Les plus qu'humains
  • Date de parution 03/04/2019
  • Nombre de pages 288
  • Poids de l’article 156 gr
  • ISBN-13 9782290172902
  • Editeur J'AI LU
  • Format 179 x 111 mm
  • Edition Livre de poche
Anticipation Science Fiction

Les plus qu'humains

3.92 / 5 (584 notes des lecteurs Babelio)

Résumé éditeur

Pour Tousseul, idiot congénital et analphabète, la vie n'est qu'une fuite éperdue loin du regard des hommes. Il ne s'arrête que pour mendier ou dérober de la nourriture, avant de trouver un jour refuge au coeur de la forêt. C'est là qu'il va construire la plus étonnante famille qu'on puisse imaginer, avec un groupe d'enfants aux dons étranges. Autant de personnalités que rien ne destinait à se rencontrer, mais qui ensemble forment les " plus qu'humains ", une entité presque parfaite d'un ordre supérieur...

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  • Date de parution 03/04/2019
  • Nombre de pages 288
  • Poids de l’article 156 gr
  • ISBN-13 9782290172902
  • Editeur J'AI LU
  • Format 179 x 111 mm
  • Edition Livre de poche

l’avis des lecteurs

Avec le recul, des fois, je me demande si je ne devrais pas changer l’en-tête du blog. « On ne finit jamais de découvrir », ça me semblait pertinent, au moment du lancement ; suffisamment précis pour faire office de profession de foi, mais assez vague pour toucher au moins un petit peu à l’universel. J’hésite régulièrement, et puis je ne tranche jamais, ce qui quelque part, au delà de ma simple flemme de réfléchir à une autre option, est tout de même une façon de trancher.

Et c’est sans doute à cause de textes comme celui qui nous concerne aujourd’hui. Parce que bon sang de bois, on a beau croire qu’on sait, qu’on a une vague idée de ce qui a pu exister ou de ce qui va exister dans le champ littéraire : on ne sait jamais.

J’avais entendu parler de Theodore Sturgeon. Vaguement. Il n’aura fallu que les recommandations enthousiastes de quelques personnes pour me convaincre qu’à défaut d’être pleinement confiant dans cet auteur, il y avait un truc à tenter avec les quelques bouquins signés de son nom que j’ai pu récupérer dans un vieux stock. Aucune idée de ce que j’allais pouvoir y trouver : et c’est sans aucun doute une des contributions majeures à la baffe que j’ai mangé. Autant dire qu’avec 70 ans de décalage, il y avait une sacré prise d’élan.

Soyez les bienvenu·e·s, donc, dans une de mes traditionnelles chroniques où j’essaie tant bien que mal de rendre justice au mieux à l’excellence d’un bouquin, sans grand espoir d’y parvenir.

À force de les collectionner, je vais vraiment croire que je suis bénéficiaire d’une étrange mais tenace bénédiction. J’imagine que j’ai pas décemment le droit de me plaindre.

Procédons.

Et pour une fois, je vais zapper l’habituel résumé, ou du moins procéder un peu différemment, pour la simple et bonne raison que les premières pages de ce roman font partie des plus frontales et positivement choquantes que j’ai pu lire. Je pourrais certes parler des débuts des trajectoires de l’Idiot, de Janie, Hip, Gerry, Bonnie et Beany, ou Bébé, d’Evelyne ou d’Alice Kew ; et dévoiler une partie des enjeux de l’intrigue construite par Theodore Sturgeon : mais je crois que ce serait faire injure à l’excellence de son exécution que de les séparer aussi arbitrairement. Le truc, c’est que la couleur est annoncée si vite à tous les niveaux, et avec une telle efficacité, que je m’en voudrais d’en dire trop et de gâcher à d’autres le singulier sentiment de fascination qui s’est emparé de moi à la découverte de la prose de l’auteur. Ça tape très dure très vite, pour ensuite dérouler assez tranquillement le reste de l’histoire, sans jamais faire dans le bassement spectaculaire, plutôt dans un surprenant mais captivant feutré.

Le truc, c’est qu’il y a là-dedans un sens de la mise en scène, de la construction narrative et de la punchline assez exceptionnel, du moins à ce niveau de standard général, que je mets quiconque au défi de comprendre les intentions de Sturgeon de travers ; et ce en dépit de l’élégance et de la pudeur de son écriture, comme de l’atmosphère éthérée qui enrobe l’ensemble de son travail. Il ne dit rien frontalement ou presque, mais faisant tout passer par ses dialogues et les prismes de perception de ses personnages, le doute n’est jamais vraiment permis sur le sens de ce qui se passe ou le point de vue de l’auteur lui-même, qu’il soit question d’événements horribles ou de prises de position progressistes, ou plus simplement, humanistes.

Et à ce sujet, si mon édition et sa traduction ont bien évidemment vieillies, me laissant à quelques occasions dommageables grincer des dents face aux utilisations très datées de termes et d’expressions assez inacceptables aujourd’hui, mais jamais très longtemps ; on sent parfaitement qu’en dépit de cette distance, Theodore Sturgeon était du bon côté de la barrière, si j’ose dire. Lire un bouquin qui a 70 ans, ça vient forcément avec ses quelques contraintes, il faut faire avec. Et surtout, à un moment donné, il ne faut pas se contenter des mots, mais aller chercher au-delà, pour comprendre ce qu’ils signifient vraiment. C’est évidemment là que Les plus qu’humains prend la dimension exceptionnelle justifiant à mes yeux tous les superlatifs que je lui ai prêtés, que je lui prête et que je lui prêterai.

