Widjigo
  • Date de parution 29/09/2021
  • Nombre de pages 256
  • Poids de l’article 308 gr
  • ISBN-13 9782226457431
  • Editeur ALBIN MICHEL
  • Format 205 x 140 mm
  • Edition Grand format

Widjigo

3.89 / 5 (359 notes des lecteurs Babelio)

Résumé éditeur

En 1793, Jean Verdier,  un jeune lieutenant de la République, est envoyé avec son régiment sur les côtes de la Basse-Bretagne pour capturer un noble, Justinien de Salers, qui se cache dans une vieille forteresse en bord de mer. Alors que la troupe tente de rejoindre le donjon en ruines ceint par les eaux, un coup de feu retentit et une voix intime à Jean d'entrer. A l'intérieur, le vieux noble passe un marché avec le jeune officier : il acceptera de le suivre quand il lui aura conté son histoire. Celle d'un naufrage sur l'île de Terre-Neuve, quarante ans plus tôt. Celle d'une lutte pour la survie dans une nature hostile et froide, où la solitude et la faim peuvent engendrer des monstres...

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  • Date de parution 29/09/2021
  • Nombre de pages 256
  • Poids de l’article 308 gr
  • ISBN-13 9782226457431
  • Editeur ALBIN MICHEL
  • Format 205 x 140 mm
  • Edition Grand format

l’avis des lecteurs

Je sais, on est dans les challenges hivernaux depuis jeudi, mais j’ai traîné un peu dans mes lectures automnales. J’attendais un temps bien pourri pour lire Widjigo d’Estelle Faye, que je me suis procuré dédicacé lors de l’annonce des 5 finalistes du PLIB 2021 à Paris en mars. Je sais être patiente quand il s’agit de créer une ambiance parfaite pour lire un livre. C’est donc chose faite, j’ai lu ce roman fantastique par un temps dégueulasse, froid et humide. L’immersion a été totale, et la lecture excellente. Lecture du Cocorico Challenge (Jeanne de Belleville – Mers et océans).

Ambiance temps pourri

C’est quelque chose que j’adore chez Estelle Faye : sa création d’ambiances et d’atmosphères. C’est ce que j’avais adoré dans Un éclat de givre et Un reflet de Lune, plus que l’intrigue d’ailleurs. Widjigo, c’est un hiver glacial, d’un froid qui vous transperce la peau jusqu’aux os. Un froid humide; une humidité qui colle à vos habits, qui ne sèche jamais vraiment, qui s’infiltre dans vos blessures, qui vous glace le sang. Widjigo, c’est une ombre, ce monstre fantôme qui plane sur les personnages, mais aussi une ombre qui cache le soleil. Dans ce roman, il fait sombre, nuageux, gris sombre, noir.

Et tout est à l’avenant. Les personnages n’ont pas des zones d’ombre en eux : ce sont des ombres eux-mêmes, des fantômes de leurs vies passées, qui galèrent dans un bourbier à mille lieues de chez eux. Perdus, seuls, tristes, épouvantés, en proie à leurs démons.

Il y a dans Widjigo une sorcellerie à l’œuvre, qui est une chape de plomb sous laquelle les personnages évoluent. On est au grand air, mais dans leur vie comme dans leur parcours pour s’échapper de ce merdier, les personnages tournent en rond, encore et encore. C’est un huis-clos en plein air que nous offre Estelle Faye, dans un univers désolé, glaçant, hostile.

J’ai particulièrement aimé la manière dont l’autrice parvient à relier l’ambiance à l’intrigue, comme si celle-ci dépendait intégralement de son environnement. Ce qui est le cas, comme on le voit dans le cheminement des personnages.

Un récit dans le récit

Widjigo est court, et possède selon moi les attributs d’une novella : il est percutant, rapide dans sa manière d’évoluer, ne se perd pas en chemin, ne perd pas trois plombes à poser l’intrigue. L’autrice a trouvé le bon mix entre le roman et le format court, avec le côté bref et fulgurant du format court qui vous laisse un peu ahuri, et le détail du cadre que permet le roman.

Il offre également une structure narrative que j’aime personnellement beaucoup : le récit dans le récit. Sans aller jusqu’à la mise en abyme, cet emboîtement permet un va et vient passé/présent qui fonctionne bien. Cela fonctionne d’autant mieux que le récit emboîtant se déroule sur une soirée dans un phare perdu à Pétaouchnok; il est donc très ramassé. Il offre un cadre assez bien connu qui met dans l’ambiance directement et de manière originale (le récit oral au coin du feu, mais sans le feu et dans un phare battu par les vents), et permet, par le retour en arrière du récit emboîté, de dépasser du cadre temporel restreint.

