Arcadie
  • Date de parution 28/05/2020
  • Nombre de pages 416
  • Poids de l’article 210 gr
  • ISBN-13 9782072874819
  • Editeur FOLIO
  • Format 178 x 108 mm
  • Edition Livre de poche
Romans français

Arcadie

3.52 / 5 (989 notes des lecteurs Babelio)

Résumé éditeur

Si l'on n'aimait que les gens qui le méritent, la vie serait une distribution de prix très ennuyeuse."Au domaine de Liberty House réside une étrange communauté : naturistes, électrosensibles, déments séniles et autres inadaptés y réapprennent à vivre et jouir sans entraves. C'est là que Farah, quatorze ans, et ses parents ont trouvé refuge. Mais au milieu de ce drôle de paradis, l'adolescente peine à s'épanouir. Et pour cause : sa seule certitude - être une fille - vient de voler en éclats.Un grand roman doux et cruel, à l'humour décapant, sur l'innocence et le monde contemporain.

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  • Date de parution 28/05/2020
  • Nombre de pages 416
  • Poids de l’article 210 gr
  • ISBN-13 9782072874819
  • Editeur FOLIO
  • Format 178 x 108 mm
  • Edition Livre de poche

l’avis des lecteurs

Farah et ses parents ont trouvé refuge en zone blanche, dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au monde extérieur tel que le façonnent les nouvelles technologies, la mondialisation et les réseaux sociaux.

Tendrement aimée mais livrée à elle-même, Farah grandit au milieu des arbres, des fleurs et des bêtes. Mais cet Éden est établi à la frontière franco-italienne, dans une zone sillonnée par les migrants : les portes du paradis vont-elles s’ouvrir pour les accueillir?

Ma lecture

Comme j’avais beaucoup aimé  Les garçons de l’été de Rebecca Lighieri, autre nom de plume de Emmanuelle Bayamack-Tam, j’ai voulu découvrir ce qu’elle écrivait sous sa véritable identité et donc son dernier roman : Arcadie.

Arcadie, comme une terre promise. Le paradis sur terre existe-t-il ? Serait-il dans ce lieu près d’une ville jamais nommée ? Serait-il à Liberty House, dans une zone blanche que le monde, pour ceux qu’ils l’habitent, n’a pas abimée, qui est encore une terre vierge.

La narratrice, Farah, à 6 ans, s’y est installée avec sa famille de sang, composée de Bichette sa mère, son père Marqui et sa grand-mère Kirsten, elle vit entourée d’une autre famille, celle qu’ils se sont choisis.

Liberty House est une sorte de communauté, très libre dont le Maître et Inspirateur se prénomme Arcady, 50 ans, petit, grassouillet, en couple avec Victor. Car il faut tout de suite préciser que lorsque vous entrez dans cet immense domaine, vous entrez dans un autre monde. Non seulement vous êtes coupés du monde moderne (pas de portable, ni internet etc…) mais en plus tous les plaisirs charnels sont possibles, aucun frein, tout est consenti, rien de forcé. Les relations sont libres, sans complexe, sans jugement.

Depuis 10 ans c’est l’environnement de Farah, rien ne la choque, rien ne l’indispose et dès son arrivée elle va tomber sous le charme d’Arcady et en fera son mentor intellectuel mais aussi l’initiateur de sa vie sexuelle.

Il faut entrer dans ce roman sans idée toute faite : le sujet peut sembler à priori un peu sensible, voir glauque. Le fait que la narration soit faite par une jeune adolescente d’une quinzaine d’années ramène le discours à sa hauteur. Il y a de l’humour, de la naïveté également, c’est une enfant livrée à elle-même depuis son plus jeune âge, les parents étant plus préoccupés par leurs vies que par l’éducation de leur fille.

Dans cette communauté assez libre, non repliée sur elle-même (les enfants vont à l’école à la ville voisine, sortent en boîte, ont leur fait confiance même si certains franchissent certaines limites) tous les âges sont présents de 0 à 96 ans, tous avec chacun ses particularités, ses différences, mais vivants en bonne intelligence. Tout n’est qu’amour et retour aux fondamentaux que sont la nature, le respect de toutes formes de vie.