Et rebondissons justement sur ce titre, puisqu’il contient assez sobrement tout ce que vous avez besoin de savoir à propos du roman qu’il désigne. Et sans vergogne aucune, faisons acte de clichétisation complète, utilisons la formule consacrée : ode à l’humanité. Tudieu que c’est beau, et que c’est bon. Vraiment, des fois, il ne suffit pas de grand chose, pour réussir à évoquer des grands sentiments avec suffisamment de sobriété et d’efficacité pour ne pas sombrer dans la guimauve ou le pathos. Quelque part, on retrouve ici exactement ce que je saluais tout récemment dans La Galaxie vue du sol : l’acceptation complète et totale que la vie peut être aussi injuste que cruelle ; mais que ce n’est pas une raison pour perdre ses repères moraux. Que l’amélioration du monde passe avant tout par soi et nos compromis avec notre environnement immédiat.

C’est toujours si sidérant et merveilleux de lire des auteurices être capables d’articuler avec une acuité inédite des vérités qu’on savait déjà enfouies en nous, sans jamais avoir été capables de les verbaliser correctement et autrement qu’au moment de les lire, écrites par quelqu’un·e d’autre. C’est toujours un vertige fabuleux que de se sentir ainsi vu et su ; acknolewdged, faute d’un meilleur équivalent français qui m’échappe pour l’instant. De lire quelques mots mis dans le sens parfait pour allumer une lumière dans sa tête et se dire avec fièvre : « mais oui, bon sang, c’est ça ! ». Et de se rendre compte qu’une simple phrase, dans son expression idéale, avec son bagage d’images et de souvenirs, va désormais vous suivre à vie, que vous puissiez la restituer précisément ou non à l’avenir. Peu importe, au fond, parce que vous avez vécu ce moment d’épiphanie, et désormais, il vous appartient, rien qu’à vous. Vous ne saurez pas forcément expliquer avec autant d’éloquence que l’auteur pourquoi vous avez cet ouvrage au cœur, mais n’empêche qu’à chaque fois que vous entendrez ou lirez son nom, vous aurez le palpitant qui fera un petit bond en battant des mains comme un·e gamin·e à qui on promet une glace, et votre sourire fera alors la moitié du travail pour convaincre votre interlocuteurice.

Mais bien entendu il ne s’agit pas ici que de sentiments, sinon, je ne serais pas aussi fiévreux. Je ne doute pas que pour une personnalité plus émotive que moi, certains moments sont empreints d’une douceur et d’une sensibilité rares ; qui ne sont d’ailleurs pas sans évoquer un certain Clifford D. Simak à mes yeux. Si vous me connaissez un peu, vous savez le compliment que ça représente. Mais non, bien plus que la douceur et la bienveillance lucides imprégnant merveilleusement tout le roman, c’est bien son concept central, sa réalisation, ainsi que certaines de ses thèses, qui m’ont le plus convaincu de son excellence.

Comme souvent, c’est simplement l’unicité de son angle d’attaque qui m’a le plus cueilli. Je suis toujours aussi ravi de constater qu’en dépit de mon habituation à certaines interprétations de certains concepts, il restera toujours des pivots à faire ; ils pourraient paraître minuscules, mais ils font toujours une différence monstre dès lors qu’ils sont suffisamment bien pensés et articulés. Ici, on retrouve le thème des pouvoirs paranormaux, simplement, ils sont directement associés avec ce dont ils font habituellement office d’allégorie. En tout cas à mes yeux, encore une fois.

Mais il demeure que là où régulièrement, tout de même, les récits qu’on lit font un choix plus ou moins tranché entre matérialisme et symbolisme, Theodore Sturgeon fait le choix d’un mélange qui aurait pu être outrageusement casse-gueule, s’il n’avait pas eu le génie de découper son récit en trois parties bien distinctes, tant en terme de focalisation, de distance de récit, que de hauteur des enjeux. Et bon sang, que ça marche du feu de dieu. À chaque fois qu’on pense avoir compris exactement de quoi il était question, on change de braquet pour changer de dimension, sans jamais perdre le fil de la démonstration, de l’intrigue ou des trajectoires des personnages. Même si bon, il est possible que la traduction de l’époque manque parfois un peu des ressources pour rendre compte exactement des intentions initiales : j’ai trouvé quelques dialogues un peu étranges, notamment, particulièrement dans la dernière partie. Il faut bien le dire.

Mais il n’empêche qu’en dépit de relatifs défauts facilement identifiables et correctibles par un lectorat un peu attentif et de bonne volonté, l’essentiel est criant d’évidence et de puissance évocatrice. On a là un roman d’une humanité et d’un modernisme assez confondants, faisant la part belle à la force du pardon, de l’acceptation, de la résilience et de la simple bienveillance comme forces de notre évolution collective ; le tout autour d’un concept exploité avec une fraicheur et une singularité qui n’ont absolument pas à rougir de la distance des années. Certes, on pourrait peut-être trouver ça un peu naïf, par moment, peut-être, si on a l’esprit chagrin ou trop intoxiqué par le cynisme contemporain ; je préfère juste y voir la combativité tenace d’un optimisme aussi lucide que refusant la résignation. Et en plus c’est super bien écrit et ça raconte des choses hyper intelligentes. J’en demande pas plus, moi, en vrai.

Une belle histoire qui raconte de belles choses, sans me mentir ou embellir les choses à outrance, avec intelligence et acuité. Une merveille, tout simplement.

Et avec ça, on me dit que Cristal qui songe et les nouvelles de Theodore Sturgeon sont encore meilleur·e·s ? Et qu’il existe une version plus récente de ce texte dont la traduction a été révisée par le fabuleux Pierre-Paul Durastanti ? Mais c’est formidable, ça, dites. Quelle chance, décidemment.


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