Le procédé permet également de faire des dialogues entre récit emboîté et récit emboîtant, et au narrateur d’organiser son histoire, de la ponctuer, de la commenter et de la mettre en scène dans le récit emboîtant. On retrouve également des éléments assez importants selon moi, comme la défaillance de la mémoire, ce qui permet au lecteur « d’y croire ». L’autrice joue aussi avec les points de vue, puisque se mêlent narration au « je » dans le récit emboîtant et focalisation externe pour le récit passé. Cela permet une reconstitution des souvenirs plus fidèle, donnant au récit passé une valeur moins personnelle, comme plus historique.

10 petits nègres version fantastique

Plusieurs fois j’ai eu la sensation de lire une revisite de ce roman d’Agatha Christie. Car les personnages sont réunis dans une entreprise un peu louche, parce qu’il y a cette espèce de huis-clos qui se restreint autour des survivants et parce que les personnages eux-mêmes ne sont pas blancs comme neige, traînant de sacrées casseroles derrière eux. La présumée sorcière Pénitence (Pénitence !), son père attaché à sa Bible comme une moule à son rocher, la Marie débrouillarde, le Gabriel mutique… Sacrée galerie de cas désespérés dont on se doute que leur réunion n’est pas fortuite. Cela permet à l’autrice d’amorcer une plongée dans l’âme humaine, crasse et noire, quelle qu’elle soit.

Widjigo offre alors un roman plein de surprises. Le rythme n’est pas dingue mais je trouve au contraire qu’il épouse bien la manière dont les personnages s’engluent dans leur vaine quête de survie. L’autrice ponctue son récit comme le parcours de ses personnages de macchabées, ce qui donne un peu de variété et de couleur dans cet univers bien noir. Un peu de rouge ça colore malgré tout, et surtout ici il fait un parallèle assez sympa avec l’écorce très rouge des bouleaux. Une écriture tout en contrastes violents.

Le suspense monte doucement mais sûrement, et j’ai lu avec avidité pour savoir qui, mais qui ! était le semeur de cadavres. Alors Widjigo se teinte pendant un bon bout de temps de fantastique, laissant place au doute et à l’angoisse caractéristiques du genre, face à des événements inexplicables. Et lorsque la révélation arrive, Estelle Faye nous plonge dans le merveilleux, et nous offre des rebondissements finaux que personnellement je n’avais pas vus venir du tout. Un final en point d’orgue, là encore qui me fait penser à une fin de novella. Et j’ai refermé le bouquin en me disant que je venais de lire mon roman préféré de l’autrice.

Widjigo est un roman d’Estelle Faye que j’ai mis du temps à lire… D’une part parce que j’attendais le bon moment, et aussi parce que je sortais là de ma zone de confort. Et mine de rien, c’est toujours un risque. Risque que je suis ravie d’avoir pris, parce que c’était une excellente lecture. Tout m’a plu dans ce titre qui est celui que je préfère de l’autrice, tant j’ai aimé l’atmosphère, mais aussi l’intrigue cette fois. Mon seul regret réside dans le fait que je n’ai pas lu ce titre plus tôt, sans quoi je l’aurais mis dans mes 5 finalistes du PLIB2021. Même si bon, vu les 5 finalistes choisis, je ne suis pas sûre qu’il aurait eu la moindre chance, malheureusement…


Estelle Faye est un peu une « touche à tout » dans le domaine de l’imaginaire. Elle a écrit de la science-fiction, de la fantasy, des romans pour la jeunesse. Elle a également produit beaucoup de nouvelles. On retrouve l’autrice chez Albin Michel Imaginaire avec Widjigo, un roman fantastique se déroulant entre Terre-Neuve et la Bretagne. Si le livre fait un peu penser à Notre Dame les loups d’Adrien Tomas et à Terror de Dan Simmons, il contient aussi beaucoup d’éléments de l’univers de la romancière avec notamment une grande place consacrée à l’océan et l’histoire.

