Danse avec les lutins
  • Date de parution 23/05/2019
  • Nombre de pages 240
  • Poids de l’article 298 gr
  • ISBN-13 9791036000041
  • Editeur ATALANTE
  • Format 200 x 144 mm
  • Edition Grand format
Fantasy parodique Dragons - Elfes Ouvrage de référence de l'auteur

Danse avec les lutins

3.76 / 5 (87 notes des lecteurs Babelio)

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  • Date de parution 23/05/2019
  • Nombre de pages 240
  • Poids de l’article 298 gr
  • ISBN-13 9791036000041
  • Editeur ATALANTE
  • Format 200 x 144 mm
  • Edition Grand format

l’avis des lecteurs

Danse avec les lutins signe le retour à la fantasy pour Catherine Dufour après Blanche-Neige et les lance-missiles, récompensé par le prix Merlin en 2002. Le roman a été publié aux éditions l’Atalante en mai 2019. Il ne faut pas se fier à son titre et à sa très belle couverture, ce n’est pas un roman destiné à s’évader ou s’émerveiller, c’est un livre pour parler de nos sociétés actuelles par le biais de l’humour et de la fantasy.

Tout débute sur la très jeune Terre abandonnée par Dieu. De très nombreuses créatures féeriques la peuplent et sont forcées de cohabiter. Cependant, la vie est difficile pour certaines créatures alors qu’elle est plus facile pour d’autres. Les ograins issus d’une union entre nain et ogre semblent plutôt privilégiés, ils se multiplient très vite et prennent peu à peu le dessus sur les autres peuples en s’étendant de plus en plus, bien entendu au détriment des autres peuples. Les ograins se moquent des conséquences de leurs actes comme la destruction de l’environnement naturel des autres peuples, comme les ondines ou les sylvains. Plusieurs peuples se retrouvent ainsi dans la ville de Scrougne qui va bientôt être le théâtre d’un drame.

Sous couvert d’humour, Catherine Dufour aborde un sujet douloureux. Elle nous parle de terrorisme et de radicalisation et des effets qu’ils ont sur les familles touchées sans oublier les proches de ceux qui sont embrigadés. Grace à un travail important sur le langage et l’humour, elle arrive à en parler, à dédramatiser peu à peu les faits. Elle parle aussi d’économie, du capitalisme poussé à l’extrême, de l’oppression, des oubliés.

Une lecture qui fait réfléchir certes, mais aussi beaucoup de thématiques abordées en peu de pages. L’autrice va vite par moments, un peu trop. On sent une volonté d’aller à l’essentiel, de dire les choses. Mais la conséquence est un grand nombre d’ellipses narratives, de raccourcis qui rendent le récit parfois brouillon, un peu confus. La chronologie du début est très rapide et les personnages changent vite. Beaucoup de personnages apparaissent puis disparaissent, ajoutant à cette impression de confusion, cependant par la suite cela s’arrange. La plume de l’autrice est plaisante à lire et inventive. On sourit parfois, on rigole aussi, on s’émeut souvent. Les références sont nombreuses (le bâtard de Korigan notamment m’a marqué).

Danse avec les lutins nous parle ainsi de notre société actuelle et de ses nombreux maux. Elle les dépeint au travers d’un récit de fantasy et de créatures féeriques. Elle nous interroge sur des sujets brûlants de l’actualité comme le racisme, la radicalisation, l’économie, l’écologie, les guerres.


Si j’aime autant l’Imaginaire, je crois l’avoir déjà dit, c’est pour sa capacité à transposer des questions extrêmement concrètes à des univers et situations qui le sont beaucoup moins ; ou du moins qui nous paraissent comme telles. Je crois que si je m’y suis autant attaché, au fil des années, c’est pour ces moments où je me rends compte de la métaphore, de la parabole, de l’allégorie, peu importe ; ce moment où je me dis « ah mais oui, c’est exactement comme… ». L’Imaginaire évoque les choses d’une façon différente, en se dépouillant d’apparences qui d’ordinaire brouillent notre jugement et notre lucidité, et en se parant d’autres qui changent avantageusement nos perceptions. Quand c’est bien fait, évidemment ; la qualité dépendant soit de la subtilité, soit de l’honnêteté de l’encodage du message inscrit en filigrane du récit, pour laquelle la sensibilité personnelle est toujours cardinale, Vita Nostra m’en soit témoin.

