
L'apparence du vivant
Résumé éditeur
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l’avis des lecteurs
Une jeune photographe fascinée par la mort est engagée pour prendre soin d’un couple de vieillards, les Martin, propriétaires d’un ancien funérarium. Une maison figée dans le temps, dans un quartier fantôme de Liège, soustraite aux regards par une rangée de tilleuls. Captivée par ce décor, la jeune femme s’installe à demeure. Entre elle et madame Martin naît une complicité tendre, sous la surveillance placide de monsieur Martin. Lors de leurs promenades au bord du canal, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Ce serait bien mal les connaître.
Le malaise, ce sentiment d’intensité variable selon la sensibilité des un(e)s et des autres face à ce qui perturbe, dérange, peut ici saisir le lecteur rien qu’à la vue de la couverture du livre et à la lecture du résumé. Le malaise est un sentiment inconfortable et ambigu. Dire que l’on apprécie le malaise c’est risquer de passer pour un psychopathe, dire que l’on y est insensible, aussi. Une fois que vous débutez L’apparence du vivant, ce court premier roman de Charlotte Bourlard, vous comprenez que le malaise sera votre compagnon durant toute cette lecture.
Le monde, l’univers, dans lequel Charlotte Bourlard nous embarque est noir, avec quelques nuances de gris. Il est aussi désespéré et cruel. Il est au bord du gouffre. Agonisant. On n’a pas franchement envie d’y vivre. Mais il est aussi curieux, bizarre et étrange. Ses personnages sont tous gentiment déglingués ou carrément malsains. Ils vivent et meurent dans la marge. Ils se partagent, presque sur un pied d’égalité, toute la misère et la violence du monde. Comme le dit notre protagoniste principale : « Les hommes sont parfois cruels, mais ils ne sont pas les seuls. »
Chez les Martin, notre photographe va pouvoir laisser libre cours à son esprit tordu. Son goût prononcé pour le morbide, elle le partage avec madame Martin, la maîtresse de maison. Elles vont s’entraider pour réaliser toutes sortes de fantasmes malsains. Notre maîtresse de maison à un talent particulier, elle maîtrise l’art de la taxidermie. Un art dont elle enseigne tous les rudiments à notre photographe. Il n’est bien entendu pas question de se limiter aux animaux. Pour ce qui est des photos, tout commence avec l’envie de photographier des vieux, marqués par la vie, à poil. Là aussi, l’idée est poussée bien plus loin. Et la mort, dans tout ça ? Elle est partout et n’est en rien une limite, ni un tabou. De l’amour aussi, il y en a. Enfin, une vision assez particulière de l’amour. Une belle brochette de cinglés qui restent néanmoins des êtres humains.
Charlotte Bourlard aurait facilement pu tomber dans le romantico-gothique… et j’en passe. Mais il n’en est rien. La plume est sobre, sans envolées lyriques, et le propos est cru et froid. Elle n’est pas là pour nous vendre du rêve. Rien n’est enrobé. Pour un premier roman, c’est un bon départ. L’apparence du vivant est singulier et maîtrisé. Ça se lit aisément et son univers laisse des traces. Mais une question demeure à la lecture de ces pages : ce livre est-il l’œuvre d’un esprit franchement dérangé ou d’une personne tout à fait saine d’esprit ? On ne veut peut-être pas savoir, mais la question se pose.
Elle est entrée il y a plusieurs années au service du couple Martin, alors qu’elle recherchait des personnes âgées acceptant de se faire photographier nues. Mme Martin a répondu favorablement à sa petite annonce ; elle ne l’a plus quittée. Précisons que le terme de "couple", pour évoquer les Martin, n’est sans doute pas tout à fait approprié, dans la mesure où l’une de ses moitiés n’est plus qu’une enveloppe corporelle empaillée… ce qui n’empêche pas madame de faire comme si monsieur était toujours vivant, lui dressant son couvert à table, mettant ses pantoufles au pied du canapé et se couchant chaque soir à ses côtés pour se blottir dans ses bras. Elle-même se délite, lentement mais sûrement. La femme énergique qu’a connue la narratrice est dorénavant une petite vieille fragile, dont elle prend soin avec tendresse et douceur, consciente qu’elle devra bientôt, lorsqu’elle sera prête et conformément au désir de madame, l’achever.