L’importance du cadre

Dans Widjigo, les lieux et l’époque ont beaucoup d’importance pour mettre en place une ambiance très oppressante. Tout débute en 1793 en Basse Bretagne. Jean Verdier, un jeune lieutenant de la République doit arrêter le marquis Justinien de Salers qui a trouvé refuge dans une forteresse en bord de mer. Une fois arrivé sur place au début de la nuit, le marquis accepte de se rendre, mais seulement une fois qu’il aura raconté son histoire durant la nuit au lieutenant de la république. Une histoire qui se déroula 40 ans plus tôt dans le Nouveau Monde, en 1754 à Terre-Neuve. Justinien, noble ruiné et alcoolique, est engagé pour retrouver la trace d’un cartographe disparu sur l’île de Terre-Neuve. Pour l’accompagner dans cette expédition, plusieurs personnes sont embauchées: Gabriel, le seul survivant de la précédente, Marie, une sang-mêlée, et Veneur, un botaniste. C’est alors qu’une violente tempête fait chavirer le bateau où se trouvaient les 4 personnages, entrainant les différents survivants à combattre l’hostilité de ce coin perdu de Terre-Neuve.

Le récit entremêle les deux périodes historiques avec un contexte différent, 1793 en pleine révolution avec son lot de guillotinés et d’oppositions, et 1754 en Nouvelle-France, territoire en pleine mutation et victime des conflits entre français et britanniques. Deux époques marquées par la guerre, les morts, la misère et l’injustice. Les lieux ont également une très grande part dans le récit. Avec d’un côté de l’océan la Bretagne et ses côtes, et de l’autre Terre-Neuve et ses forêts sauvages, son froid qui transit les corps.

Estelle Faye décrit ces lieux et ces époques avec brio, nous faisant ressentir l’air marin, les rafales de vent, la neige et le froid, l’immensité des paysages, et à quel point l’homme est réduit à peu de chose au milieu de la rudesse de la nature profonde. L’écriture de l’autrice est très visuelle, on s’imagine très bien les lieux, les actions, et on se fait véritablement happer par le récit. Elle arrive à nous faire ressentir la tension qui monte peu à peu entre les différents survivants devant faire face à la fois à un milieu hostile, mais aussi aux autres protagonistes.

Un roman de monstres

Widjigo est une mise en abyme de différentes histoires. C’est un récit historique, un récit de survie angoissant, une histoire entremêlant les époques et les lieux, et un roman fantastique mettant en scène des monstres. Le terme monstre peut être entendu de différentes manières. Il y a tout d’abord le Widjigo, la créature des légendes du peuple Algonquin. Puis il y a les monstres que l’homme peut se créer dans sa propre folie, qu’elle soit liée au puritanisme, au fanatisme ou encore à des situations tragiques.

Estelle Faye créé un climat oppressant tel qu’on se demande ce qui se passe réellement, si ces personnages ont basculé dans la folie, s’ils sont victimes d’une malédiction ou si ils sont coupables d’atrocités. Ses personnages sont complexes et ambigus, et Estelle Faye en joue afin de brouiller sans cesse les cartes au point que le lecteur doute autant que chacun des personnages. L’autrice arrive également à construire son récit de manière magistrale en seulement 250 pages, arrivant à parler de plusieurs thématiques, mais aussi de l’importance des histoires que l’on transmet.

Avec Widjigo, Estelle Faye signe un de ses meilleurs romans à ce jour. Un roman de monstres très prenant, glaçant et très bien écrit à l’ambiance sombre et oppressante. Widjigo est un véritable roman fantastique qui joue avec son lecteur en prenant appui sur les légendes et l’Histoire. Alors n’hésitez pas une seconde et embarquez pour les brumes de Terre-Neuve, royaume du Widjigo.

La chronique du jour sera je crois une parfaite illustration des raisons pour lesquelles je tiens tant à découvrir toutes mes lectures de la manière la plus vierge possible. Je ne vais pas tourner autour du pot : je n’ai pas aimé cet ouvrage, et ça m’emmerde. D’une parce que j’aime beaucoup Estelle Faye ainsi qu’une bonne partie de son travail, et de fait, je n’aime pas avoir à exprimer ma déception à l’égard de ce dernier. Et de deux, parce que bordel, j’étais enthousiaste comme rarement avant de commencer Widjigo, et que j’avais sacrément besoin du plaisir de lecture que j’avais logiquement anticipé. Ce dernier n’étant pas venu, se rajoute donc le déplaisir singulier de devoir m’expliquer dans une chronique ; j’accepte d’abandonner certaines lectures ponctuellement, mais je me refuse à zapper les chroniques.