J’ai déjà eu l’occasion de résumer ma relation littéraire avec Catherine Dufour à l’occasion de mes récentes retrouvailles avec son travail, j’étais donc bien content de pouvoir continuer mon travail de ré-exploration avec Danse avec les Lutins, sans aucun doute sur la qualité de son travail. Le talent a ça de pratique qu’il donne confiance. Il n’était question que de savoir avec quoi elle allait m’impressionner cette fois, tout en faisant de mon mieux pour rester objectif sur ce que j’allais bien pouvoir en dire.

Et bon sang qu’il y en a, des choses à dire.

Sur une Terre qui n’est pas la nôtre mais qui y ressemble tout de même furieusement, les espèces féeriques vivotent tant bien que mal au sein de la société ograine, qui les y a intégrées par la force des armes, de l’argent et des mensonges au fil des siècles. Un banquier ograin, avide d’augmenter encore son immense richesse, devise un plan pour exacerber les tensions au sein du monde qu’il dirige depuis l’ombre afin de profiter des retombées économiques qui en découleront. Sans compter une seule seconde, évidemment, sur les conséquences sociales qui ne manqueront pas non plus de se manifester, amorçant une guerre inter-espèces, un incendie incontrôlable sur les braises couvant d’une rancœur séculaire savamment entretenue.

Un résumé lacunaire d’un point de départ réduit à sa plus simple expression, qui ne rend aucunement justice à la profondeur des problématiques abordées par Catherine Dufour dans Danse avec les Lutins. Ce roman transpire l’urgence, la fièvre impérieuse du besoin viscéral d’une transmission, des peurs bien trop concrètes de notre monde physique, transposées au monde de Blanche-Neige et les Lances-Missiles, si ma mémoire ne me joue pas trop de tours. Y sont abordés, pèle-mêle, les thèmes de la toute-puissance de l’argent, du dogme religieux, l’instrumentalisation de la jeunesse et des différences par l’un et/ou l’autre, le deuil, les relations humaines (transposées aux espèces féeriques), l’Histoire, la guerre… Tant de choses, en réalité, que les lister exhaustivement n’est pas la démarche la plus pertinente pour aborder l’analyse de cet ouvrage, bien qu’il faille, je pense, rendre compte de son fourmillement thématique pour parvenir à l’évoquer de façon juste et complète. Car malgré toute l’admiration que je garde envers le talent unique de Catherine Dufour, il faut bien admettre que ce roman souffre tout de même par moments d’une certaine confusion, à mettre je pense sur le compte de ce sentiment d’urgence que j’évoquais plus haut. Ce roman est né des temps particulièrement troubles que nous traversons tous et exsude d’une sincérité aussi louable qu’admirable, mais qui provoque tout de même logiquement un certain niveau d’abandon dans sa forme.

Il ne s’agit pas de dire que le style est confus, certainement pas, la plume délicieusement acerbe de Catherine Dufour demeure un régal à lire, tant au fil des dialogues ciselés que de ses réflexions désespérément lucides ; mais le roman va vite, car il veut aller à l’essentiel. Ce faisant, il élague sa narration à coup d’ellipses et de raccourcis qui brouillent parfois un peu les pistes et concentrent beaucoup d’éléments dans des espaces contraints, rendant certains passages et informations un peu confus·e·s en lien les un·e·s avec les autres. Mais il ne faut rien exagérer, l’essentiel est largement préservé. Je dirais que ce roman est une succession de scènes incroyablement puissantes et évocatrices, où Catherine Dufour exorcise avec une maestria certaine une partie de ses démons, nés des épreuves collectives que nous avons dû traverser ces dernières années ; ces scènes étant diluées par la nécessité de pouvoir en digérer une avant de passer à la suivante. Nous enchaînons donc des passages légers et d’autres bien plus lourds, avec toujours une même excellence, mais pas toujours au service des mêmes mécanismes dramaturgiques. À lire, c’est brillant, et à étudier avec un peu plus de recul, ça ne l’est pas moins. Disons juste que ce roman est plus un sprint qu’une course de fond, et parfois il ne nous laisse pas assez de temps pour bien respirer.

