les maîtres enlumineurs
  • Date de parution 21/02/2024
  • Nombre de pages 768
  • Poids de l’article 370 gr
  • ISBN-13 9782253106999
  • Editeur LGF
  • Format 178 x 110 mm
  • Edition Livre de poche
Heroic Fantasy Ouvrage de référence de l'auteur Top héroïne Urban Fantasy

les maîtres enlumineurs Tome 1 Les maîtres enlumineurs, tome 1

4.26 / 5 (686 notes des lecteurs Babelio)

Résumé éditeur

« Avec Les Maîtres enlumineurs, Robert Jackson Bennett débute une nouvelle trilogie de fantasy épique passionnante, qui promet énormément pour la suite. Préparez-vous à d'anciens mystères, à une magie comme vous n'en avez jamais lue et à quelques coups de théâtre. » Brandon SandersonToute l'économie de l'opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l'enluminure. A l'aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique. Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d'écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l'enluminure à jamais. Quiconque entrerait en sa possession pourrait mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n'aura d'autre choix que de se trouver des alliés.

livré en 5 jours

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  • Date de parution 21/02/2024
  • Nombre de pages 768
  • Poids de l’article 370 gr
  • ISBN-13 9782253106999
  • Editeur LGF
  • Format 178 x 110 mm
  • Edition Livre de poche

l’avis des lecteurs

Ca y est, enfin, je m’y suis enfin plongée. Vous le savez, je suis le genre de personnes que détestent les éditeurs : celles qui attendent qu’une saga soit terminée/entièrement traduite pour m’y plonger. La sortie du dernier tome de la série des Maîtres enlumineursLes terres closes en avril m’a décidée, autant que les très bons et nombreux retours encensant la trilogie. J’avais adoré American Elsewhere du même auteur. C’est d’ailleurs une de mes meilleures lectures de l’année. J’avais donc hâte de voir ce que l’auteur pouvait nous réserver ici, d’autant que les nombreux retours que j’ai pu lire étaient unanimes et encensaient la trilogie. Malheureusement, le coup de foudre espéré n’a pas eu lieu.

4ème de couverture

« Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. À l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique.

Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais : quiconque entrera en sa possession pourra mettre Tevanne à genoux.

Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés ».

Une magie complexe et originale

Au centre du roman et hyper détaillée

L’originalité des Maîtres enlumineurs repose sur… l’enluminure, une magie très complexe qui régit les lois de Tevanne. Cette magie est récente, mais suffisamment aboutie pour refondre complètement l’organisation sociale et économique de la ville. En effet, elle impacte tous les rapports sociaux et apporte une nouvelle tension/un nouvel équilibre (fragile) entre les différentes maisons marchandes. Toute la vie de la cité est donc régie par des lois magiques, défiant la physique de base.

L’auteur a une imagination débordante, et cette magie est complexe, hyper détaillée, captivante. Je dois dire que c’est pour moi l’unique intérêt que j’ai trouvé au roman. Je me suis amusée à accoler quelques petits post-it un peu partout, quand des explications étaient données sur les sources de cette magie, le lien qu’elle entretiendrait avec les hiérophantes, et la manière dont on la crée. Des hypatus aux fabricators, toute les questions liées aux sceaux, aux écritures et aux index… C’était ardu parfois, mais j’ai bien tout noté pour tout intégrer et pouvoir suivre toute l’intrigue qui repose évidemment là-dessus. D’ailleurs, cette magie rapproche Les maîtres enlumineurs de la SF tant elle est expliquée, crédible, et finalement assez réaliste.

L’auteur ne se contente pas d’en faire un décor ou quelques babioles pratiques, non. L’enluminure à Tevanne est un système pensé de fond en comble, qui touche tous les individus et revoit complètement la manière de vivre, de percevoir et de modifier le réel. Ce faisant, l’auteur propose une réflexion passionnante sur les limites entre matière et esprit, et réinterroge les lois de la physique.

Mais lourde

Mais voilà. Cette magie est un tel système, un tel fardeau aussi, d’une telle complexité, que l’auteur ne peut se passer de longs passages explicatifs et descriptifs. Ca passe par du récit ou des dialogues, nombreux et parsemés tout au long du récit. Car cette magie n’est pas encore totalement maîtrisée, et des découvertes tardives remettent en question le savoir et les connaissances qui y sont liées.