Le fait est que j’avais extrait ce court roman en particulier de ma PàL sur un coup de tête après que l’ami ours inculte, auquel je fais globalement confiance, ait comparé – avec raison et nuances – sa lecture en cours de Notre Dame des Loups avec celle qu’il avait déjà faite de Widjigo. Or, Notre Dame des Loups est un de mes plus gros kiffs littéraires de ces dernières années. Associant la joyeuse perspective d’une certaine similarité entre les deux ouvrages et le nom d’une autrice dont j’aimerais tout lire, à terme, forcément, j’étais turbo-chaud.

Sauf que malgré la pleine justification de la comparaison entre les deux œuvres partageant quelques points communs indiscutables ; ma lecture de Widjigo a été complètement et péniblement parasitée par ce que j’en avais attendu. Au delà d’un contexte assez similaire et d’une progression narrative comparable, ces deux ouvrages n’ont à mes yeux rien à voir ; j’oserais même dire qu’ils sont assez diamétralement opposés. Et donc si j’ai adoré l’un, je n’ai pas aimé le second, et je vais vous en parler plus précisément ici.

En précisant qu’au delà de ce parasitage qui a empiré la déception, je crains que de toute manière, ce texte et moi n’étions pas faits pour nous entendre de toute manière. Je pense juste qu’une mise en contexte aussi précise que possible pourra m’éviter de paraître trop fielleux là où je ne suis qu’amer et déçu, parce que je sais pertinemment que j’aurais pu aimer Widjigo si Estelle Faye l’avait simplement écrit autrement.

Mais je pense avoir dit ce qu’il fallait en terme de précautions, trêve d’introduction.

1793, Jean Verdier, un jeune lieutenant est mandaté avec ses hommes pour aller arrêter Justinien de Salers, un noble caché dans sa forteresse en bord de mer, et l’amener aux autorités compétentes. Après un long et pénible voyage pour se rendre sur place, la troupe est épuisée. C’est sans doute à cause d’un certain manque de lucidité qu’après que leur cible les ait intimidés de deux coups de feu, Jean Verdier accepte le marché que lui impose le vieil homme. Il pourra l’emmener loin de chez lui pour être jugé après qu’il ait écouté l’histoire qu’il a à lui raconter, celle de comment, des décennies auparavant, il a récolté les cicatrices qui le rendent si effrayant. C’est une longue nuit qui s’amorce.

Commençons donc par le principal souci de Widjigo à mes yeux, à savoir son rythme. Pour un roman si court, je dois admettre que je l’ai trouvé très long. Comme souvent pour moi, c’est un souci de choix, de cadrage, qui cause tout le reste des problèmes, par ricochet. Parce qu’Estelle Faye, à mes yeux, n’a pas vraiment réussi à allier les deux ambitions du roman, à savoir le voyage introspectif du personnage principal, et un roman d’horreur/angoisse aux teintes fantastiques. Dans un volume si condensé que celui de ce roman, en conséquence, on oscille entre des ambiances dichotomiques qui pour moi ont complètement ruiné la moindre chance d’immersion. Je n’ai jamais ressenti le moindre sentiment réel d’urgence ou d’effroi au cœur de l’histoire que le vieux Justinien de Salers raconte, pas plus que je n’ai su ressentir de l’empathie lors des moments où il se rappelle de ce qu’il a pu vivre avant de se retrouver piégé dans l’enfer qu’il raconte à son hôte. J’avais toujours l’impression d’être hors du texte. L’histoire se déroulait sous mes yeux, se concentrant sur des détails qui me paraissaient être à la mauvaise place ou hors de propos, créant une atmosphère trop lourde, une ambiance indigeste, pour que j’arrive pour de bon à m’intéresser à ce qui se passait. J’avançais par curiosité malsaine plus que par réel intérêt, alors que je devinais un potentiel sous-jacent indéniable.