En attendant, elle peaufine les techniques d’embaumement qu’elle lui a soigneusement enseignées, cet art de ressusciter les morts que permet l’équipement ultra-moderne qu’abrite le troisième étage de la vaste maison des Martin, ancien funérarium. Quitte, pour s’exercer, à faire disparaître quelque chat du quartier, voire une proie humaine si l’occasion se présente…
Les deux femmes s’astreignent à de quotidiennes et joyeuses escapades dans leur quartier, la jeune transportant parfois la vieille dans une brouette. L’environnement extérieur ne détonne guère avec l’ambiance, qu’elles seraient sans doute les seules à ne pas trouver glauque, de leur maison, zone délaissée de travaux inachevés où même le tram n’a plus envie de passer, trottoirs jonchés de capsules d’azote. Y traîne une faune interlope, comptant entre autres un priapique décomplexé, des témoins de Jéhovah distribuant inlassablement leurs prospectus, un clochard dont la jambe gangrenée embaume les alentours d’une odeur de chairs décomposées…
Elles sont unies par une complicité morbide mais finalement touchante, liées par une fascination commune pour le corps dans son entièreté, leur absence de dégoût pour sa putréfaction, son intimité organique, leur attirance pour tout ce qui répugne aux autres. La vieillesse du corps y est dépeinte, par la voix de la narratrice, sans jugement, les angles du squelette et les os qui saillent, les sillons de la chair abimée, la peau translucide, semblent même faire l’objet d’un amour bouleversé par la vulnérabilité ainsi révélée.
Charlotte Bourlard a, et c’est assez fascinant, le don de faire naître chez le lecteur des sentiments contradictoires, entre l’horreur que suscite l’étrange contrat régissant les rapports entre les deux femmes, et l’attendrissement face au spectacle de la relation, profonde et authentique, qui les unit.
Un roman à ne sans doute pas mettre entre toutes les mains… moi j’ai aimé, l’humour grinçant, la sincérité totale que permet l’absence de toute moralité, la capacité à nous livrer un texte cru, voire violent, sans jamais tomber dans la complaisance, et à dépasser à la fois toute fausse pudeur et toute tentation de voyeurisme.
Une curiosité nous arrive de Belgique, L’apparence du vivant de Charlotte Bourlard.
La narratrice, jeune photographe, débarque chez les Martin, un couple qui tient un funérarium dans un quartier périphérique, en bord de canal à Liège. Elle vient pour photographier madame. Elle va sympathiser, se faire adopter et apprendre de sa bienfaitrice l’art de la taxidermie. Et tant pis si, pour s’entraîner, il faut bien que quelques chiens, chats et paumés disparaissent dans le quartier …
Attention, ce roman ne plaira pas à tout le monde. Il faut accepter le macabre, il faut accepter que l’humour et l’amour viennent se mêler intimement à la mort. Il faut accepter de prendre une certaine distance avec ce qui est raconté pour le prendre comme un de ces contes horrifiques que l’on lit quand on est gamin. Mais en plus explicite et plus actuel.
Si cela vous va, vous apprécierez une écriture d’une belle noirceur et l’humour très grinçant du récit, vous ressentirez l’amour de la narratrice pour la vieille dame qui l’a recueillie et qui lui a tout appris, vous apprécierez la beauté d’une vengeance. Je ne sais pas si cela vous servira tous les jours, mais vous y apprendrez aussi beaucoup de chose sur l’empaillage des êtres vivants.
Si vous décidez de vous en servir, comme la narratrice et madame, merci de me tenir au courant, je prendrai bien soin de ne jamais trop m’approcher de chez vous, comme j’éviterai soigneusement de croiser Charlotte Bourlard … Au cas où …
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