Tout au long du récit, des passages assez longs et mastocs viennent donc nous expliquer tout ça. Ce n’est pas inintéressant, ni forcément difficile à comprendre. D’ailleurs, ce n’est pas cela qui m’a gênée. Le problème pour moi, c’est qu’à chaque fois, j’avais l’impression d’une mise en pause de l’intrigue, comme une parenthèse, pour un point théorique. J’ai trouvé ça non seulement artificielpas forcément habile ni subtilement fait, mais en plus cela alourdit considérablement le récit, dont la fluidité en pâtit énormément. C’est comme des notes de bas de pages dans les essais qui expliquent un concept en une demi-page. Bon courage pour se remettre dans le mood après et reprendre le cours de l’histoire.

Une trilogie classique

Outre ce rythme alourdi et irrégulier, j’ai également été déçue par l’intrigue, que j’ai trouvée particulièrement banale. Je dis classique pour déjà-vu/lu de nombreuses fois.

Une ville traditionnelle

Commençons par la ville. Tevanne, c’est Arkâne, Hyperborée, Silo, Port-Réal… En bref, une ville basée sur une organisation déjà lue 50 000 fois, avec les mêmes fractures. D’un côté les Puissants tranquilles peinards entourés d’eau courante, de fontaines et de lumière et de l’autre, les pauvres crados, dans les interstices/les bas-fonds, où ça pue et où c’est dégueulasse. On évite bien sûr de mélanger les torchons et les serviettes, en mettant des portes bien lourdes fermées à clef entre les deux.

A cette dichotomie géographique répondent des fractures sociales similaires. Les puissants sont les méchants et les pauvres les gentils. Les premiers agissent en toute impunité impunie et les autres subissent des injustices très très injustes et des violences très très violentes. C’est d’un manichéisme

Des personnages traditionnels

D’ailleurs le roman n’est rien d’autre que l‘histoire d’une pauvre gentille victime qui s’insurge contre les puissants méchants qui contrôlent tout. Pas d’une originalité décoiffante. D’ailleurs, Sancia nous offre des répliques bien formatées anti-puissants et pro-pauvres victimes. A peine manichéen là aussi. Vous pourriez me dire « oui mais non, regarde, au gré des alliances, les frontières entre « classes » s’effritent ». Ouais, à quelle vitesse, d’ailleurs. Question crédibilité, on repassera. Quant à la figure de l’antagoniste, idem (coucou Cersei et Daenerys : à croire que les nanas ne peuvent jamais être des antagonistes autres que des hystériques de première classe, qui s’insurgent contre un patriarcat vraiment très très injuste).

Une intrigue sans prise de risques

Quant à l’intrigue, aucune surprise non plus. Linéarité (quelques flash-backs donnent un peu de rythme, mais sans plus), 5 étapes du récit bien à leur place dans l’ordre, des rebondissements en pagaille pour ne pas s’ennuyer… Ne bousculons pas les habitudes ! Et toujours des schémas éculés : une jeune héroïne qui va faire péter le système en place, qui se découvre des pouvoirs incroyablement grands, et qui s’en sort toujours (tou-jours)… Et puis le baiser pré-apocalypse, évidemment, avec l’autre qui dit « hé ho y’a une guerre en cours, en fait » (Coucou Harry Potter et les reliques de la mort). Bref.

Un style bof

Je ne parle même pas de cailloux dans la chaussures, mais de pavés. Autant j’avais été charmée par la plume de l’auteur dans American Elsewhere, autant dans ces Maîtres enlumineurs, je n’en retrouve plus rien. Peut-être l’auteur s’est-il davantage concentré sur son avalanche de rebondissements bim bam boum.

Les dialogues

Pavé 1 : toujours les personnages.

J’ai horreur des dialogues où 1/ il y a trois « merde/putain » par page, et 2/ où les personnages parlent tous de la même façon, avec les mêmes tics de langage. On a quand même un fils de fondateur, une fabricator hyper intelligente et éduquée, un hypatus et une souillon des égouts réunis ensemble. Donc des niveaux d’éducation différents. Or, ils parlent tous pareil. Impossible de les distinguer. Dommage.

Un style lourd et assez pauvre

Pavé 2 : Quelques mauvaises surprises dans l’écriture.

