peu renoncé à moi, du moins les premières années qui ont suivi la mort de Bliss. Mes parents m’ont placé dans des institutions psychiatriques puis dans des écoles spécialisées hors de prix, où j’étais interne. Et il est rapidement arrivé un moment où je ne voyais plus ma mère qu’à la télévision, invitée sur les plateaux pour évoquer les livres qu’elle avait écrits sur la mort de ma sœur, sur la foi qui l’avait sauvée… elle s’en est bien tirée, ma mère, après avoir accédé au devant de la scène grâce au talent de ma sœur, elle s’y est maintenue grâce à sa mort…

Elle m’a contactée dernièrement, elle aimerait que je vienne la voir, mais il n’en est pas question… 



9) Que défendez-vous ?


Mon droit à la subjectivité, à la tergiversation, à taire ce qui est trop douloureux…



10) Qu'êtes-vous capable de refuser ?


Je préfère vous parler de ce que mon passé m’a fait rejeter, par dégoût et par nécessité… Je rejette cette société de l’image et de la performance, qui tue des enfants pour en faire des icônes, qui jette des petites filles en pâture aux pulsions d’un public qui n’admettra jamais la dimension sexuelle de ces exhibitions de corps juvéniles que l’on fait passer pour des corps de femmes.

Je rejette l’hypocrisie malveillante qui préside aux rapports au sein de la "bonne société", où tous les agissements sont déterminés par le maintien au sein de l’échelon social, mais où règnent la malveillance et l'égocentrisme.

Je rejette les médias et leur influence toxique et inique, ces charognards qui font et défont les réputations, au mépris de la vérité.



11) Quelle est la partie de votre corps la plus fragile ?


(Skyler se lève, fait quelques pas. Il boîte légèrement). Vous voyez ?



12) Que vous reproche-t-on ?


Peu m’importe ce que les autres me reprochent, au regard de ce que je me reproche moi-même : je n’ai pas su sauver ma sœur…


L’intrigue

 

Bliss, petite princesse de la glace de 6 ans, a remporté de nombreux prix. Elle vit avec sa famille dans le New-Jersey. Sa mère Betsey a misé tous ses espoirs sur sa fille afin qu’elle devienne une future championne de patinage. Bix le père est un homme d’affaire fortuné toujours entre deux avions et deux maîtresses. Il délaisse un peu plus chaque jour sa jolie famille. Quant au fiston Skyler, il est invisible aux yeux de ses parents. Inadapté, grimaçant, boiteux, il a renoncé à être le « chouchou ».

Un matin Bliss disparaît. Elle sera retrouvée quelques heures plus tard, le crâne fracassé. Qui a tué Bliss? Pourquoi et comment cette tragédie est-elle survenue?

 

Mon avis

 

Petite soeur, mon amour est un roman certes long (734 pages) mais très prenant. Impossible de décrocher tant le lecteur souhaire connaître l’issue de cette tragédie familiale. Joyce Carol Oates s’est inspirée d’un fait divers terrible qui s’est déroulé dans les années 90 aux Etats-Unis. Une fillette de 6 ans fut retrouvée assassinée, un matin de Noël, chez elle. L’affaire n’a jamais été élucidée. La presse, les tabloïds se sont déchaînés contre la famille de la fillette, traînant son nom dans la boue. Une affaire qui a ému l’Amérique entière.

 

L’auteur s’empare de ce fait divers sordide et nous le fait vivre à travers la voix de Skyler. C’est le fils aîné de la famille Rampike. Petit garçon, il est le « petit homme » de Betsey sa maman. Elle le traîne partout avec elle, le couvant, le surprotégeant. Ancienne patineuse, elle a l’intention d’en faire un champion lui aussi. Seulement, Skyler n’a aucune prédisposition au sport. Peureux et maladroit, il déçoit bien vite sa mère qui reporte alors tous ses espoirs sur Bliss, la petite dernière. Miracle, la fillette est douée, très douée même. Elle trouve enfin une certaine reconnaissance dans le regard maternel qui jusque là se détournait avec cruauté.

 

Bliss devient alors pour sa mère un moyen de gravir les échelons de la bonne société américaine. A travers le succès de sa fille, Betsey pénètre dans tous les clubs snobs du New-Jersey. Sa fille est un instrument pour arriver à ses fins. Joyce Carol Oates décrit avec réalisme la cruauté de cette mère qui se réalise à travers ses propres enfants. Certains passages sont terrifiants. Bliss souffre de « douleurs fantômes » qui l’empêchent de patiner. Sa mère s’en détourne alors immédiatement. C’est une mère étouffante, invoquant Jésus et la religion à tout bout de champ, qui est décrite sans aucune complaisance.

 

Quant au narrateur Skyler, le lecteur ne peut qu’entrer en sympathie avec lui. Il raconte sa vie avec ses yeux d’enfant. Il ne comprend pas tout mais certaines remarques font mouche. C’est un enfant qui grandit dans un contexte familial peu aimant et écrasant. Il lui faut nouer des amitiés avec les enfants « de » afin que sa mère puisse entrer dans les cercles de la bourgeoisie. Seulement, Skyler fait les choses à l’envers. Avec lui, ça ne marche jamais. Ses parents le lui font d’ailleurs bien comprendre. De plus en plus seul, Skyler fait peine et émeut son lecteur compatissant, le seul qui veuille bien l’écouter.

 

La moitié du roman est consacrée à la montée de Bliss et de sa famille sur les marches de la gloire jusqu’au jour où la tragédie éclate. Pas de voyeurisme ici, pas de description glauque: on retrouve le petit corps sans vie de Bliss, un point c’est tout. Et l’inimaginable se produit. Skyler est soupçonné du meurtre de sa propre soeur, lui qui était peut-être le seul à l’aimer vraiment et sincèrement. Il n’y aura pas vraiment d’enquête. L’horrible vérité éclate pourtant dans les dernières pages du livre avec un Skyler devenu adulte à présent mais un adulte drogué, sans répère et culpabilisant sans relâche.

 

L’auteur dézingue une fois de plus la société américaine avec brio. La famille parfaite vole en éclat. Les mères sont sous antidépresseurs et possessives, égoïstes; les pères sont menteurs et volages; les fillettes ressemblent à des prostituées de bas étage; les petits garçons complexent et se bourrent de médicaments pour tenir le coup.

 

Ce roman est fort, très fort. Difficile de tout dire ici tellement il est foisonnant et riche d’enseignement sur l’Amérique et la famille d’aujourd’hui. On ne peut pas le lâcher et pourtant il est parfois si anxiogène que l’on a besoin de faire des pauses. J’ai adoré d’un bout à l’autre que ce soit l’intrigue ou l’écriture. Du grand Oates!

 

Merci à Livraddict et aux éditions Points pour la découverte de ce roman maginifique et émouvant.

 

Vous pouvez retrouver une de mes critiques sur un autre roman de Joyce Carol Oates ici.

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