Terriblement frustrant, encore et toujours, de constater que mon côté analytique a sans doute ruiné mon expérience. Puisque par exemple, j’ai fortement tiqué au moment où le récit du vieux de Salers commence, mais narré à la troisième personne, avec une focalisation interne, plutôt qu’à une première personne que j’aurais trouvé plus cohérente et évocatrice. Ce n’est qu’un exemple un peu mesquin, j’en conviens, mais il illustre à la perfection mon problème avec ce texte, finalement trop littéraire pour son propre bien. Estelle Faye écrit excessivement bien, ce n’est pas un sujet à débat pour moi ; mais pour autant, je ne crois pas qu’une histoire comme celle qu’elle désirait raconter – du moins dans sa dimension horrifique – justifiait l’emploi d’une langue et de registres si soigné·e·s. C’est peut-être ça qui m’a si souvent sorti du texte, en fait, cette impression que cette histoire n’était simplement pas écrite de la bonne manière. Il aurait fallu je crois se concentrer davantage sur les sentiments bruts, la dynamique et le rythme pour parvenir à me happer, avec un style à l’avenant, plutôt que dans des considérations plus raffinées, quasi philosophiques et métaphysiques ; même si je conçois aisément que ce même récit aurait pu y parvenir sans mal avec un volume et des ambitions plus clairement tranché·e·s par des choix plus clairs. Je crois sincèrement que le fantastique a de merveilleuses armes avec lesquelles composer, je suis peut-être juste un peu trop difficile dans ma façon de les juger.

Comme je l’ai déjà dit par ailleurs, un ouvrage d’Imaginaire est excessivement fragile, car il compose en permanence avec la suspension consentie de l’incrédulité de son lectorat, bien plus que pour un récit « réaliste ». On jette quelques conventions par la fenêtre, on en introduit peut-être quelques nouvelles, mais leur solidité dépend énormément du bon vouloir des lecteurices pour participer à la cohérence globale d’un texte. C’est encore plus vrai en fantastique, où le doute est, je trouve, partie intégrante du jeu littéraire, souvent dans un échange encore plus exigeant que par ailleurs entre le texte et ce qu’il raconte ou passe sous silence. La moindre facilité d’écriture ou au contraire, la moindre précision trop pointilleuse, peuvent faire basculer un texte dans l’incohérence ou l’inconsistance dommageable. Ce n’est pas pour dire que Widjigo est incohérent, dans l’ensemble, non. Je peux même dire que l’amorce de sa conclusion m’a fait saluer lœuvre avec un hochement de tête respectueux, rebouclant l’ensemble de façon assez maline, quoiqu’un peu précipitée. Mais pour autant, en repassant le déroulement du récit dans ma tête, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que certaines petites choses n’allaient pas vraiment, notamment à cause de ce que j’évoquais auparavant, dans les choix de narration ou dans certains détails qu’Estelle Faye a décidé ou non de mettre en avant.

Donc voilà. Je n’ai que tristement peu de compliments à formuler à l’égard de cet ouvrage, ce qui me rend excessivement triste, même si je me console un peu en me disant qu’on est plus dans le cas d’une stricte incompatibilité d’humeurs que dans le cas d’un roman raté. Estelle Faye avait des ambitions qui ne me semblent personnellement pas coller avec un récit de ce genre, en tout cas pas dans un volume aussi restreint et avec une narration aussi classique dans son exécution. Si je salue les mêmes qualités que toujours chez l’autrice en terme de style et de profondeur réflexive, je ne peux pas pour autant nier mon impression qu’elles ne s’expriment pas au mieux ici : il aurait fallu procéder différemment pour m’émouvoir et/ou me plaire.

Je préfère me dire que le problème vient plus de moi que du texte, pour cette fois. Je l’ai sans doute attaqué au mauvais moment, dans des circonstances défavorables, avec une idée préconcue trop exigeante de ce qu’il devait être avant même de savoir ce qu’il était réellement, ce qui a ajouté à notre mésentente ; nous avons joué de malchance.

Mais je ne veux pas croire que cela signifierait quoique ce soit à l’échelle de ma relation littéraire avec Estelle Faye, ce n’est qu’un raté aux côtés d’autres textes qui ont su me séduire et m’émeuvent encore longtemps après leurs lectures et d’autres encore à venir.

À charge de revanche, donc.

Au plaisir de vous recroiser.

En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

En 1793, Jean Verdier, jeune lieutenant de l’armée révolutionnaire se trouve en Bretagne pour arrêter le vieux marquis Justinien de Salers, un noble qui a traité ses paysans de manière juste, mais la Révolution n’en a cure. Il se rend dans son château sur une presqu’ile, toutefois la tempête et la marée d’équinoxe isoleront la forteresse durant une longue nuit. Justinien accepte de se rendre sans combat alors qu’il est une fine gâchette, mais demande à Jean d’écouter son histoire durant cette nuit. Il est âgé, boiteux et défiguré, et tient à partager ce qui lui est arrivé plus de quarante ans auparavant à Terre Neuve.