Cette avalanche de « merde » pour traduire la panique/l’émerveillement/l’étonnement/réponse D des personnages. Un exemple qui pointe un manque de vocabulaire assez flagrant, et un style très lourd (maintes répétitions, hyperboles, superlatifs…). Ou encore des « putain » qui traînent, alors même que l’auteur a inventé un vocable à la place (le « curain »). Il faut aller au bout des choses, ou ne pas les faire, mais l’entre-deux, c’est nul. Enfin, l’utilisation quasi systématique de « conséquent » pour « important » 1/ c’est pénible et 2/ c’est impropre, puisque conséquent ne signifie PAS important.

Alors oui, ça vous parait être des détails. Mais moi, j’ai eu l’impression de lire un texte formellement pauvre et largement perfectible. Alors moi qui espérais une immersion passionnée sur plusieurs semaines dans la trilogie des Maîtres enlumineurs, me voilà fort marrie. Et sans l’envie d’y retourner.

Les maîtres enlumineurs ne m’auront donc pas enluminée du tout. Si ce système de magie me restera en mémoire, trop de pavés dans la chaussure sont venus ternir ma lecture. Je n’ai pas du tout été captivée par l’intrigue ni les personnages, qui m’ont d’ailleurs agacée plus d’une fois. Et je suis très déçue par l’écriture, que j’ai trouvée beaucoup moins qualitative que dans American Elsewhere. Je dois avouer que je suis particulièrement déçue d’être déçue ! Les déceptions chez AMI sont rares, mais je ne m’attendais pas à ce que ce premier volet en soit une aussi monumentale. C’est comme ça… Au moins, ça fait deux bouquins en moins dans la pile à lire, puisque je n’ai aucune envie de poursuivre mes pérégrinations tevanniennes…

Les Maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett sera la prochaine parution de la collection Albin Michel Imaginaire. L’auteur avait eu les honneurs des premières publications de AMI avec l’excellent American Elsewhere et revient cette fois avec le premier tome d’une trilogie : The Founders en anglais. Toutefois, pour ceux qui auraient peur de s’embarquer dans une trilogie, ce premier tome peut se suffire à lui-même et ne se termine pas sur un cliffhanger de folie.

Nous sommes à Tevanne, une riche et vaste cité qui rappelle Venise, dirigée par quatre grande familles marchandes. Les riches vivent logiquement dans les beaux quartiers tandis que les moins bien lotis habitent dans les Communes, ou dans les Verts. Sancia, une voleuse, est engagée pour aller voler une petite boite dans les entrepôts près du Front de mer. La mission est périlleuse mais extrêmement bien payée, ce qui a de quoi motiver Sancia. Voici le tout début du roman, un début somme toute assez classique: une voleuse engagée pour récupérer un objet mystérieux et là bien entendu les choses vont vite se corser et les ennuis pointer le bout de leur nez. Mais Robert Jackson Bennett a plus d’un tour dans son sac et il nous réserve bien des surprises.

La première vient de l’univers développé et surtout du système de magie mis en place comme le souligne si bien le bandeau rouge présent sur le livre. Il s’agit de la magie des enluminures, omniprésente à Tevanne et plus ou moins puissante suivant l’utilisation qui en est faite. Les maîtres enlumineurs créent des formules pour convaincre les objets d’agir d’une certaine manière. Ainsi pourquoi avoir recours à des chevaux pour tracter une voiture, autant enluminer les roues et les persuader d’avancer… Ce n’est pas la seule utilité des enluminures dont les effets peuvent être multiples et quasiment illimités. La seule restriction provient de la quantité de lignes de code contenus dans les formules. Des formules ressemblant à du code, de la magie qui s’approche de la science, tout cela rapproche l’enluminure d’une technologie qui rappelle l’informatique avec un langage spécifique, des données stockées sur des disques durs.

Pourtant, nous sommes dans un univers type médiéval fantastique mais avec de nombreuses caractéristiques du cyberpunk. C’est là la grande surprise réservée par l’auteur et surtout l’intelligence avec laquelle il mélange habillement ces deux genres en apparence si éloignés. L’équilibre entre fantasy et cyberpunk est parfaitement dosé et arrive à séduire les amateurs des deux genres. Les familles dirigeantes de la ville font aussi penser aux corporations et multinationales que l’on retrouve dans le cyberpunk, le monde décrit est assez sombre avec très peu d’espoir pour la majorité des habitants qui subissent le système. La cité est régie par l’argent, les enluminures, la justice n’existe pas, la violence et le pessimisme règnent en maitre. Le côté « punk » est bien présent, les personnages essayant de s’en sortir comme ils peuvent dans ce monde âpre et dur. On note même la présence d’une intelligence artificielle ou ce qui s’en approche furieusement avec clef. Claudia et Gio font penser à des hackers qui essayent de pirater le système. Nous sommes clairement dans un roman cyberpunk se déroulant dans une époque médiévale et pas dans le futur.