Bien évidemment quand on parle d’amour, on parle également de sexe et ce récit est principalement un roman initiatique d’une enfant qui passe à l’adolescence, au réveil de ses sens, mais l’auteure a voulu amplifier le sujet en donnant à son héroïne une ambivalence quant à son sexe : féminin mais incomplète, évoluant vers le masculin. De plus Farah n’a rien pour plaire : pas très jolie, légèrement bossue, une allure assez virile et doute donc de son pouvoir de séduction.

Et plus elle grandit, plus elle s’ouvre à l’extérieur et au monde tel qu’il est. Elle va prendre conscience que les préceptes enseignés sont loin d’être appliqués, que l’amour peut survenir également de l’extérieur, qu’il va lui falloir faire des choix, être en accord avec elle-même, s’affirmer, se différencier et s’accepter.

Pour moi ce fut une lecture pas toujours facile. Les nombreuses scènes de sexe, très détaillées, peut être trop, m’ont gênée, je dois l’avouer même si je n’ai pas le sentiment d’être prude. On comprend très vite que l’auteure a laissé libre cours à son héroïne pour raconter son quotidien, ses émotions, ses sensations, ce sont ses mots, ses ressentis, ses impressions et elle les exprime comme elles lui viennent, simplement, sans aucune pudeur….. Pudeur : elle ne connaît pas, on ne lui a pas appris ce que c’était, elle vit sa sexualité comme elle vit, comme elle mange, comme elle aime.

Cette enfant libre qui parle sans frein, n’a aucune limite et ne s’en donne aucune sinon celles de son propre plaisir. Elle découvre, elle expérimente, elle nous le dit avec franchise et humour, les mots venant au rythme de ses pensées, de ses envies et croyez-moi elle en a beaucoup. C’est une enfant sans repère que ce soit familial, parental, environnemental. Elle ne connaît que la liberté qu’on lui a donnée depuis sa naissance.

J’ai de loin préféré la deuxième partie du récit, à l’arrivée de Angossom, un migrant, qui va agir comme un révélateur pour Farah, celui qui va lui ouvrir les portes sur le monde, sur sa conscience, sur un autre monde.

Jusqu’ici je n’avais pas compris que l’amour et la tolérance ne s’adressaient qu’aux bipolaires et aux électrosensibles blancs : je pensais que nous avions le cœur assez grand pour aimer tout le monde. Mais non. Les migrants peuvent bien traverser le Sinaï et s’y faire torturer, être mis en esclavage, se noyer en Méditerranée, mourir de froid dans un réacteur, se faire faucher par un train, happer par les flots tumultueux de la Roya : les sociétaires de Liberty House ne bougeront pas le petit doigt pour les secourir. Ils réservent leur sollicitude aux lapins, aux vaches, aux poulets, aux visions. Meat is murder, mais soixante-dix Syriens peuvent bien s’entasser dans un camion frigorifique et y trouver la mort, je ne sais pas quel crime et quelle carcasse les scandaliseront le plus.(…) Ils ne mangent plus de viande et ils ont peur de la jungle, mais ils tolèrent que sa loi s’exerce jusque dans leurs petits cœurs sensibles. (p314)

Il y a derrière toute cela une satire de la Société, de notre monde moderne. Il y a de l’humour oui mais aussi des grincements, et c’est cette partie, cette prise de conscience de l’adolescente qui devient femme qui m’a le plus touchée. C’est un récit à plusieurs couches, à plusieurs degrés : initiatique, drôle dans ses extrêmes, ses no-limites mais plus froid et cynique sur notre société, qui a parfois les traits de cette communauté.

Ne jamais oublier qu’il s’agit de la vision de Farah, une enfant puis une adolescente un travail d’écriture que de se glisser dans le personnage, abandonner ses propres repères d’ailleurs rien n’est dit sur les pensées des parents qu’on ne découvre qu’à travers ce que Farah nous en dit, d’ Arcady (sauf peut-être à la fin), les autres membres. Farah est le filtre de toute cette histoire.