Mais voilà le plus gros problème (de riche) avec un ouvrage comme celui-ci, qui concentre en lui tant de bonnes choses, aussi bien exprimées : comment leur rendre justice ? Je pourrais me contenter de jurer sur des lignes que Catherine Dufour est brillante, à l’instar de ses romans, mais ce serait aussi stérile que répétitif, d’autant que ce n’est certainement nouveau pour personne s’étant déjà un tant soit peu intéressé à l’Imaginaire francophone. Alors comment je fais ? J’essaie de décortiquer un peu plus avant les raisons qui font que j’ai été, moi, aussi impressionné par ce que j’ai lu. Et même si, là encore, je risque de me répéter, au diables l’avarice, faisons pleuvoir les compliments. Retour obligatoire sur ce style unique qui m’a fait sourire plus souvent qu’à mon tour, dans lequel se niche la puissance de l’effet de surprise comme dans peu d’autres que lui. Depuis que j’ai lu son interview en conclusion de L’Accroissement Mathématique du Plaisir, et notamment son rapport à Terry Pratchett, j’aime à penser à la propension de Catherine Dufour à ricaner plutôt qu’à pleurer des choses qui l’émeuvent, simplement parce qu’elle semble en sortir plus de force d’action. Et je crois que cela se ressent assez bien dans sa façon d’écrire. Bien au delà des nombreuses et amusantes références au Disque-Monde et ses personnages, qui rendent la comparaison – ou du moins le rappel – inévitable à mes yeux, j’ai croisé des similitudes notables entre les deux, à ceci près qu’elle les a poussées bien plus loin que lui, à la fois dans le rire et dans la gravité, elle élargit plutôt l’horizon des possibles. Je dirais qu’elle ne fait pas preuve de la même pudeur. Là où Pratchett est souvent dans la retenue et l’évocation afin de ménager ses effets dans l’esprit des lecteurices, Dufour est dans la démonstration et le spectaculaire, à la fois dans les événements présentés, mais aussi dans la manière de nous les balancer à la figure. Elle ne s’embarrasse pas de détails ou de bonnes manières, parce que la vie ne le fait pas ; en tout cas c’est comme ça que je le perçois à chaque fois. Il s’agit de ne pas mentir, d’être aussi crue que possible avec la vérité pour lui donner une force d’impact brute, qui frappe là où ça fait mal, quitte à ce que le rire lui-même fasse mal aux côtes. Pour mieux en tirer la substantifique moelle réflexive.

Et thématiquement, c’est la même chose. On peut sans doute discuter de la pertinence de l’analyse proposée par Catherine Dufour, du transfert symbolique qu’elle opère au travers de ses personnages et des rapports qu’ils entretiennent, faisant de l’argent une nouvelle force motrice du monde, une nouvelle Foi à mettre au côté des autres consacrées par l’Histoire, tout comme on peut sans doute discuter de ce qu’elle dit donc de notre monde ; je sais que j’y adhère pleinement, et c’est, sans doute, pourquoi j’ai été conquis par son argumentaire et par la charge émotionnelle qu’elle y attache. Comme pour toute grande oeuvre de fantasy, on peut s’interroger sur son intention allégorique, même si elle ne fait pas vraiment de doute ici, mais force est de constater que par ce sempiternel effet de miroir déformant, les questions soulevées dans ce roman sont évocatrices de questions que nous devrions aussi nous poser de notre côté de la réalité. Je ne peux pas croire que le clin d’œil à Danse avec les Loups du titre ne soit qu’une pirouette amusante, Catherine Dufour est bien trop malicieuse pour ça. D’autant que certaines scènes du début du roman sont bien trop évocatrices de réalités que notre Histoire contemporaine a bien trop volontiers balayées sous le tapis. Ce roman explore avec brio et empathie les mécaniques d’un monde qui oublie cielles qui le font fonctionner et broie sans la moindre once de compassion des générations sous les rouages d’une machine devenue trop grosse pour être arrêtée sans emporter son monde dans son explosion ; au risque de faire du désespoir le seul moteur mobilisateur d’une génération qui se sentirait sacrifiée d’avance. Ce roman frappe d’autant plus fort qu’il brille par l’actualité d’une grande partie de ses propos, en grande partie grâce à ce sentiment d’urgence, cet impérieux besoin d’un changement radical de paradigme ou d’une remise en cause permanente du modèle que nous avons choisi d’adopter, ne laissant plus que la question non moins impérieuse des méthodes à appliquer pour y parvenir. Encore une fois, l’analyse et la solution proposées peuvent sans doute créer débat, mais elle auront au moins ce mérite là, et c’est toujours un très bon point. Il ne s’agit pas tant de proposer une réelle et définitive réponse à une question aussi vieille que nous, mais de nous enjoindre à ne jamais cesser d’y réfléchir.