Le roman fait plus de 600 pages, c’est long et pourtant Robert Jackson Bennett arrive à accrocher son lecteur et à rendre son roman diablement entrainant. Une fois passée la mise en place, on est très vite pris par le récit et les nombreuses péripéties. L’intrigue en elle-même est assez simple, il faut sauver le monde d’un danger sans précédent. Pourtant, tous les éléments sont réunis pour rendre le livre addictif et immersif. Les personnages sont travaillés et variés, de Sancia la voleuse qui s’est volontairement coupée du monde, au capitaine Gregor Dandolo, fils d’une des familles marchandes qui a tourné le dos à sa famille, en passany par Bérénice et Orso qui vont devoir faire face à la réalité de Tevanne. Par dessus tout, j’ai fortement apprécié la relation entre Sancia et la fameuse clef que l’on peut voir sur la très belle couverture signée Didier Graffet, une relation tout en finesse et émotion vraiment très bien rendue.

Les Maîtres enlumineurs est ainsi une véritable merveille, une lecture passionnante autant pour son univers, que pour son système de magie, ses personnages que pour son habile transposition du cyberpunk dans un monde médiéval. Ne vous laissez pas perturber par la taille du livre ou le fait que c’est un premier tome de trilogie, et ne passez pas à côté de cette excellente lecture!

Le problème, quand on a lu et qu’on lit beaucoup de livres, c’est qu’on développe, à force, une forme d’accoutumance. On identifie des tropes, des archétypes, des structures, tout un tas de choses qu’on apprend à reconnaître, à comprendre, voire à anticiper. Alors je dis « problème », c’est sans doute une exagération ; il m’arrive régulièrement de plutôt me féliciter de ma capacité à appréhender les histoires que je lis d’une manière clinique, ne serait-ce que parce que ça me permet d’apprécier mes lectures à une échelle différente : au delà du « simple divertissement ». J’ai fait le deuil de mes émotions depuis longtemps, en tout cas d’une manière régulière, j’apprends à trouver mon plaisir ailleurs.

Demeure quand même que cette façon analytique de lire, quand bien même elle serait essentiellement involontaire, me coûte sans même pas mal de vrais bons moments de lecture. Et j’ai bien conscience de me répéter, encore une fois, en disant ça pour la je-ne-sais-combientième-fois. Les échos dont j’avais conscience pour ce premier tome des Maîtres Enlumineurs me laissaient complètement croire que ce bouquin était fait pour moi, d’autant plus avec l’appui de l’excellent Vigilance lu l’année dernière.

Et pourtant, en dépit de beaucoup de qualités et d’une quasi absence de défauts criants, je dois dire aujourd’hui que ce bouquin m’a laissé, globalement, cruellement indifférent. Mais pour une fois, au moins, je crois que je sais pourquoi ; et je vais me donner un peu de mal pour vous expliquer.

Malheureux en lecture, heureux en chronique ?

À Tevanne, la loi est dictée par les grandes Maisons Marchandes, car elles ont la main sur les secrets derrière l’opulence de la cité : l’enluminure. Cette étrange magie, elle est héritée des anciens Hiérophantes Occidentaux, des quelques morceaux de leur savoir retrouvés après leur disparition dans une guerre dont on ignore l’essentiel, et tout tourne autour d’elles et de ceux qui savent la pratiquer. Sancia, elle, vit à la marge de cette société, profitant de son don unique lui permettant de connaître la vie des objets qu’elle touche, en tant que voleuse. Sauf que son don la rend douée, très douée ; alors qu’elle se livre au plus gros coup de sa vie, elle rentre en possession d’un objet enluminé extrêmement puissant. Si puissant, en fait, qu’il pourrait bouleverser les équilibres de toute la ville, sinon plus.