L’amour est faible, facilement terrassé, aussi prompt à s’éteindre, qu’à naître. La haine, en revanche, prospère d’un rien et ne meurt jamais. Elle est comme les blattes ou les méduses : coupez-lui la lumière, elle s’en fout ; privez-la d’oxygène, elle siphonnera celui des autres ; tronçonnez-la, et cent autres haines naîtront d’un seul de ses morceaux. (p316)

J’ai longtemps tergiversé pour donner une graduation à mon avis, balançant entre 3,5 et 4 . C’est déroutant, parfois gênant, déstabilisant, c’est pour moi finalement un beau travail d’écriture mais je reste sur mon impression première en fin de lecture : Pas mal, original mais toute la première partie m’a réellement mise mal à l’aise par rapport à ses excès.

Etait-il nécessaire de donner tant de détails sur les pratiques sexuels de Farah ? C’est une question que je me pose souvent que ce soit pour la violence, le sexe dans beaucoup de récits. Une surenchère que l’on retrouve de plus en plus et pour quel motif : choquer, interpeller, faire parler du roman ….. Une question que je me pose régulièrement et dont je n’ai pas la réponse. En inclure ? Oui si cela est nécessaire, si cela apporte à l’histoire, au contexte, mais trop pour moi retire de son intérêt. Nous avons, nous lecteurs, notre imaginaire.

Par contre Emmanuelle Bayamack-Tam est une auteure que je vais continuer à lire, sous ses deux identités car je trouve qu’elle a le courage et la force d’aller au bout de ses styles de narration, quitte à choquer, à pousser plus loin ses limites pour une construction de récit intéressante.

Arcadie, utopie et… robinetterie

Dans son nouveau roman Emmanuelle Bayamack-Tam continue à explorer l’adolescence. Cette fois, elle nous raconte Farah à la Recherche cherchant son identité sexuelle au sein d’une communauté.

C’est un peu comme le paradis sur terre, cette grande propriété entourée de forêts et d’un grand jardin. Farah y débarque à 14 ans avec ses parents et sa grand-mère pour intégrer la communauté libertaire qui a choisi de tourner le dos à la technologie, en particulier aux écrans et aux ondes, pour se consacrer à la nature, à la littérature et à l’amour.

L’adolescente arrive dans cette période où son corps change, où elle devient femme. Sauf que pour elle la chose est loin d’être évidente. Au lieu de seins, ce sont des pectoraux qui se développent et une analyse plus poussée permettent de découvrir qu’elle est atteinte du syndrome de Rokitanski, soit l’absence totale ou partielle d’utérus et de vagin. Voilà qui peut perturber une jeune fille. Mais pour Farah, cette robinetterie défaillante va être l’occasion de mener l’enquête sur le genre, d’essayer de comprendre ce qu’est une femme, ce qu’est un homme.

Emmanuelle Bayamack-Tam, en choisissant une communauté libertaire comme terrain d’observation, nous offre une joyeuse – mais fort intéressante – exploration en offrant à chacun des protagonistes approchés par Farah de donner leur définition, à commencer par Arcady, le «gourou» toujours avide de nouvelles expériences.

À Liberty House, Farah peut quasiment exiger qu’il la déflore. Elle attendra pour cela sa majorité sexuelle, mais aura droit à une initiation qui la rassurera et lui ouvrira de nouveaux horizons.

Et c’est au moment où elle semble goûter pleinement à la seule règle de la communauté, «Omnia vincit amor» ou «L’amour triomphe de tout», qu’elle va en découvrir les limites avec l’arrivée d’un migrant. Le groupe va alors se scinder en deux, entre ceux qui veulent l’accueillir parmi eux et ceux qui jugent sa présence contraire aux exigences de la communauté.

Un épisode qui poussera Farah à prendre ses distances. Et sans dévoiler l’issue du roman, on dira que cette décision s’avèrera des plus sages.

Après Une fille du feu et Je viens qui nous proposaient déjà des portraits de jeunes filles partant à la conquête de leur liberté, on trouvera avec Arcadie une nouvelle variante, allègre et satirique.

En guise de conclusion, disons un mot du style très particulier de cette romancière qui mélange avec bonheur les références classiques et le langage très cru. Une sorte de récit biblique agrémenté de San-Antonio. Là encore, on saluera cette belle liberté.