Très honnêtement, je ne m’attendais pas à lire un ouvrage aussi dense et aussi foncièrement, pleinement engagé en entamant Danse avec les Lutins, même si je n’avais (presque) aucun doute sur sa qualité. J’aurais sans doute pu m’en douter, mais mes souvenirs de Blanche-Neige et les Lances-Missiles étant bien trop flous au delà de mes rires incrédules de l’époque ; il m’a fallu m’en rappeler plus au milieu de ma lecture pour me rendre compte que c’aurait finalement dû être évident, ne serait-ce que parce que j’ai bien compris, maintenant, que Catherine Dufour ne rit jamais vraiment que pour le plaisir du rire seul. Encore une fois, elle est bien trop maline pour ça.

Je ne pourrais pas affirmer que ce roman est aussi parfait que je l’aurais aimé, il faut bien admettre quelques raccourcis dommageables et quelques instants de confusion dans son déroulé. Je crois que j’aurais peut-être aimé que le récit prenne un peu plus son temps, explore plus profondément certains de ses personnages et thématiques. Mais pour le reste, ne nous leurrons certainement pas : c’est brillant. Et aurais-je été aussi bouleversé par tant de ces scènes sans ce terrible sentiment d’urgence, cette fiévreuse panique chevillée à tous les aspects du texte ? Sans doute que non. Comme toujours, pas de lumière, aussi puissante soit-elle, sans le moindre risque de quelques ombres. La littérature n’est pour moi jamais aussi forte que lorsqu’elle bouscule cielles qui s’y confronte. J’ai été bousculé de bien des façons, c’était fort. Très fort. Diablement fort, oserais-je. L’essentiel est préservé donc. Ne me reste plus qu’à lire ce que je n’ai pas encore lu, et à enfin relire Quand les Dieux buvaient. J’ai déjà hâte.


Quatrième de couv’ :

« La fée haussa les épaules :

— Ces jeunes sont aussi agréables qu’une descente de moustiques. Que veux-tu qu’ils fassent de pire que brailler, tout casser, écrire des gros mots sur les murs et flanquer le feu aux charrettes ? Se mettre à descendre tout le monde en pleine rue ?

— Et ton coach sportif, demanda Pétrol’Kiwi en arrachant un étage de champignons d’un coup sec, il a des nouvelles de Figuin, de son côté ?

— Aucune. Je me demande si c’est un signe. Figuin adorait faire du sport. Il n’aimait que ça, à vrai dire.

Pétrol Kiwi se figea, champignons en main.

— S’il a renoncé au plaisir de sa vie, grogna-t-elle, je crains qu’il fasse en sorte que ça ne dure pas trop longtemps.

— Quoi ? D’arrêter le sport ?

— Ça. Ou la vie. »

Un roman de fantasy, avec des elfes, des lutins, des fées, des bourdons magiques… et des métis ogro-nains. Dans l’immense ville de Scrougne, un garçon nommé Figuin vit très mal le racisme et la misère auxquels il est confronté. C’est alors qu’entre en scène un banquier… Froid, inusable, immensément riche, il cherche à l’être plus encore. Il décide de creuser un fossé au milieu de la population, afin de jeter une moitié aux trousses de l’autre – qui lui achètera des armes au passage. Il lui faut un garçon un peu paumé à endoctriner, pour l’envoyer se faire exploser au milieu d’une fête de quartier.


Mon avis :

Et hop, une nouvelle lecture dans le cadre du Challenge S4F3s5 :

  • L’intrigue :

Sur Terre, il y avait un peu de tout puis vint le jour où Dieu et la magie partirent en laissant un carton d’hybrides et de retardataires derrière eux. Ce petit monde va coloniser la Terre et les ograins vont tirer leur épingle du jeu au détriment de tous les autres peuples. Au fur et à mesure des siècles, l’écosystème va se fragiliser, la pauvreté sera créée en même temps que la richesse et au milieu de tous ces peuples spoliés par les ograins, l’amour donnera naissance à de charmants enfants….et des ados en colère contre l’injustice sociale mais là où les adultes ont baissé les bras au fil des années pour récupérer leur territoire, leurs enfants clameront vengeance.

« – Okay, lâcha Oggam. Audace, sang-froid et sodomie de l’ordre ograin : tu es des nôtres.
Figuin ravale un « chouette » de fillette et un « seau d’eau quoi ? » de gamin. Il se contenta d’enfler la poitrine en dévisageant les alentours d’un air avantageux.
– Regarde-les, cracha Oggam. Regarde le chaos de ce monde perverti. Tous ces maîtres ograins qui se pavanent devant leurs esclaves féeries. »
  • Notre Histoire ?