J’étais enthousiaste, à l’idée de lire ce roman, je l’ai déjà dit, et j’insiste. Parce que si j’ai quelques faibles, en Imaginaire, les systèmes de magie, ça en fait clairement partie. J’aime les systèmes de magie; j’aime leurs logiques internes, leur façon de parfois définir un monde tout entier autour d’eux, de créer un paradigme singulier faisant à lui tout seul office de décalage à l’échelle de l’univers et de la diégèse. Et de ce point de vue là, rien à dire, Robert Jackson Bennett fait le taff, et pas qu’un peu. Son système d’enluminure, il a de la gueule et de la suite dans les idées, clairement ; d’autant qu’il n’est pas dénué d’un bout de réflexion sur les logiques de pouvoir inhérentes à un monde où la technologie et la magie sont si intimement liées. Les gens capables de gérer l’enluminure à la plus grande échelle, en la maîtrisant ou en employant ceux qui la font, sont les gens qui dominent le système qui en dépend. C’est logique, la démonstration est bonne, rien à dire.

Sauf que comme vous le savez peut-être, je suis un lecteur aussi péniblement politisé que parfois simplement tatillon pour pas grand chose : et ce roman m’a un peu agacé. D’abord sur la dimension politique, puisque c’est celle que j’évoque en premier : je trouve dommage, finalement, de bâtir un système de magie aussi poussé et ambitieux, pour ne l’inscrire que dans un carcan capitaliste remarquablement ordinaire. Comme je trouve dommage de parler de révolution pour ne finalement que lutter pour un statu quo marginalement modifié. En encore.

Alors qu’on soit clair, malgré toutes les inventions conceptuelles possibles, et malgré tout le talent que je reconnais à RJB comme à tant d’autres, on n’écrit que ce qu’on connaît : je ne peux pas réellement en vouloir à l’auteur d’avoir inscrit son invention dans un paradigme évocateur de nos propres atermoiements politico-économiques. Après tout, voir un système de magie comme un reflet d’une logique purement financière, ça fait complètement sens; de la même manière que faire de Tevanne un reflet plus ou moins travaillé de la Florence des Médicis – à peu de choses près, hein, je suis pas historien ni féru de la matière – ne me paraît pas du tout bête.

N’empêche qu’en voyant les efforts débordants de Robert Jackson Bennett pour développer son concept initial à fond, quitte à parfois, précisément, le faire déborder un peu sur son récit – je pense à quelques info-dumps un peu indigestes – je n’arrive pas à comprendre son manque d’efforts pour justement sortir d’habitudes narratives trop familières. C’est rigolo, parce que j’en parlais précisément sur Twitter il y a quelques temps – peut-être que l’idée parasite justement mon esprit avec un timing dommageable – et là où l’auteur pousse très habilement le potard du dépaysement sur ses purs concepts, à raison ; je trouve qu’il ne les pousse pas assez du tout sur les mécaniques à l’œuvre dans son intrigue. Peut-être est-ce, pour le coup, à mettre sur le compte de mon goût immodéré pour les relations interpersonnelles complexes et profondes, les personnages dotés d’un certain souffle ; ce que j’estime manquer dans ce premier tome.

Alors qu’on aille pas trop loin, le casting n’est pas raté. Il est même plutôt réussi, si on est disposé à se contenter d’archétypes, avec quelques bons moments de comédie et d’action, bien rythmés, et une intrigue solide, sans être révolutionnaire. Mais peut-être que c’est là que le bât a particulièrement blessé pour moi, finalement : je ne suis pas contre les récits classiques, quand ils savent faire preuve de personnalité et d’un minimum d’audace. Je trouve que Les Maîtres Enlumineurs manquent de personnalité : j’ai le sentiment que ce roman, fourni avec son système de magie clé en main et un cahier des charges, aurait pu être écrit par absolument n’importe qui. Je n’ai pas senti que son auteur s’y amusait le moins du monde ou y prenait plaisir, je n’ai senti que la sueur d’un travail quasi obligatoire, un passage obligé. Comme si, une fois que le plus intéressant était construit, à savoir l’enluminure, le reste était accessoire : une simple vitrine juste là pour permettre à l’auteur de montrer l’œuvre d’art à l’intérieur.

Parce que c’est ça le truc, aussi. Je n’ai rien contre les clichés et les archétypes, en eux-mêmes. Bien utilisés, avec une petite – même minuscule – dose de surprise et de détournements, ça passe, au bon endroit et au bon moment. Mais à l’inverse, quand dès l’exposition de certains profils et événements, on devine instantanément où tout cela va nous mener, n’attendant plus que les moments de fausse révélation, il faut bien dire que ça devient affreusement lassant. Croyez moi ou non, mais dans le premier quart du roman, j’avait deviné les trois quarts des révélations et cœurs des péripéties à venir pour nos personnages, avec même parfois une exactitude qui m’a moi-même scotché.