Son père était très autoritaire et il s’est révolté contre lui. Il l’a d’abord exilé à Paris avec une petite rente, que Justinien complétait en se faisant entretenir par des personnes riches à qui il vendait ses charmes. Il ne vivait que pour les fêtes. Au vu de sa mauvaise réputation, son père l’oblige à partir pour le Canada où il continue de mener une vie de débauche. N’ayant plus un sou en poche et étant alcoolique, Justinien se voit contraint d’accepter la proposition d’un riche marchand français qui monte une expédition pour retrouver un géographe perdu dans le grand Nord sous la direction de Marie, une métis qui connaît bien la région. L’expédition tourne rapidement à la catastrophe. Le bateau fait naufrage sur une côte isolée de Terre Neuve, il y a peu de survivants. Rapidement le froid et la faim s’installent, mais surtout la suspicion car deux trappeurs ont été tués dans des conditions suspectes les premiers jours. Y a t’il un assassin parmi eux ou sont-ils suivis par les Indiens ? Le pasteur est persuadé que tous ont quelque chose à se reprocher et qu’ils sont punis pour leurs péchés, discours qui insupporte les autres survivants qui ne se sentent pas concernés, ou veulent croire qu’ils n’ont rien fait de mal. Des signes inquiétants sont gravés sur les arbres et la peur se fait plus vive. Comme l’indique le titre, l’expédition est traquée par un monstre, le Widjigo (ou Wendigo). Mais les choses s’avèreront bien plus complexes comme nous le verrons au fil de nombreux rebondissements.

Ce roman est excellent et fort bien écrit. En version audio, lu par l’auteure, il est vraiment très prenant. Il pourrait être un simple roman fantastique, mais c’est bien plus que cela. Le monstre est surtout en nous et les personnages sont questionnés sur leurs actes. Ils se croyaient tous innocents mais ne le sont pas du tout. Tous les participants qui mourront au cours de l’expédition avaient auparavant causé la mort d’autres personnes, volontairement ou non. Si certains personnages sont vraiment très antipathiques, comme l’odieux pasteur qui donne une image déplorable de l’Eglise réformée, d’autres sont tout en nuances et en ambiguïtés comme Justinien. Il se sent victime de son père et pense n’avoir vraiment rien à se reprocher, mais au fil des épreuves la mémoire lui revient peu à peu. Il comprend qu’on peut faire du mal simplement en s’appuyant sur ses privilèges. Finalement nul n’est innocent, même si certains sont nettement plus coupables.

Il y a une mise en abyme entre les deux époques, Jean prend de plein fouet les questions sur les rapports entre la justice, les droits et la culpabilité. Il est conscient des dérapages inadmissibles de la Révolution, ne peut ni les cautionner ni non plus trahir sa cause, il est aussi conscient que depuis son retour du Canada, Justinien a toujours fait preuve de justice envers les populations qu’il administre et qu’il ne mérite pas la condamnation à mort qui l’attend. Justinien tend aussi un miroir à Jean, qui avait déjà des doutes sur le bilan sanguinaire de la Révolution.

L’aspect fantastique est présent en toile de fond discrète, comme les mythes indiens que Marie raconte à Justinien, mais le plus important est la dialectique entre la créature fantastique et le monstre qui sommeille au fond du coeur de chacun. C’est un roman bien plus profond qu’il ne le paraît à première vue. Il y a aussi une réflexion passionnante sur la sorcière, femme trop libre pour son époque et qui fait peur aux hommes. Le retournement final donnera encore un autre sens à cette très belle histoire. Un grand merci à Netgalley et Audiolib pour cette magnifique découverte que je recommande chaleureusement.

Le 29 septembre prochain, Estelle Faye intègre le catalogue des éditions Albin Michel Imaginaire avec un nouveau roman qui s'intitule Widjigo.

Actrice, scénariste, réalisatrice, romancière, Estelle Faye cumule les casquettes. Sa plume talentueuse n'est pas passée inaperçue si l'on en croit les nombreuses distinctions déjà reçues pour récompenser certains de ses romans. Aussi, Porcelaine, légende du tigre et de la tisseuse reçoit le prix Elbakin en 2013, puis pour Thya (tome 1 de La Voie des Oracles), ce sera les prix Elbakin et Imaginales en 2015 et enfin, Les Nuages de Magellan reçoit, quant à lui, les prix Bob Morane et Rosny aîné en 2019. 