Ma première expérience avec cette autrice (sous son autre nom de plume, Rebecca Lighieri) avait été peu concluante. Et il aura fallu toute la force de conviction de The Autist Reading pour que je lui laisse une seconde chance, ce dont je le remercie grandement, car je n'ai pas été déçue !


Farah, la narratrice, est une adolescente qui vit depuis l'âge de six ans dans une communauté du sud-est de la France. "Liberty House", située en zone blanche -c'est-à-dire non desservie par quelque réseau téléphonique ou internet- accueille des inadaptés à notre époque du diktat de l'image et de la perfection physique comme critère de réussite voire d'intégration. On y trouve donc des gros, des laids, des vieux, des asociaux, et des quidams affligés de tares diverses... La décision des parents de Farah de se retirer dans la communauté n'est pourtant pas la conséquence d'une disgrâce physique (sa mère est très belle et son père fort convenable) mais celle de l'hypersensibilité maternelle aux ondes, qui lui valait dans le monde "normal" de s'affubler en permanence de très encombrants équipements anti-rayonnements. La grand-mère de la jeune fille, une LGBT naturiste, a suivi, attirée par les valeurs d'amour libre, de nudité totale et de réfractariat à la technologie prônées au sein du groupe.


Vous me direz que tout cela ressemble fort à une secte, ce que confirmerait la présence à la tête de Liberty House d'un "gourou", Arcady, quinquagénaire d'allure quelconque et a priori peu sexy, mais doté d'un irrésistible charisme si l'on se fie à l'admiration et l'amour inconditionnels que lui voue Farah, qui le considère comme l'homme de sa vie. Le témoignage de l'adolescente ne laisse cependant soupçonner aucune contrainte, ni extorsion exercée par Arcady envers les membres de leur petite collectivité. Ses propres raisonnements sont sensés, voire critiques, et elle sait à l'occasion prendre ses distances par rapport à certains dogmes professés par son mentor, notamment les interdictions de consommer de la viande ou de naviguer sur internet. D'ailleurs, les enfants de Liberty House, fréquentant les établissements scolaires de la ville la plus proche, ne sont pas entièrement coupés du monde.


Pour l'heure, Farah est préoccupée par son développement physiologique, qui semble prendre des chemins de traverse, son corps devenant de plus en plus viril. A quinze ans, elle n'est toujours pas réglée, et ses seins refusent désespérément de pousser, se transformant en ersatz de pectoraux... Elle pourrait s'accommoder de sa laideur hors norme, pourtant incongrue au regard de la beauté de ses ascendants, mais elle a appris et assimilé, à Liberty House, que la beauté est relative, et elle sait qu'Arcady l'aime comme elle est. Mais elle se sent fille, et ne sait que faire de cette allure androgyne qui l'amène à remettre en question ses certitudes quant à son identité sexuelle. Ce qui la chagrine d'autant plus qu'Arcady refuse de répondre à son désir pressant qu'il la dépucelle, sous prétexte qu'elle n'est pas encore femme...


J'ai pris un réel plaisir à me laisser porter par la voix de cette héroïne, sa vivifiante sincérité, son ton à la fois sensible et empreint de dérision, voire d'ironie -mais sans méchanceté-, le naturel avec lequel elle évoque la sexualité et les changements qui s'imposent à son corps, de manière parfois crue mais ne tombant jamais dans la vulgarité. Sa proximité fusionnelle avec l'environnement naturel, la largesse du regard qu'elle porte sur le monde qui l'entoure, font "d'Arcadie" un récit initiatique touchant, drôle et profond, ainsi qu'une réflexion pertinente sur des sujets aussi divers que les mécanismes de l'amour et du désir, l'importance de savoir s'accepter tel que l'on est dans une société prônant la tyrannie d'une esthétique unique, ou encore la fréquente incapacité des individus à faire adhérer leurs actes à leurs principes...


Aussi, malgré un léger bémol, liée à une écriture parfois trop "bavarde" -c'est un peu comme si, par moments, l'autrice se regardait écrire- je recommande chaudement !


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