Pas pour dire que le quart restant ne m’a pas fait hausser un sourcil agréablement surpris, à l’occasion ; mais ces surprises dépendant principalement d’un système de magie dont j’ignorais forcément l’intégralité avant de commencer ma lecture, je ne peux pas dire que la réussite soit complète non plus de ce côté-là. En fait, si je suis aussi critique, c’est sans doute parce que j’ai été déçu de voir à quel point les rares audaces narratives de Robert Jackson n’en étaient pas vraiment, en tout cas pas à mes yeux ; ou alors dépendaient d’une vision qui n’est plus subversive selon mes standards depuis longtemps. C’est ce qui explique le plus logiquement cette insidieuse forme d’ennui ressentie et exacerbée au long de ma lecture ; être capable, à la fin d’un chapitre, de prédire exactement comment va démarrer le suivant, puis de sentir à l’avance comment ledit chapitre va lui-même se terminer, et ainsi de suite, ça crée une sournoise monotonie qui s’applique dès lors à l’ensemble du roman. Ladite monotonie ne s’arrangeant pas plus en voyant s’empiler beaucoup d’éléments qui – personnellement – me semblent de plus en plus superfétatoires dans les récits fictionnels, épaississant et accélérant des aspects d’un récit qui aurait sans doute mérité d’un peu plus prendre son temps sur certains d’entre eux. On en revient au côté « cahier des charges d’une histoire populaire » donnant presque l’impression d’un sacrifice de l’auteur pour avoir le droit d’exploiter son high concept de science-fantasy.

Alors encore une fois, je ne dis pas que le roman est mauvais, même si je conçois que je peux donner l’impression inverse. À vrai dire, il est même plutôt bon à beaucoup d’égards ; il dénote même, je pense, d’un certain nombre d’efforts d’un auteur essayant d’inscrire son roman dans l’air du temps. Peut-être avec maladresse, peut-être avec une certaine lourdeur dans la manière, peut-être avec un certain manque d’enthousiasme ; mais pas sans talent ni efficacité. Malgré tous mes reproches sur un fonds un peu trop convenu ou trop technique, il demeure que le récit file droit et raconte des choses intéressantes ; sinon je ne serais pas allé au bout. Il y a là dedans de quoi être curieux, en dépit de ce que je peux personnellement ressentir sur le manque d’audace de Robert Jackson Bennett, qui inscrit ses efforts créatifs dans un paradigme ultra-familier pour leur permettre d’exprimer clairement son point de vue sur le reflet que ce miroir nous tend. La démarche est d’autant plus louable qu’elle a fait ses preuves ; je me suis simplement rendu compte à sa lecture qu’elle ne me convenait plus autant qu’à une autre époque. Je n’ai rien contre des histoires assez classiques tournant autour d’un concept dépaysant créant des macguffins exotiques, mais je ne suis plus particulièrement pour, en tout cas pas tant que je n’ai pas des personnages organiques et des relations interpersonnelles puissantes pour en faire bouger les rouages. Je vieillis, sans doute, je deviens difficile ; plus je lis, plus de choses me deviennent familières, et plus il devient ardu de me prendre par surprise. Parfois j’aimerais avoir une moins bonne mémoire.

Bref, un bon roman, indubitablement, mais pas pour moi, une fois de plus. Trop convenu, trop prévisible, malgré quelques audaces de l’auteur. Je n’ai pas réussi à mes passionner pour des enjeux trop évidents et des trajectoires pas assez subversives, pas plus que je n’ai réussi à entretenir ma curiosité au delà de ce que ce premier tome raconte. Comme l’impression, en dehors de ses aspects techniques, que je l’avais déjà lu ailleurs. Peut-être que la suite aurait arrangé certains de ces défauts, peut-être pas. Mais je ne le saurais sans doute jamais, parce que je n’ai aucune envie de lire la suite. Tant pis.

Et ça fera bien l’affaire pour une conclusion, parce qu’aussi courte qu’elle soit, elle dit quand même tout ce que j’en ai pensé.

Sans rancune. Peut-être une prochaine fois.


Edit relecture : Cette chronique est toujours d’actualité, mon avis n’a pas changé sur ce livre. Excellent et vraiment fun.

Mon avis :

Un roman bien fun, le tout dans un univers vraiment original et une intrigue qui a énormément de potentiel.

Sancia Grado est une voleuse dont le métier est de récupérer des objets pour ses clients. Sa nouvelle mission consiste à aller chercher un coffret qui se trouve actuellement dans un entrepôt bien gardé prés du port de Tevanne.