Personnellement, j'ai un faible pour cette plume de l'Imaginaire francophone car depuis ma découverte des Seigneurs de Bohen, je n'ai pas cessé de lire ses autres livres, en continuant avec Les Révoltés de BohenUn Éclat de Givre ou encore Un Reflet de Lune

C'est donc avec un plaisir indéniable que je me suis plongée dans ce roman inédit.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Albin Michel Imaginaire, je remercie Gilles Dumay pour l'envoi de ce service de presse.  

1793, côtes de la Basse Bretagne,

Le jeune lieutenant de la République, Jean Verdier est chargé avec son régiment de ramener le noble Justinien de Salers, réfugié dans une forteresse, afin qu'il soit jugé par le tribunal révolutionnaire. Sur place, le vieux noble promet à Jean de le suivre sans faire de problèmes à la seule condition qu'il accepte d'écouter son histoire. Pour Jean, c'est le début d'une nuit étrange qui l'envoie sur la terre sauvage de Terre-Neuve, quarante ans plus tôt. 

Dans Widjigo, Estelle Faye confronte deux périodes historiques car on est tantôt en France sous la Terreur, tantôt à Terre-Neuve en 1753. Cela a le double intérêt narratif de dynamiser la lecture tout en nourrissant cette même ambiance diffuse d'angoisse.

L'intrigue principale prend donc cadre à Terre-Neuve, une île inhospitalière où plane l'ombre des croyances amérindiennes. Or, parmi leurs mythes demeurent, de manière prégnante, la légende du Wendigo, aussi nommé Widjigo chez les Algonquins. Il désigne un être surnaturel possédant une grande force spirituelle qui vit de préférence dans la forêt. Le Widjigo est également toujours associé à l'hiver, au froid et à la famine. On appréhende d'autant mieux son omniprésence entre ces lignes puisque Justinien de Salers se retrouve avec une poignée de compagnons, échoués sur l'île de Terre-Neuve après le naufrage de leur bateau. Très vite le froid, la faim et la peur vont se faire ressentir d'autant que la mort rôde et va frapper. Quand les survivants commencent à tomber, la suspicion s'installe. Pour Justinien de Salers, le criminel se cache peut-être parmi eux, à moins que ce soit l'oeuvre d'un autochtone ou d'un animal ? Toutes les hypothèses sont possibles et la folie gagne vite du terrain. 

Widjigo est un récit psychologique qui mêle du fantastique horrifique à quelques notes de thriller. Estelle Faye joue ici sur plusieurs tableaux et brouille bien volontiers les pistes. 

Elle s'appuie sur des personnages torturés qui cachent bien des secrets que l'on découvre petit à petit. Le héros lui-même, narrateur de cette histoire, ne nous dévoile son histoire que de manière diffuse. Il est si tourmenté que l'on en arrive parfois à s'interroger sur sa culpabilité. Quant aux autres personnages, ils ont tous une part d'étrangeté. Que ce soit le botaniste Clément Veneur qui avoue de suite à Justinien avoir été le seul survivant d'un massacre comme le jeune Gabriel faisant d'eux des êtres suspects aux yeux des autres. L’énigmatique métisse Marie, indienne de par sa mère, qui paraît toujours si froide et si détachée de tout et semble en savoir plus sur tout le monde. Le pasteur Ephraïm, aveuglé par sa foi et rongé par le remord, est inflexible avec sa fille Pénitence, quitte à la pousser à la névrose. 

La tragédie des histoires personnelles de chacun de ses personnages s'harmonise parfaitement avec l'ambiance lugubre que l'autrice a construit dans son livre.

Widjigo est un roman palpitant qui donne la chair de poule dès les premières lignes et dont il est impossible de se détacher avant d'arriver au terme de notre lecture. 

Les lieux décrits cadrent parfaitement bien avec les émotions que l'autrice cherche à susciter chez ses lecteurs : le trouble, le frisson, l'effroi et l'horreur.

Widjigo est un court roman incisif où l'affolement se dispute à la fascination. Tout y est pour ravir son public : le suspense, le meurtre, le secret et le mythe. La réalité et la légende se confondent, la frontière se trouble pour nous faire douter en permanence sur le contenu de ce que l'intrigue nous réserve.

Pari réussi pour Estelle Faye qui change complètement de registre en proposant avec Widjigo, un excellent roman d'épouvante.


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