Dans la Genèse du monde de Catherine Dufour, la vie sur Terre était belle, Dieu cohabitant avec la magie, ces deux entités finirent par claquer la porte pour chercher une autre pâture plus verte laissant derrière eux une poignée d’un peu tout, anges et démons pour Dieu, petit peuple pour la magie…et les hybrides.

« Comme souvent les touristes, les créatures magiques n’étaient pas venues sur Terre pour la seule beauté du paysage, ni pour découvrir des cuisines exotiques, ni même pour le plaisir simple de conduire leur balai comme des sagouins en faisant des gestes obscènes. Les créatures magiques étaient venues sur Terre pour forniquer comme des pistons de trompette. »

On avance un peu dans le temps, qui pour nous correspondrait à l’époque des Cro-magnons, on rencontre un ograin de 16 ans qui doit passer 3 mois dans la forêt seul comme rite initiatique au passage à la vie adulte, seuls ceux qui s’en sortent vivants reviennent auprès des leurs.

Encore un bond de quelques siècles, début de la sédentarité des ograins…et début des problèmes avec le voisinage relevé par les ondines, lutins et autres nixes. Le nombre croissant d’ograins au même endroit met à mal les cultures de champignons des lutins, les ondines voient les poissons sur-pêchés, leurs marres polluées par les eaux de tannerie et les nixes relèvent que les oeufs sont tous mangés, le renouvellement des générations est mis en péril. On se rend compte à partir de là que notre société commence à être dépeinte, les ograins sont les humains de notre Terre, souffrant de stupidité écologique et le petit peuple se demandant si les ograins se rendront compte une fois tout pillé que les perles (système monétaire) ne se mangent pas.

« – Que les ograins soient de plus en plus nombreux et de plus en plus instruits, d’accord, dit Mousseron. Qu’ils fassent prendre l’air à leur double astral ou qu’ils s’entretuent, ça les occupe. Mais ils cueillent tous les champignons en ignorant la nécessité d’en laisser au moins quelques-uns pour assurer la prochaine saison. Comme si…
– Comme si leur intelligence était limitée par leur avidité, approuva Fistuline. C’est la peur de manquer, ajouta-t-elle, ce qui laissa Mousseron coite comme un cèpe en pot. »

Trois siècles après le début de l’extension de la ville de Scrougne croissant sans cesse avec le nombre d’ograins, les actionnaires font la pluie et le beau temps, des mesures seront prises pour satisfaire leur besoin de bénéfices et les résultats se verront 15 ans plus tard. Le mot d’ordre : La paix menace comprendre une situation politique stable ne permet pas d’engraisser les riches (tellement dommage), les conflits leur sont nécessaires mais ne vous inquiétez pas, les conséquences ne les éclabousseront pas.

  • J’aime quand sa gratte :

Catherine Dufour fait parler les peuples brimés par les ograins, la Nature représentée par le petit peuple et les enfants, deuxième génération des peuples annexés par l’expansion colonialiste des ograins. Quand on se trouve dans la tête de Figuin on voit sa colère avec l’Histoire enseignée réécrite par les vainqueurs, le célèbre « mes ancêtres les ograins » qui remplace gaiement « gaulois » que nos colons apprenaient aux petits maoris par exemple….et à tous les autres, on est d’accord que c’est ridicule…mais on l’a fait…Cette colère sera d’ailleurs le terreau idéal recherché.

En bref, c’est un texte où Catherine Dufour nous plante chaque jalon menant à la radicalisation de jeunes désoeuvrés, pas moyen de fermer les yeux sur la critique qui est faite de notre société tant elle est ressemblante à Scrougne, le tout amené avec des jeux de mots ironiques et un humour mordant. Une lecture que je recommande et qui fait réfléchir.

Catherine Dufour est une autrice de fantasy française. On lui doit Blanche-Neige et les lance-missiles, récompensé par le prix Merlin en 2002 et plus récemment Entends la nuit, classé meilleur livre fantastique au prix Masterton. Deux belles distinctions qui en disent long sur la qualité de sa plume. 


Son style rappelle celui de Terry Pratchett. En tout cas, elle partage avec lui le même humour grinçant. D'ailleurs, il ressort bien dans Danse avec les lutins qui vient de paraître aux éditions L'Atalante


Elle y juxtapose de nombreuses petites histoires qui s'assemblent pour donner corps à un univers tourmenté dans lequel les féeries sont menacées. 