Mais quand son commanditaire se fait assassiner et qu’elle même se retrouve au milieu d’une guerre dont elle ne comprend rien, elle n’a plus qu’une option : fuir pour sa vie …

Gregor Dandolo est la fils d’une riche famille de marchands qui ont le monopole de la magie à Tevanne. Il a coupé les ponts avec sa famille pour se lancer dans la politique et faire en sorte que certaines inégalités soient réglées. Mais quand un voleur fait bruler tout le front de mer, il ne peut que se lancer à sa poursuite …

*****

Je n’avais aucun doute sur le fait que Bennett était un des champions du worldbuilding après avoir lu sa trilogie Divine Cities et ce livre confirme ce fait.

En fait il a quelques similarités entre son ancienne trilogie et celle ci, notamment sur le fait que dans les deux cas on est sur de la magie en lien avec un monde industriel, ou parce que la magie résulte de l’ancien et de l’inconnu.

Dans ce monde la magie a existé autrefois, les anciens réalisaient des merveilles avec, modelant le monde à leurs envies. Puis elle a été perdue suite a une grande guerre qui a anéanti tout cet ancien monde. On l’a redécouvert il y a peu de temps en fouillant dans des ruines et quelques grandes familles en ont maintenant le monopole.

Le principe (appelé « scriving ») réside dans un alphabet que l’on peut peindre sur des objets dans le but de leur donner des règles qui vont à l’encontre de leur nature. Par exemple on peut « programmer » une roue pour qu’elle croit qu’elle est actuellement sur une pente descendante, et donc qu’il faut qu’elle réponde à la gravité en avançant. Et ce même si elle est actuellement sur du plat ou en montée. De même ce mécanisme est très souvent utilisé sur les portes pour faire en sorte que seule la personne avec la bonne clé puisse l’ouvrir, bloquant ainsi toute tentative d’intrusion.

Mais évidement le langage n’est pas universel. Pour qu’il fonctionne il doit exister quelque part un lieu, une bibliothèque, qui sert de « traduction » des mots écrits vers leur effet magique. C’est la que le monopole entre en jeu, les grandes famille ayant chacune leur écriture secrète personnelle dont elles gardent les mystères bien cachés.

Bien sur elles s’en servent pour vendre des objets enchantés et entretenir leur richesse.

On imagine tout de suite les possibilités industrielles que ce procédé permet de mettre en place, en terme de machines magiques par exemple. Le fait de lier la magie à l’informatique est vraiment très bien trouvé !

Encore une fois l’auteur arrive à nous donner un sentiment de « waou » lors de la lecture, devant toutes les possibilités ouvertes devant nous.

*****

Tout l’intérêt du livre n’est évidemment pas uniquement dans l’univers, il vient aussi de l’intrigue et des personnages.

Le coffret que Sancia a dérobé contient un artefact qui lui permet de découvrir la magie sous un autre point de vue. Il pourrait révolutionner l’usage qu’on en fait actuellement et c’est pour ça que tout le monde aimerait bien mettre sa main dessus (même si c’est censé être un secret bien gardé).

L’intrigue est finalement assez classique en fantasy qui regorge d’histoires de voleurs et d’ancienne magie dont on découvre de nouvelles fonctionnalités oubliées.

Mais le tout fonctionne bien ici, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ou de trouver le temps long malgré un nombre de pages certain.

En plus je dois dire que cette lecture de ce premier tome m’a rendu vraiment enthousiaste à l’idée de lire la suite, le tout sans utiliser de cliffhanger mais rien qu’avec l’ouverture que nous donne le tout et les possibilités pour la suite.

Je me suis aussi bien attachée aux personnages.

J’ai apprécié le fait que Sancia soit au début une voleuse mal nourrie. C’est vrai que ce n’est qu’un détail mais il me semble plus logique quand on survit dans les quartiers pauvres et me fait me questionner sur de nombreux autres ouvrages ou ce genre de fait n’est pas vraiment décrit ni mis en avant.

Elle a ses humeurs aussi, changeant souvent d’avis en cours de route. Elle n’est pas sur d’elle même même si elle se donne une façade. Je dirais que toute sa vie n’a été qu’une course à la survie, et qu’elle a bien l’intention de ne pas tomber cette fois ci, du coup quand il faut fuir parce que la situation devient trop dangereuse, elle n’hésite pas une seule seconde.