Sous le regard de deux fées, on s'immisce dans le quotidien d'une communauté peuplée d'ograins (hybrides entre ogre et nain), de sylvains, de dryades, de lutins... Depuis des temps anciens, la population ograine n'a pas cessé de se multiplier au point d'éradiquer quasiment les autres espèces. En voie d'extinction, les lutins et autres féeries forment une société minoritaire qui subit le joug des ograins. Depuis trop longtemps, ils payent un lourd tribut qui est de plus en plus contesté par les esprits rebelles. Une situation tendue dont vont se servir certains édiles pour accroître leurs profits. Une secte voit le jour et enrôle la jeunesse féerique égarée. C'est ainsi que le jeune Figuin se retrouve, sous les yeux impuissants de ses parents, à commettre l’irréparable pour une cause qu'il croit juste. 


Dans son roman, Catherine Dufour nous raconte la décadence d'un monde face à l'avidité de certains au détriment du plus grand nombre. Par le prisme de la fantasy et de l'humour, elle met l'accent sur le mal qui ronge la planète : l'argent, le pouvoir, la cupidité. Sensible à l'avenir de la terre et des hommes, l'autrice se sert de sa fantasy comme d'un miroir déformant de notre réalité pour aborder des thématiques sociétales et environnementales préoccupantes. 


Sous le vernis d'un humour poilant se cache la volonté de brosser le portrait d'un univers qui fut verdoyant et enchanteur et qui, peu à peu, laisse la place au néant. La déforestation, la disparition des espèces végétales, c'est condamner ici les sylvains et les lutins qui se retrouvent sans abris et sans ressources. Or, s'il n'y a plus de diversités, même l'espèce invasive responsable de cette situation est vouée à disparaître à son tour. 


Catherine Dufour se sert de cette féerie, terreau de la fantasy, pour mieux interroger et dénoncer des réalités qui nous touchent. Il semblerait que la fantasy française soit un terrain privilégié pour réfléchir sur des sujets de société. D'ailleurs, pour faire écho à Danse avec les lutins, je vous invite à venir jeter un œil sur Entre Troll et Ogre de Marie-Catherine Daniel, éditions ActuSF, car vous y trouverez, là aussi, matière à réflexion. 


En tout cas, la lecture de ce roman m'a ouvert la porte sur l'imaginaire fertile et drôle d'une autrice à connaître. J'entends déjà l'appel de ses autres romans. Je remercie les éditions L'Atalante pour cette belle découverte.


Comme Catherine Dufour était là à TPS, et que j’ai adoré Le bal des absents (je crois que je l’ai déjà dit non ?), je suis allé la voir pour me faire conseiller un autre de ses romans. Et voilà Danse avec les lutins.

Lutins, fées, dryades, sirènes, ondines … A part les elfes qui sont inqualifiables, tout ce monde vit, plus ou moins, en bonne intelligence. Jusqu’à ce qu’arrive un croisement entre des ogres et des nains, les ograins.

Quelques siècles plus tard, les ograins règnent sur le monde, et Havecoque VI, banquier, comme ses prédécesseurs règnent, en douce, sur les ograins. Quand les ventes d’armes baissent et que les bénéfices plongent, il décide qu’il est temps de créer un ennemi intérieur contre qui il faudra … s’armer. Et quoi de mieux que tous ces jeunes fééries qui sont en colère, parce que relégués aux travaux les plus durs ?

« Espèce invasive. Prédation inconsidérée. Peur du manque. Aime le bois. Hygiène discutable …

La différence que je vois entre les ograins et les autres fééries (…) Les ograins pensent que la nature leur appartient, tandis que tout le monde sait que c’st nous qui appartenons à la nature. »

Je ne dirais pas que Catherine Dufour a beaucoup masqué de qui et de quoi elle parle dans ce roman de fantasy … On peut le voir comme un conte politique, et il est parfois bon d’enfoncer certains clous.

Le passage par ce conte, son humour grinçant, ses jeux de mots et jeux sur la langue, et le petit pas de côté qu’il offre rend la description et le démontage de certains mécanismes pervers encore plus efficace. Le ridicule, l’injustice, la connerie suicidaire deviennent d’une évidence aveuglante.

Ce qui ne peut pas faire de mal. Surtout en ce moment. Donc lisez Catherine Dufour, ça vaut amplement tous les éditoriaux et analyses du moment. Et en plus c’est aussi drôle que rageant.

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