De même pour Gregor qui, malgré son envie de faire le bien et sa prise de distance avec ceux qui profitent honteusement du système en utilisant les pauvres, reste un peu figé dans ses principes et ses privilèges car il a été élevé comme ça.

Évidemment ils évoluent au cours de l’intrigue et c’est tant mieux.

Du coup je pourrais dire que c’est surtout le fait que les personnages soient plus réalistes que la normale et pas juste sympathiques pour plaire au lecteur qui m’a plu ici.

Au final j’ai pris un grand plaisir à lire ce livre. C’est de la fantasy originale et bien écrite.

J’ai vraiment envie de lire la suite maintenant !

16.5/20


Les blogs référencés sur Bibliosurf sont dithyrambiques sur Les maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett. Comme j’avais sérieusement besoin d’une évasion intelligente, je les ai écoutés. Ils ont tous raison d’être enthousiastes.

La riche Tevanne est tenue par quatre maisons marchandes, qui ont chacune son campo, ses habitants, ses lois. Ceux qui n’en font pas partie sont relégués dans les Communs. C’est une forme de magie très particulière qui fait la fortune des maisons : l’enluminure. Les maîtres enlumineurs, grâce à leur art et à des codes complexes, arrivent à modifier la nature des objets, persuadant par exemple une roue que la gravité l’entraîne vers l’avant, ouvrant la porte à des calèches automobiles …

Dans les campos, tout n’est que luxe. Dans les communs, eau croupie, saleté, misère, la loi de la jungle. Sancia est une très jeune voleuse. Elle a été contactée pour dérober, sur les docks fort bien gardés, une petite boite. Sancia pourra compter sur un talent particulier et sur un certain nombre d’objets enluminés qu’elle achète à des enlumineurs clandestins des Communs.

On se doute que le vol, pourtant mouvementé, ne sera que le début d’une série de catastrophes et que tout ira de mal en pis.

Quel roman mes aïeux ! Ça c’est du souffle, de l’aventure, de l’intelligence, de l’originalité, du déconfinement ! Si vous n’êtes pas totalement réfractaire à tout ce qui n’est pas réaliste, allez-y en toute confiance.

En premier lieu, c’est un véritable pied de lecture pour toute personne qui aime qu’on lui raconte des histoires. Et qui aime que l’on joue avec les clichés et les archétypes. Parce que oui, il n’y a pas plus classique dans la littérature de fantazy que de commencer avec le vol d’un objet magique. A partir de là, l’auteur peut juste se planter, remâcher un machin mille fois mastiqué, ou jouer avec votre jubilation et vous embarquer dans un véritable tourbillon.

Vous vous doutez bien qu’on est ici dans le second cas. Pendant plus de 600 pages l’auteur suit la trame classique (vous mettez le personnage dans la merde, puis chaque fois qu’il croit s’en sortir, vous l’enfoncez un peu plus, jusqu’au final) avec un talent de conteur époustouflant, un décor génial, des personnages complexes, riches, changeants et déstabilisants. Donc un vrai grand plaisir de lecture au premier degré.

Ensuite, si vous avez lu le génial Vigilance, vous savez que Robert Jackson Bennet n’est pas « juste » un raconteur d’histoires. Il a une conscience politique, et il sait la mettre en scène dans ses écrits. C’est encore le cas ici, avec une réflexion décalée dans un monde qui n’est pas le nôtre, sur les différences sociales, l’exploitation des plus faibles et la déshumanisation de ceux que l’on exploite. Je n’en dis pas plus pour ne pas révéler des éléments d’intrigue, mais c’est très habilement et intelligemment fait.

Cerise sur le gâteau, et là les blogs spécialisés qui ont toutes les références SF et fantazy en parlent beaucoup mieux que moi, il a réussi d’une façon absolument magistrale à inclure des éléments de SF dans un roman purement fantazy en créant un parallèle entre la magie à l’œuvre dans le monde qu’il a créé et les langages informatiques. C’est extrêmement jouissif de voir une telle intelligence en action.

Pour finir, quand on lit un roman de plus de 600 pages, même si on aime, on a souvent quelques petites restrictions : Là ça ralentit un peu, là il étire, tel personnage ou telle situation sont caricaturaux, tel retournement de situation un peu capilotracté. Ici rien, tout est parfait de la première à la dernière ligne. Donc allez-y, sans faute, lisez aussi Vigilance si ce n’est pas déjà fait, et vivement la suite.

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